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Xavier Morge (AFSSI) : « L'analytique est le premier poste que les laboratoires confient à des sous-traitants »

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNE-GAËLLE MOULUN

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Le domaine de la sous-traitance analytique ne cesse de se développer, porté notamment par les évolutions de la réglementation et les exigences accrues des autorités sanitaires. Entretien avec Xavier Morge, directeur général de Bertin pharma et président de l'Association française des sociétés de services et d'innovation pour les sciences de la vie (AFSSI).

Industrie Pharma : Quelles sont les activités de Bertin Pharma dans la sous-traitance analytique ?

Xavier Morge : Nous avons quatre domaines d'activités au sein de notre entreprise. Toutes couvrent une problématique d'analyse. La première concerne les biomarqueurs. Nous disposons d'un catalogue de mesures de biomarqueurs, comprenant environ 300 kits différents. Soit nous fournissons des réactifs prêts à l'emploi aux laboratoires français ou étrangers soit nous intervenons nous-mêmes en réalisant les mesures pour eux. Notre deuxième activité porte sur les études pharmaco-cinétiques de médicaments. Nous réalisons toutes les mesures qui vont permettre de définir la dose, la fréquence d'administration et les interactions médicamenteuses. Notre troisième domaine d'activité concerne la pharmacologie. Nous étudions comment un candidat-médicament agit. Nous évaluons son efficacité ou toxicité à venir sur des modèles in vitro, chez l'animal, ou sur des échantillons humains. Enfin, le quatrième domaine porte sur la formulation. L'enjeu est d'avoir des éléments de mesure pour vérifier la qualité de l'actif et des ingrédients, que ce soit dans un comprimé, une gélule, ou un médicament injectable. Il faut s'assurer notamment que le produit est stable, que le principe actif est présent en bonne quantité et qu'il ne se dégrade pas. À l'issue de ces tests, on peut donner une date de péremption, qui dépend des endroits où le produit va être commercialisé.

 

Pourquoi cette tendance à l'externalisation, même en analytique ?

X. M. : L'analyse s'inscrit dans le même contexte que tous les besoins des laboratoires qui augmentent depuis des années, du fait d'un double phénomène. Le premier, c'est le coût de développement des molécules, qui ne cesse d'augmenter. On estime qu'un produit vraiment innovant coûte à peu près un milliard d'euros. Les autorités sanitaires en demandent de plus en plus, et l'analyse est donc de plus en plus sollicitée. La deuxième composante, c'est le fait que les industriels ont tendance à rendre variables des coûts fixes qu'ils avaient avant. Ils préfèrent faire appel à des prestataires de services plutôt que de faire les analyses chez eux. En effet, il y a des changements de technologies et des nouvelles méthodologies émergentes, et il est difficile pour un gros laboratoire de tout avoir. Il est moins coûteux pour lui de faire appel à une entreprise extérieure, qu'il ne sollicite que lorsqu'il en a besoin. Le premier poste que les laboratoires sont amenés à confier à des sous-traitants, c'est l'analytique, pour 37 % d'entre eux.

 

Comment évolue le domaine de la sous-traitance analytique ?

X. M. : Les chiffres mondiaux annoncent environ 6 % de croissance par an en moyenne. Mais je reste très prudent sur cette projection. Il y a une dizaine d'années, la croissance était plutôt de l'ordre de 10 à 15 % par an, mais elle s'est effondrée du fait de l'arrivée des génériques. Certains de leurs produits ayant perdu d'importantes parts de marché, les laboratoires ont rationalisé leurs pipelines de produits et ont cédé à des tiers certains de leurs sites. De plus, de nombreuses start-upsnouvellement créées ont connu des difficultés pour trouver des liquidités afin de financer des programmes de R&D et ont donc moins fait appel à nos services. Par ailleurs, les métiers de la prestation de services sont soumis à une forte concurrence, qui permet aux industriels de contraindre les prix auprès de leurs fournisseurs.

 

Quelles sont les perspectives de Bertin pharma ?

X. M. : Il y a eu un virage important, ces dix à quinze dernières années, avec l'arrivée des produits issus des biotechnologies : protéines, anticorps, vaccins. Nous avions des compétences de longue date dans ce domaine, qui ont trouvé leur intérêt. Bertin pharma, qui est un des leaders dans l'analyse de produits biotechnologiques, a désormais des techniques différentes de celles que nous avions, il y a 20 ou 30 ans avec les produits chimiques. Nous utilisons, par exemple, des techniques de QPCR de mesures de gènes que nous n'avions pas, il y a 5 ans. Le premier enjeu pour nous est donc d'anticiper pour pouvoir disposer des plateaux techniques ad hoc au bon moment, afin de répondre aux besoins de nos clients. Notre différenciation est surtout technique : nous pouvons aussi bien travailler sur l'anticorps thérapeutique ou le vaccin. Le deuxième enjeu est scientifique et technique. Bertin pharma est perçue comme une entreprise qui sait traiter les problèmes compliqués, et grâce à cet atout, nous souhaitons nous développer davantage à l'étranger. Actuellement, notre part à l'export est de 40 %, contre 60 % d'activités en France. L'an dernier, notre chiffre d'affaires a atteint 15 millions d'euros. Cette année, nous visons plutôt les 16 millions.

 

En tant que président de l'Association française des sociétés de services et d'innovation pour les sciences de la vie (AFSSI), quels sont vos projets ?

X. M. : L'AFSSI a été créée en 2012 et représente désormais 120 entreprises parmi les 300 sociétés de service françaises du domaine des sciences de la vie. Notre objectif est d'être connus et reconnus auprès des institutions publiques, car nous étions totalement négligés auparavant. Les 300 entreprises de la branche emploient pourtant 10 000 salariés, avec des emplois hautement qualifiés. Les enjeux pour nous sont d'établir un meilleur équilibre, notamment avec les établissements publics, qui peuvent être source de concurrence déloyale en proposant des prix bas sur des prestations de service. Par ailleurs, nous souhaitons mieux travailler ensemble dans des offres intégrées. Chez Bertin pharma par exemple, nous avons rédigé des accords avec d'autres sociétés pour certaines études de toxicité réglementaires que nous ne réalisons pas nous-même. Enfin, le dernier enjeu concerne le développement à l'international. Sur le site de l'AFSSI, nous avons constitué un annuaire de nos entreprises avec des mots-clés pour aider les clients à s'y retrouver.

 

Vous avez rejoint, en septembre, l'Académie nationale de pharmacie. Quelles vont être vos missions au sein de cette institution ?

X. M. : J'ai rejoint l'Académie, parce que je m'intéresse à la notion de coopération public-privé : comment transférer des savoir-faire venant de la recherche, pouvant irriguer le secteur économique et créer des emplois ? L'Académie recherche aussi des industriels qui rejoignent leurs rangs. Ce qui nous intéresse, pour Bertin pharma, c'est de continuer à identifier de possibles collaborations avec des établissements divers et variés de façon à pouvoir industrialiser des projets pour en faire un produit ou un service. L'idée est de promouvoir la création de valeurs économiques dans l'innovation.

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