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« Une asymétrie entre la contraction du marché pharmaceutique français et les décisions d'investir dans nos usines »

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

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Arrivé à la tête de la filiale française du laboratoire GlaxoSmithKline en mars, Jean-François Brochard détaille son projet.

Chimie Pharma Hebdo : Pouvez-vous nous présenter GSK France ?

Jean-François Brochard : GSK a la chance en France d'avoir les trois métiers fondamentaux de notre secteur qui sont la recherche et le développement, la production et la commercialisation. En R&D, nous avons un site aux Ulis et une activité forte de recherche clinique. Pour la production, GSK dispose de trois sites en France : Saint-Amand-les-Eaux pour les vaccins, Mayenne pour les antibiotiques et Evreux pour le respiratoire. Et nous comptons plus de 800 personnes pour la commercialisation. Nous possédons ainsi une empreinte significative dans ces trois domaines. C'est un privilège et une responsabilité pour notre société en France.

 

Quelle est la place de la France par rapport aux autres filiales de GSK dans le monde ?

J.-F. B. : Nous sommes dans la même position que le marché pharmaceutique français. Alors que nous étions 4e il y a quelques années, nous sommes aujourd'hui la 6e filiale de GSK. Paradoxalement, le choix d'investissement sur les sites de production n'est pas corrélé à ce recul. Alors que le chiffre d'affaires était en légère contraction en 2014, sur les trois sites nous sommes plutôt sur un cycle d'investissement positif. La demande augmente et nous devons donc produire plus pour l'international. Sur les vaccins à Saint-Amand-les-Eaux, nous allons doubler les capacités cette année. À Mayenne, dans les antibiotiques, le site suit la même tendance depuis deux ans afin de doubler ses capacités de fabrication et augmenter ses capacités de conditionnement. Enfin le site d'Evreux va produire, en 2015, 47 % de la demande totale GSK en aérosols. Il y a ainsi une asymétrie entre nos usines où la croissance est alimentée par la demande internationale et la contraction du marché français. Aujourd'hui, c'est la qualité du travail, des équipes, les améliorations de productivité qui déterminent les choix d'investissement sur les sites de production. Cette situation contraste avec notre contexte économique et notre politique de santé qui pèsent lourdement sur les décisions d'investissements ; les décideurs doivent agir pour renforcer l'attractivité de notre pays afin que le développement de sites industriels comme celui de Saint-Amand soit à nouveau possible.

 

Vous êtes entré en fonction début mars, après avoir occupé un poste similaire pour la Belgique et le Luxembourg. Quel est aujourd'hui votre projet pour GSK France ?

J.-F. B. : C'est un projet qui s'inscrit dans la continuité. En pratique, trois axes majeurs sont importants à souligner. D'abord, je pense que nous devons continuer de prendre part aux réflexions menées autour de notre système de santé en y apportant notre vision et des propositions constructives, pour soutenir sa pérennité. Nous sommes notamment présents au Leem, au Lir (association des laboratoires internationaux de recherche), au CSIS... Nous voulons être un acteur significatif qui peut faire bouger les lignes, mener certains débats. En termes de contenu, cela passe évidemment par l'attractivité du marché français. Il est aujourd'hui difficile d'attirer et de justifier les investissements. Cela nécessite également de ne plus être en opposition avec nos autorités, mais d'être plutôt en accompagnement. Un autre axe est la flexibilité du travail. Avec notre cycle d'affaires qui dépend notamment des tombées de brevets, nous devrions pouvoir ajuster un certain nombre de coûts. Dans ces cas-là, mais aussi en période de croissance, ce manque de flexibilité nous pénalise et rend difficiles les perspectives de recrutements.

 

Quel est le troisième axe de votre projet ?

J.-F. B. : Le troisième axe vise à accélérer notre focalisation sur deux domaines clés d'avenir : les vaccins et le respiratoire. Avec l'acquisition du portefeuille de vaccins de Novartis, nous nous retrouvons avec un portefeuille extrêmement large et de belles opportunités. Nous voulons ainsi accélérer notre présence dans ce domaine en France mais également faire progresser la vaccination en France qui n'est pas parmi les meilleurs pays au monde. Dans le domaine respiratoire, nous avons un passé extrêmement riche. La Ventoline est sortie de nos usines en 1964. Nous avons comme projet de continuer à maintenir ce leadership avec un pipeline dans l'asthme et la BPCO. Dans ce domaine, la combinaison entre les molécules et les dispositifs qui permettent d'utiliser ces molécules est très importante. Nous avons trois nouveaux médicaments approuvés par les autorités européennes dans les 18 derniers mois, mais nous n'avons pas encore l'agrément en France. Notre portefeuille de nouveaux traitements à court terme est vraiment intéressant.

 

Pour l'arrivée sur le marché de ces nouveaux produits, les sites français vont-ils accueillir de nouvelles productions ?

J.-F. B. : La question est ouverte. Aujourd'hui, il n'existe pas en France de mécanisme incitatif. Nous attendons de voir les conditions d'accès et de remboursement. Aujourd'hui, la décision n'est pas prise mais la porte n'est pas fermée.

 

Un autre élément de votre projet repose sur la responsabilité sociétale de l'entreprise. Pouvez-vous détailler votre position ?

J.-F. B. : Notre société vit certaines évolutions tant en terme de technologie que dans le rapport entre l'industrie et les professions de santé. Nous devons accompagner cette évolution sociétale. Nous allons changer notre modèle d'interaction avec les professionnels de santé. Par exemple, nous arrêtons d'apporter un soutien financier, direct et individuel, à la participation des médecins dans les congrès médicaux. Pour nos commerciaux, nous allons déconnecter totalement la rémunération variable et les chiffres de vente, pour nous consacrer à des indicateurs de qualité.

 

L'accord avec Novartis va-t-il avoir un impact sur le périmètre de GSK en France ?

J.-F. B. : Nous ne voyons pas de changement dans l'immédiat. Les sites de Novartis pour les vaccins sont de très bons sites. Ainsi, pour les nouveaux vaccins, comme notre vaccin préventif contre la méningite B, la récupération de production sur nos sites français, tel que celui de Saint-Amand-les-Eaux, reste assez hypothétique pour le moment.

GSK France en bref

Chiffre d'affaires 2014 : 963,4 M€ (821,9 M€ pour la Pharma et 141,5 M€ pour la Santé grand public) Effectifs : 4 000 collaborateurs Implantations : 3 sites de production (Saint-Amand-les-Eaux, Mayenne et Evreux), 1 site de R&D (Les Ulis) et le siège à Marly-le-Roi.

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