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Comportement : Une formation du personnel pour mieux maîtriser la contamination

De la maîtrise de la contamination à la valorisation des employés, la formation du personnel qui travaille en zone à atmosphère contrôlée est un enjeu de taille pour les industriels. Autour d'une problématique commune, les programmes de formation doivent s'adapter aux différents métiers qui gravitent autour de la salle propre.

En France, ce sont près de 73 000 opérateurs travaillent en salle propre toutes filières confondues, d'après une étude menée en 2016 par l'Aspec, l'organisme français de référence pour les acteurs concernés par la maîtrise de la contamination. Avec deux millions de mètres carrés de surfaces propres répartis sur près de 250 sites de production, c'est l'industrie pharmaceutique qui embauche la grande majorité de ces opérateurs. « Dans ces zones à atmosphère contrôlée, 80 % des risques de contamination sont liés au personnel », rappelle Stéphane Ortu, délégué général de l'Aspec. De ce fait, la formation à la maîtrise de la contamination est un enjeu de taille pour les industriels du secteur. « Au-delà de l'obligation réglementaire, l'industrie pharmaceutique accorde une réelle importance à la formation régulière de son personnel travaillant en salle propre », constate Nicolas Delas, chargé de développement chez UPS Consultants. Une formation qui passe avant tout par une sensibilisation à la problématique. En réponse à des demandes récurrentes des industriels, l'Aspec a lancé en février 2018 une formation digitale pour aborder le thème général de la maîtrise de la contamination. Du nombre de particules dans un bureau au nombre de particules émises par un corps humain en passant par les raisons qui justifient le port d'une charlotte, cette formation théorique s'adresse à un public très large. « Il nous paraît important de sensibiliser avant même de parler de formation. D'ailleurs, nous débutons toutes nos formations en essayant de familiariser le public avec le domaine de l'invisible en utilisant notamment des lampes UV et des traceurs », explique Stéphane Ortu. Parallèlement pour les formations plus spécifiques, les organismes doivent répondre à une demande de plus en plus tournée vers une approche concrète, notamment à travers des ateliers pratiques qui permettent de sensibiliser et de former sur le terrain au plus près de la problématique.

Des formations à adapter

D'un point de vue législatif, ce sont les Bonnes Pratiques de fabrication (BPF) qui fixent les exigences réglementaires générales à respecter, notamment pour la formation et l'habilitation du personnel. Mais des spécificités sont à prendre en compte. « Les programmes de formation ne sont pas les mêmes pour du personnel qui travaille dans des zones de production stériles ou des zones non stériles », illustre Nicolas Delas. Dans le premier cas, un accent est mis sur le choix des matériaux pour les équipements qui doivent relarguer le minimum de particules dans l'air. Le personnel des zones de production stériles est également soumis à une gestuelle aseptique rigoureuse : faire le moins de mouvements possible, se mouvoir lentement, garder les bras collés le long du corps pour éviter de générer des particules... Ces contraintes sont beaucoup moins drastiques dans les environnements de production non stériles où l'accent est d'avantage mis sur les procédures d'habillage. Ensuite, la maîtrise de la contamination passe par la formation de tous les maillons de la chaîne : le personnel assurance qualité, les opérateurs de production, les équipes de nettoyage, les directeurs de sites... « Tous ces acteurs ont un impact non négligeable sur la maîtrise de la contamination, il est important de tous les impliquer dans le processus de formation », précise Stéphane Ortu. D'un maillon à l'autre, les contenus de formation diffèrent pour s'adapter aux connaissances de chacun et à leur rôle respectif. Par exemple, les opérateurs de nettoyage seront davantage formés sur les bonnes pratiques de désinfection et d'utilisation du matériel. Pour les produits utilisés, un accent sera mis sur les notions de concentration, de temps de contact ou encore de température de dilution. « Pour utiliser un désinfectant, l'industriel constitue tout un dossier pour expliquer pourquoi il a choisi ce produit. Et il rédige des recettes de nettoyage qui doivent être rigoureusement appliquées », précise Nicolas Delas.

Explosion des formations intra-entreprise

Enfin sur le parcours des formations, des distinctions sont faites par rapport au statut du salarié. « Un opérateur en CDI n'aura pas le même plan de formation qu'un intérimaire. Un socle commun de formation aux BPF est indispensable, mais les habilitations aux postes sont spécifiques à l'action engagée », explique Patrice Martin, directeur des établissements industriels Servier du Loiret. Toutes ces spécificités s'accompagnent d'une mutation de la formation. Ces dernières années, les organismes formateurs ont constaté une explosion de la demande de prestations intra-entreprise. Au-delà de l'aspect pratique, ce format permet aux industriels de bénéficier de formations adaptées à leurs procédés et leurs locaux, ainsi que de conseils d'amélioration. « Quand un client nous contacte, on définit un cahier des charges pour cibler ses attentes. Ensuite, nous proposons un déroulement pédagogique qui inclut une rencontre préparatoire au cours de laquelle le formateur se déplace sur le site pour concevoir un programme de formation adapté aux besoins. Nous pouvons aussi proposer un audit des pratiques puis des idées d'actions correctives », détaille Nicolas Delas d'UPS Consultants. « Au-delà du personnel à former, une fois sur le terrain, on peut se rendre compte qu'il y a des problèmes structurels. Notre intervention peut se transformer en audit, conseil et accompagnement et nous proposons souvent des axes d'amélioration », constate également Stéphane Ortu. Pour que les formations soient adaptées à la culture, au choix des compétences et de positionnement de l'entreprise, des grands groupes comme les laboratoires Servier les dispensent souvent en interne.

Former pour valoriser

« Nos formateurs sont instruits par des organismes et nous utilisons des outils pédagogiques externes. Cependant, au sein-même de nos laboratoires, les formations sont spécifiques d'un site de production à l'autre. Donc, il est plus simple d'avoir nos propres formateurs », justifie Patrice Martin. Pour suivre en permanence les normes et l'évolution des produits, la formation doit être récurrente tout au long du parcours professionnel. Et entre deux cycles de formation, un suivi du personnel est souvent mis en place au sein des entreprises. « Régulièrement, le manager audite certaines pratiques. Il observe, réajuste, conseille et habilite aux différents postes son personnel », détaille le directeur d'établissement. Au-delà de la maîtrise de la contamination, cette approche formation est aussi un outil de valorisation du personnel et de cohésion au sein d'une entreprise. « Quand on forme les équipes de nettoyage, elles se retrouvent impliquées dans le processus de maîtrise de la contamination et elles se sentent valorisées », remarque Stéphane Ortu. Par ailleurs, si l'ensemble des procédures, des procédés, des modes opératoires engagés sont sous contrôle de l'assurance qualité, « c'est le producteur qui fait la qualité du produit, notamment en étant conscient des éléments de sécurité et de performance qu'il engage », rappelle Patrice Martin. Les enjeux autour de la formation du personnel qui travaille en salle propre sont nombreux, et les industriels expriment un réel besoin en la matière. Par conséquent, le marché de l'offre a explosé : on compte aujourd'hui 36 organismes de formation dans le domaine des salles propres, contre un seul il y a vingt ans.

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