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Une prise de sang pour prédire la récidive des cancers

NICOLAS VIUDEZ

Une équipe de chercheurs est parvenue à mettre au point une méthode permettant de prédire la récidive des cancers de la vessie à partir d'une simple prise de sang. Une découverte qui est désormais évaluée sur d'autres types de cancers.

Utiliser le mécanisme de reconnaissance du soi et du non-soi pour détecter la récidive de cancer, telle est la prouesse accomplie par une équipe de l'hôpital Saint-Louis, de chercheurs du CEA et de l'université Paris-Diderot. Les recherches, menées par les professeurs Edgardo D.Carosella et François Desgrandchamps, ont permis d'établir un lien entre la présence d'un type de lymphocytes dans le sang et le risque de récidive pour des cancers de la vessie. Pour comprendre le principe de ce test, il faut faire un court voyage dans le temps. « En 1992, une question se posait encore, pourquoi la femme enceinte ne rejette pas son enfant comme un corps étranger ? », rappelle le Pr. Edgardo D.Carosella. « Cette année-là, j'ai décrit pour la première fois la molécule HLA-G (pour Human Leukocyte Antigen) qui est un antigène non classique, parce qu'il s'exprime au moment de la grossesse sur les trophoblastes ». Un antigène produit par les cellules du foetus et qui inhibe la réponse immunitaire de la mère, ce qui permet au foetus de ne pas être rejeté. À partir de cette découverte majeure, qui a notamment permis des avancées sur les greffes d'organe et leur tolérance par l'organisme, les chercheurs ont exploré le rôle de cet antigène dans le développement du cancer. « La première expérience s'est faite sur le mélanome, avec la découverte qu'HLA-G s'exprime sur les mélanocytes tumoraux », précise le Pr Carosella qui détaille le fonctionnement de cet antigène : « HLA-G s'exprime dès l'apparition de la cellule tumorale, c'est un « checkpoint » majeur. L'antigène peut interagir avec l'ensemble des récepteurs présents sur les différentes cellules du système immunitaire : ILT2, ILT4 et KIR2DL4. Il bloque ainsi toute la réponse immunitaire face au cancer ». La tumeur n'est alors pas reconnue par les défenses de l'organisme et peut se développer ou récidiver. À partir de cette observation, les chercheurs se sont alors interrogés sur la possibilité de prédire indirectement le développement du cancer en analysant la réponse immunologique. En 2014, les équipes des professeurs Carosella et Desgrandchamps ont testé leur hypothèse en démarrant une étude sur les cancers de la vessie qui comprenait l'analyse des tumeurs prélevées mais aussi le suivi des patients. Ils ont notamment ciblé un type de cellule du système de défense de l'organisme, les lymphocytes cytotoxiques CD8, circulant dans le sang. Ces agents sont porteurs d'un récepteur ILT2, qui, lorsqu'il rencontre et se lie à l'antigène HLA-G, inactive l'action de défense immunitaire du lymphocyte.

 

Un test complémentaire des traitements

 

L'étude, menée sur une centaine de patients, aura demandé 2 ans de suivi. Les chercheurs estiment qu'au-delà de 40 % de CD8 inactivé (ou CD8+ILT2+) dans le sang, le risque de récidive de cancer de la vessie est important et qu'il peut être estimé comme faible pour un taux en dessous de 20 %. La mesure du taux de CD8+ILT2+ permettrait ainsi de détecter les patients qui ont un risque accru de récidiver. « Avec ce test, on peut prédire une possibilité accrue de récidive, l'idée, c'est aussi de réfléchir à comment on peut faire pour que cette récidive n'apparaisse pas et comment on peut faire évoluer ces cellules immunes de façon à ce qu'elles puissent agir contre la tumeur », souligne le Pr Carosella, qui insiste sur l'aspect complémentaire du test : « Le but, c'est aussi d'articuler ce test avec les nouveaux traitements actuels d'immunothérapie des cancers ». Les chercheurs développent une nouvelle étude sur le cancer du rein pour déterminer si ce test peut-être étendu à d'autres localisations. La mesure du taux de CD8+ILT2+ peut être réalisée par une simple prise de sang avec une technique de cytométrie en flux présente dans la plupart des laboratoires. Une demande de brevet a par ailleurs été déposée par l'AP-HP, l'Université Paris Diderot et le CEA en vue du développement d'un kit d'évaluation. « L'analyse sanguine permet d'abord d'être le moins invasif possible, c'est un confort pour le malade. Pour le service, cela permet des résultats plus dynamiques par rapport aux techniques d'imagerie, un peu plus compliquées et qui nécessitent plus de temps », remarque le Pr Carosella. Le recours aux analyses sanguines pour le suivi et la prévention des cancers est une tendance présente dans de nombreuses études parues, ces derniers mois, avec par exemple l'analyse de biomarqueurs ou de mutations de l'ADN. « Cette évolution est très importante. Grâce à ces analyses, on va faire un suivi beaucoup plus rapproché. On peut se placer bien avant que la tumeur s'établisse et se développe », se félicite le Pr Carosella. Au-delà de la prévention des récidives, d'autres recherches menées actuellement visent à cibler directement HLA-G et à empêcher ainsi les tumeurs d'avancer masquées et de passer sous le radar du système immunitaire.

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