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« Une nouvelle manière de financer les biotech »

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

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Alors que le crowdfunding ou financement participatif séduit de plus en plus de biotech, Éric Lameignère, directeur de Genopole Entreprises détaille les opportunités et les points de vigilance pour les sociétés innovantes.

Plusieurs biotechs santé et environnement ont récemment fait appel au crowdfunding ou financement participatif pour des levées de fonds. Comment abordez-vous ce nouveau mode de financement ?

Il existait en France un problème pour l'amorçage des sociétés de biotechnologies. Cette étape permet de financer les preuves de concept et nécessite des montants de 500 000 € à 1 million d'euros, selon les secteurs industriels. L'État a créé un fonds de fonds, le Fonds national d'amorçage. Les business angels se sont également structurés en réseaux thématiques ou régionaux. Et nous voyons émerger depuis 3 à 4 ans, une nouvelle source de financement : le crowdfunding. Nous avons pris contact avec des sociétés de crowdfunding pour comprendre leurs modèles et évaluer le coût de ce mode de levée de fonds. Au début, nous étions un peu dubitatifs, puis plusieurs sociétés de Genopole ont réalisé des levées de fonds par ce biais.

 

Le crowdfunding est une solution alternative pour le financement de l'amorçage. Quel impact cela va-t-il avoir sur les tours de table suivants ?

C'est un point qui nous dérangeait au début, car la présence d'un grand nombre d'individus au capital décourage les sociétés de capital-risque pour les levées de fonds suivantes. Aujourd'hui, certaines plateformes de crowdfunding proposent de gérer des holdings pour regrouper les investisseurs, ce qui est de nature à rassurer les sociétés de capital-risque.

 

Pour lever des fonds via les plateformes de financement participatif, il faut séduire les investisseurs particuliers. N'est-ce pas un challenge important pour des projets souvent très techniques ?

C'est le côté injuste du crowdfunding. Tous les sujets ne vont pas être égaux. Certains projets lisibles, sympathiques... ont plus de chance d'être financés que d'autres reposant sur des techniques plus ardues. C'était déjà le cas pour les investissements traditionnels. Mais dans le crowdfunding, il existe de nombreuses catégories d'investisseurs. Les dossiers plus techniques verront intervenir les investisseurs qualifiés, des spécialistes du domaine qui peuvent faire l'évaluation pour les autres.

 

En termes d'évaluation, tout le monde peut-il financer son projet par crowdfunding ?

Non, les plateformes de crowdfunding font un travail de sélection. Beaucoup de sociétés sollicitent les plateformes mais leurs projets sont soumis à évaluation et le taux de refus n'est pas négligeable. Nous réfléchissons actuellement au sein de Genopole Entreprises à un partenariat avec une plateforme de crowdfunding qui apporterait le moyen de financement et nous l'expertise scientifique.

 

Une fois passée l'étape d'investissement, le projet doit séduire les investisseurs. Cette étape repose sur la communication pour de jeunes sociétés pas toujours habituées.

Effectivement, les sociétés se doivent de communiquer auprès des investisseurs. Cela les oblige à être structurées. Cela les prépare au jour où elles iront en Bourse. Des sociétés de crowdfunding proposent des services de communication. Le coût n'est pas prohibitif mais il faut l'anticiper.

 

À propos de coût, quel est le coût réel pour une entreprise de passer par le crowdfunding ?

Cela dépend des modèles et des plateformes de crowdfunding. Des sociétés de crowdfunding proposent d'intervenir en amont pour préparer l'entreprise à monter un dossier présentable. Il faut bien évaluer l'ensemble des coûts, intégrer ceux liés à la communication institutionnelle et les coûts éventuels de montage et de gestion de la holding. Ce n'est pas forcément plus cher qu'une levée de fonds classique avec tous les coûts juridiques.

 

Finalement, comment voyez-vous l'émergence de ce nouvel outil de financement ?

Il est très positif de voir arriver une nouvelle manière de financer. Cela fait bouger les choses et donne de la visibilité aux biotech. Il faut cependant rester vigilant, notamment préserver les tours de tables suivants.

Un encadrement réglementaire depuis octobre 2014

Le crowdfunding connait un essor en France. Le baromètre de l'année 2014 publié par l'association Financement Participatif France montre que les fonds collectés ont été multipliés par deux entre 2013 et 2014, passant de 78,3 à 152 millions d'euros, tous secteurs confondus. Le financement participatif repose sur plusieurs modèles. Il y a les collectes de fonds via des dons, avec récompense ou sans contrepartie. Ce type de financement a permis aux projets dans de nombreux domaines de collecter 38,2 M€ en 2014. Les fonds peuvent également être collectés sous forme de prêts, rémunérés ou non. Un mode de collecte largement majoritaire avec 88,4 M€ de prêts en 2014. Enfin, le crowdfunding en capital permet aux financeurs d'acquérir une partie du capital de la société. Les projets dans les domaines de la santé et de l'environnement représentent 26 % des projets financés en capital. Et « afin de faire évoluer la réglementation française pour être au meilleur niveau international, le gouvernement a pris, le 30 mai 2014, une ordonnance, sur ce mode de financement », souligne le site du ministère de l'Économie, dédié au financement participatif. Entrée en vigueur au 1er octobre 2014, cette ordonnance encadre ce nouveau mode de financement. Elle a, entre autres, permis la création d'un « statut de conseillers en investissements participatifs pour les plateformes qui proposent des titres aux investisseurs (crow-equity) ». Les plateformes peuvent obtenir ainsi une labellisation.

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