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« Valoriser l'innovation, de la paillasse du laboratoire jusqu'au lit du malade »

La région Auvergne-Rhône-Alpes est en train d'élaborer son schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation (SRDEII), qui devrait faire une place importante à la santé. Yannick Neuder, vice-président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, explique pour Industrie pharma cette stratégie.

Industrie pharma : Quelle place la santé occupe-t-elle en Auvergne-Rhône-Alpes ?

Yannick Neuder : La santé a une place importante dans notre région. Nous sommes la deuxième région de France en termes pharmaceutique et médical. Nous avons un terreau important avec quatre CHU (Clermont Ferrand, Grenoble, Lyon et Saint-Étienne) et de nombreux gros laboratoires pharmaceutiques (Sanofi, Merial, BioMérieux à Lyon, Roche à Grenoble, etc.). La santé représente plus de 100 000 emplois sur notre région et une quinzaine de start-up sont créées chaque année dans ce domaine. La région abrite environ 39 sites de production pharmaceutique et regroupe près de 15 % des emplois industriels en France, soit environ 30 000 emplois industriels dans la santé, dont 17 000 dans l'industrie pharmaceutique. Nous avons aussi 18 000 étudiants en médecine, 24 000 en paramédical, 400 structures d'hospitalisation publiques et plus de 3 000 chercheurs. Suite au Brexit des Britanniques, nous avons souhaité nous positionner pour accueillir l'Agence européenne du médicament (EMA). Nous pensons que le terreau lyonnais est un lieu propice pour l'installer.

 

Que change le regroupement des régions Auvergne et Rhône-Alpes en termes de stratégie d'innovation et d'investissement ?

Y.N. : Ce regroupement ne signifie pas que l'on doit tout concentrer à Lyon. Il est important de miser sur le capital régional et d'établir des complémentarités, des synergies avec les territoires voisins, pour s'enrichir et se renforcer. Il est important pour nous, au-delà de cette grande région, de respecter les spécificités de chacun, les histoires, les origines et le patrimoine. Ce n'est pas tant la taille de la région qui compte, c'est son efficacité et les budgets qui seront consacrés à la santé. Il faut une discussion nationale : l'important, c'est qu'on puisse créer de la valeur et être le plus compétitifs possible au sein du grand marché national et international. Nous avons organisé une réunion thématique sur l'international, à Lyon, et sur l'entreprenariat à Grenoble. Ce qui fait la force de notre région, c'est la richesse de ses territoires.

 

Quelle est la stratégie d'innovation en santé en Auvergne-Rhône-Alpes ?

Y.N. : La volonté de la région est de valoriser l'innovation, de la paillasse du laboratoire jusqu'au lit du malade. Nous avons lancé, le 30 juin, en présence de Laurent Wauquiez une consultation pour élaborer le schéma régional de développement économique et d'innovation et d'internationalisation (SRDEII) piloté par Martial Saddier, ainsi que le Schéma régional de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation (SRESRI). Ils seront clôturés en décembre. Nous souhaitons favoriser le transfert de technologie entre le monde académique et le monde économique. Nous demandons à tous les acteurs de contribuer à ces schémas afin de créer de la transversalité. Le but est de positionner la région Auvergne-Rhône-Alpes au niveau européen. La région va orienter sa stratégie pour mettre en lien l'ensemble des acteurs et éviter qu'ils ne travaillent chacun dans leur coin. Nous voulons avoir une identité Auvergne Rhône-Alpes, qui permettra de prétendre à des sources de financements nationaux et européens. Nous avons sanctuarisé un budget de 250 000 millions d'euros annuels pour favoriser l'enseignement supérieur, la recherche, l'innovation et parfaire notre internationalisation. Par ailleurs, notre région va gérer plus de 3 milliards d'euros de fonds européens, et, dans le cadre de la S3, la « stratégie de spécialisation intelligente » (« smart specialization strategy ») pour la recherche et l'innovation, 150 millions seront dédiés à la R&D.

 

Quelles sont les spécialités de la région dans le domaine de la santé ?

Y.N. : Nous sommes très axés sur la neurologie, la cardiologie, l'infectiologie et la vaccinologie. Nous avons de nombreux pôles de compétitivité axés sur la santé, comme le Lyonbiopôle, qui va devenir Auvergne Rhône-Alpes Biopôle. À Lyon, Saint-Étienne et Clermont-Ferrand, le Cancéropôle CLARA favorise de nombreux projets en cancérologie. Lyon accueille également le Centre international de recherche contre le cancer. En Auvergne, nous avons six clusters destinés à la santé : sur la douleur, les probiotiques, les produits de l'équilibre alimentaire, la prévention, les stations thermales, mais aussi la nutrition et la santé humaine.

 

Comment évolue ce secteur ?

Y.N. : Il est plutôt en croissance. La nouvelle région n'a en tout que six mois d'existence. Les Medtech et l'industrie pharmaceutique sont des secteurs qui se développent. Pour favoriser cela, en discussion avec les régions Hauts de France et Grand Est, nous réfléchissons à un événement important qui pourrait favoriser l'innovation dans les Medtech. Il s'agirait d'une manifestation qui pourrait tourner en région et rassembler des acteurs du monde de la recherche et du monde économique.

 

En 2014, il était prévu que Rhône-Alpes se rapproche d'autres régions européennes pour répondre à des appels d'offres européens. Y a-t-il déjà eu des projets menés dans ce cadre ?

Y.N. : Le président de la région a pris la présidence du réseau des « Quatre moteurs » pour l'Europe qui regroupe notre région et le Bade Wurtemberg (Allemagne), la Lombardie (Italie) et la Catalogne (Espagne). Cela doit nous permettre de répondre plus facilement aux appels à projet européens. Nous avons aussi d'autres collaborations avec la Saxe et la Flandre, dans le cadre du projet Health2Care, qui vise à développer des solutions innovantes dans le domaine de la santé personnalisée. Nous souhaitons travailler avec d'autres régions françaises ou européennes. Il faut faire des choix et arrêter le saupoudrage. Il faut écouter le monde économique et mettre le paquet sur un certain nombre d'actions stratégiques comme la santé, l'environnement, l'énergie, le numérique et la construction durable.

PLUSIEURS PROJETS FINANCÉS GRÂCE À LA STRATÉGIE RÉGIONALE D'INNOVATION

En 2013, la santé avait été placée parmi les sept domaines stratégiques d'innovation, dans le cadre de la stratégie régionale d'innovation (SRI-SI). Rhône-Alpes a ainsi bénéficié de financements dans le cadre du contrat de plan État-région (CPER). « Le CPER ne sera pas rediscuté malgré la transition politique dans la région », souligne Yannick Neuder. Un certain nombre de projets avaient été prévus. À Grenoble par exemple, un projet est toujours en cours, à hauteur de 15 millions d'euros, pour un centre de recherche en santé intégrative (CRESI) qui vise à promouvoir une approche triplement intégrative, médicale, scientifique et industrielle. À Lyon, 1 million d'euros ont été débloqués pour le développement de la spectroscopie à résonance magnétique nucléaire (RMN) et 6,5 millions d'euros pour développer la deuxième tranche de l'installation du neuro-campus du Vinatier. « Dans le cadre des plans campus, nous avons une réflexion sur des projets en lien avec l'industrie pharmaceutique ». Par exemple, « la restructuration du site Rockefeller (université Claude Bernard Lyon I) a bénéficié de 32 M€ d'investissement, dont 22,5 M€ financés par la région. Et le CENS-ELI, le Centre européen nutrition santé et l'Institut européen du lymphome, ont reçu 15,8 M€, dont 6 de la région », précise-t-il.

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