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Une molécule super-active identifiée dans l'allergie

Aurélie Dureuil

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Des chercheurs ont décortiqué un mécanisme de l'allergie qui conduit à la formation d'une molécule super-active. Une nouvelle avancée dans la compréhension de cette pathologie.

Les yeux qui grattent, le nez qui coule, des plaques d'eczéma qui apparaissent, voire une crise d'asthme qui se déclenche, l'allergie attaque l'organisme. Il s'agit d'un « dérèglement du système immunitaire qui correspond à une perte de la tolérance vis-à-vis d'une substance que l'on appelle allergène », définit l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Et ces substances peuvent être très diverses : acariens, pollens, poils d'animaux, aliments, mais aussi piqures d'insectes, etc. L'organisme de recherche cite des « études épidémiologiques » qui « estiment la prévalence cumulée des maladies allergiques à 25-30 % ».

 

Un gène de prédisposition à l'asthme

 

Deux conditions sont nécessaires au déclenchement d'une crise : « une prédisposition génétique chez l'individu et une exposition à la substance allergène », toujours selon l'Inserm. Ainsi face à l'allergie, nous ne sommes pas tous égaux. En témoigne les travaux d'une équipe de l'Institut de pharmacologie et de biologie structurale (IPBS), CNRS-Université de Toulouse III.

« Une découverte importante dans l'allergie a été faite il y a une dizaine d'années. Nous avons identifié un gène de prédisposition majeur à l'asthme chez l'homme. Il s'agit du gène codant pour la protéine Interleukine 33 (IL-33) », souligne Jean-Philippe Girard, directeur de l'IPBS. L'IL-33 ainsi que son récepteur sont aujourd'hui cités dans les études internationales concernant l'asthme, selon le chercheur. Et son équipe vient de faire une nouvelle découverte sur le mécanisme moléculaire impliquant l'IL-33. Les interleukines sont des protéines agissant comme des messagers solubles. Elles « permettent aux cellules du système immunitaire de communiquer entre elles et ont un rôle majeur dans l'inflammation des tissus ». « Corinne Cayrol, chercheur CNRS dans mon équipe, a montré en 2009 que l'IL-33 fonctionne comme un signal d'alarme pour les globules blancs. Elle est synthétisée en permanence et stockée dans toutes les muqueuses en contact avec l'extérieur. Elle est libérée en cas d'exposition à des allergènes. Elle va alors alarmer différentes populations de globules blancs », détaille Jean-Philippe Girard. Si les chercheurs avaient déjà montré la présence de cette protéine en état de veille dans l'organisme, ils viennent de révéler un mécanisme spécifique permettant de former une molécule super-active. « Nous avons mis en évidence différents morceaux de cette protéine. Une partie contient l'activité de signal d'alarme tandis que l'autre agit pour freiner la première », indique le directeur de l'IPBS. La molécule dispose donc d'un système d'auto-régulation, limitant la réaction allergique. C'est sans compter l'intervention de mastocytes, des globules blancs intervenant dans l'allergie. « Ils produisent des enzymes permettant de couper la protéine IL-33 et ainsi de la rendre super-active », souligne Jean-Philippe Girard. Exit la partie permettant de freiner l'effet. Seul le morceau de molécule agissant comme alarme subsiste. Mais son activité est décuplée. Les chercheurs ont montré que l'activité de cette super-IL-33 est 30 fois plus importante que l'IL-33. Entraînant une amplification du signal de l'allergie.

« Cette forme super-active est capable d'activer les cellules ILC2, une population clé dans l'allergie. Ces cellules ressemblent à des lymphocytes mais n'en sont pas. Elles vont démarrer toute la cascade de la réaction allergique en produisant les médiateurs de l'allergie, les IL-5 et IL-13 », précise le chercheur. Cette découverte ouvre donc des perspectives dans la lutte contre les réactions allergiques. « Nous avons utilisé un inhibiteur d'une des enzymes de ces mastocytes pour empêcher le clivage de l'IL-33 chez la souris in vivo. Nous avons alors réduit l'inflammation et les symptômes allergiques », constate Jean-Philippe Girard. Cette première manipulation pilote a ainsi permis de moduler la force de la réaction allergique. Il ne s'agit pas en effet d'empêcher totalement la réaction car même sans clivage, l'IL-33 induit une réaction allergique. Bloquer le clivage de l'IL-33 permet de réduire les symptômes. Les chercheurs se penchent maintenant sur ce clivage. Les chercheurs poursuivent ainsi leur travaux afin « d'avoir une vision complète de toutes les enzymes capables de couper l'IL-33 », mais aussi « d'identifier d'autres activateurs de l'allergie » et de trouver des méthodes pour « prévenir ces clivages à l'aide de produits biologiques comme des peptides et des anticorps », conclut Jean-Philippe Girard.

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