Nous suivre Industrie Pharma

Une thérapie cellulaire pour récupérer après une septicémie

Aurélie Dureuil

Sujets relatifs :

, ,

Des chercheurs français se sont intéressés aux atteintes musculaires provoquées par le sepsis. Leurs travaux ouvrent des perspectives de traitement via la thérapie cellulaire.

Et si pour traiter les séquelles musculaires des septicémies, un axe thérapeutique s'appuyait sur l'injection de cellules souches ? Cette piste est fournie par des travaux de l'Institut Pasteur menés par l'unité d'Histopathologie humaine et modèles animaux et publiés dans Nature Communications. Ces résultats ouvrent des perspectives pour les 28 millions de personnes dans le monde touchées chaque année par le sepsis, ou septicémie. Cette pathologie « est la conséquence d'une infection grave qui peut commencer localement (péritonite, pneumonie, infection urinaire, infection sur cathéter, etc.). Elle touche généralement des patients dont le système immunitaire est affaibli. Lorsqu'elle se produit après un acte chirurgical lourd ou une traumatologie, on évoque alors une infection nosocomiale », définit l'Institut Pasteur. Si cette maladie est responsable de 8 millions de décès chaque année, les patients qui y survivent peuvent présenter de graves séquelles. « Le sepsis est la 1re cause d'admission en réanimation et 40 % des patients développent des séquelles soit au niveau du système nerveux central, soit au niveau musculaire. Cela se traduit notamment par une faiblesse musculaire au sortir de la réanimation », détaille Fabrice Chrétien, directeur de l'unité d'Histopathologie humaine et modèles animaux de l'Institut Pasteur. Son unité travaille sur ces deux types de complications et le lien entre l'inflammation systémique et la survenue de séquelles sous forme de maladies neuro-dégénératives ou d'affections musculaires.

 

Une perte de l'ADN mitochondrial

 

L'étude publiée en décembre porte sur les conséquences pour les muscles des patients. En effet, les patients ayant une faiblesse musculaire au sortir de la réanimation ne présentent pas une faculté de réparation normale. « Les tissus musculaires, comme le foie, ont une grande capacité de réparation. Le muscle héberge une population de cellules souches, dites cellules satellites, qui contribue à la réparation en cas de lésion. Après un sepsis, nous nous sommes demandé pourquoi ces patients au sortir de la réanimation ne retrouvent pas leurs capacités musculaires ? », détaille Fabrice Chrétien. Les chercheurs ont constaté dans un premier temps qu'après un sepsis chez la souris, la population de cellules souches a diminué de 80 % et qu'à peine 25 % de cette population présentent une activité, contrairement aux près de 79 % d'une population normale de cellules souches.

Les chercheurs se sont alors intéressés au phénotype des cellules souches musculaires. Ils ont alors observé que la masse des mitochondries de ces cellules souches était moins importante que chez une souris saine. Ces organites jouent pourtant un rôle clé dans l'activité des cellules. Véritables « centrales énergétiques de la cellule, elles produisent l'ATP, la molécule-carburant nécessaire à toute réaction chimique », précise l'Institut Pasteur. Or chez les souris, les cellules souches perdent 40 % de l'ADN mitochondriale dans les 24 heures après l'infection. « Les scientifiques ont ainsi montré qu'après un sepsis, les quelque mitochondries subsistant dans les cellules satellites leur permettaient tout juste de maintenir un fonctionnement minimal de survie, mais n'étaient pas suffisantes pour assurer leur division et leur différenciation en cellules musculaires en cas de besoin (croissance musculaire, réparation et maintenance). Cette atteinte, précoce et durable, empêche l'organisme de restaurer les fonctions musculaires et explique le déficit musculaire persistant observé chez les patients », détaille l'Institut Pasteur.

Forts de ces résultats, les chercheurs ont mis en place une approche thérapeutique reposant sur la greffe de cellules souches mésenchymateuses. « Aisément cultivables en laboratoire, ces cellules sont connues pour leurs propriétés immunomodulatrices, ce qui en fait d'excellentes candidates à la greffe dans le cadre de thérapies cellulaires visant à réparer des lésions d'origine dégénérative ou traumatique », souligne Fabrice Chrétien. Son équipe a ainsi greffé ces cellules au niveau intramusculaire à des souris après un sepsis. Les chercheurs ont d'abord observé « une diminution de l'impact du sepsis sur le muscle », témoigne le directeur de recherche. Ce premier résultat s'est traduit par une diminution de l'inflammation globale, et des symptômes comme la fièvre, l'absence de tonus... Autre observation suite à cette thérapie cellulaire : l'amélioration de l'efficacité des cellules souches du muscle. « Les cellules satellites sont « reboostées » et redeviennent comme normales », indique Fabrice Chrétien. Une analyse histologique a permis de montrer que les cellules greffées sont venues supporter les cellules satellites sans s'y substituer. Une fois leur travail effectué, les cellules mésenchymateuses ont été éliminées par l'organisme, tandis que les cellules satellites ont récupéré leurs capacités métaboliques de division et donc de régénération du muscle. Si ces travaux ont été menés sur des modèles murins, les chercheurs disposent aujourd'hui de toutes les autorisations pour lancer une étude observationnelle chez l'homme. « Nous sommes à la recherche d'un partenaire industriel pour mettre en place un essai clinique à visée thérapeutique », dévoile Fabrice Chrétien.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

Un gel fait passer la culture de neurones à la 3D

Un gel fait passer la culture de neurones à la 3D

Une équipe du CNRS et de l'Inserm a développé un gel facilitant la culture cellulaire des neurones. Une découverte qui pourrait ouvrir de nouvelles voies de recherche, jusqu'à présent[…]

09/07/2018 | NeurologieCellules souches
La start-up qui veut réparer l'oreille cassée

La start-up qui veut réparer l'oreille cassée

Au coeur des sites d'Amgen en Nouvelle-Angleterre

Au coeur des sites d'Amgen en Nouvelle-Angleterre

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

Comment un simple polymère aide à réparer le vivant

Plus d'articles