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Une arme naturelle contre les bactéries

Raphaëlle Maruchitch

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Pherecydes Pharma en chiffres

Création en 2006, opérationnelle depuis fin 2007.

Effectif : une dizaine de personnes.

Financements : 2,5 M€ au global :

- 1,5 M€ des investisseurs ACE Management

- 500 K€ d'Oséo (aide à la création d'entreprises de technologies innovantes)

- 360 K€ du crédit impôt recherche

- 270 K€ de la DGA Rapid Duale (sur 900 K€ de subvention totale)

Surface des locaux : 400 m2.

Une arme naturelle contre les bactéries

Les bactériophages - ici un représentant vu au microscope électronique - sont présents partout dans l'environnement.

© Pherecydes Pharma

Ce sont des phages, des virus spécifiques aux bactéries, que la société Pherecydes Pharma développe pour lutter contre les antibiorésistances. La société entame une levée de fonds pour lancer un produit thérapeutique en phase pré-clinique.

Le phénomène grandissant d'antibiorésistance « expose les patients à des échecs de traitements par manque d'antibiotiques efficaces avec mise en jeu du pronostic vital » d'après l'Afssaps, qui qualifie le phénomène d'« inquiétant ». Or il existe des virus spécifiques des bactéries, présents depuis des millions d'années dans la nature : les bactériophages.

Développer des bactériophages, c'est précisément l'objectif de la start-up Pherecydes Pharma, opérationnelle depuis 2007. Car si les bactériophages (plus communément appelés phages) ont eu leur période de gloire passée en thérapeutique avec la phagothérapie, les pays occidentaux les ont délaissés depuis quelques décennies avec l'avènement des antibiotiques. Mais leur intérêt reste intact.

Hébergée au CEA jusqu'en 2008, Pherecydes Pharma a par la suite emménagé sur le parc scientifique de Biocitech, à Romainville (Seine Saint-Denis). Début avril, l'équipe s'est installée dans de nouveaux locaux, passant de 150 à 400 m2 de surface. Aujourd'hui, afin de porter en phases cliniques ses premiers produits thérapeutiques, l'entreprise recherche 3 millions d'euros. Le montage d'une unité de production GMP est prévu, dès cette levée de fonds aboutie.

La start-up possède un cocktail de phages en phase pré-clinique, spécifique d'Escherichia Coli, pour des applications topiques. Plus de 1 000 phages ont été ciblés pour l'élaborer. Les phages ont en effet la particularité d'avoir une étroite spécificité d'espèce bactérienne*. Afin de couvrir un large spectre, Pherecydes Pharma a donc mis au point des cocktails de phages, destinés à une utilisation complémentaire de l'antibiothérapie de première ligne. Le système de production doit être validé par les autorités de santé. « Le volume des réacteurs de production tournera autour de 10 litres, en jetable », précise Jérôme Gabard, p-dg de Pherecydes Pharma. En outre, les cocktails, qui résultent d'un travail de sélection, sont brevetables. « Nous avons voulu débuter par des soins facilement acceptables, avec un traitement qui vise les infections de la peau », explique Jérôme Gabard. Car si les phages connaissent actuellement un regain d'intérêt, ils ne doivent pas moins faire face à un certain scepticisme. Suivra un deuxième, destiné à combattre les infections respiratoires provoquées par les bacilles pyocyaniques. Enfin, le 3e cocktail présent dans le pipeline de Pherecydes Pharma cible le staphylocoque doré, pour le soin des infections osseuses et articulaires profondes.

Ce n'est pas tout. Il existe deux types de bactériophages, les lytiques et les tempérés. Les phages tempérés ont la capacité d'intégrer leur génome à celui de la bactérie-hôte, et de se multiplier avec elle. Le phage lytique, dit aussi phage virulent, fixe et injecte son ADN dans le cytoplasme bactérien, puis se reproduit à l'intérieur de son hôte et enfin le lyse pour libérer les nouveaux phages*. En thérapeutique, ce sont les phages lytiques qui doivent être utilisés, et qu'il faut isoler. « Nous avons développé un savoir-faire interne pour s'assurer de l'isolement des phages lytiques », détaille Jérôme Gabard. La nature lytique des phages doit néanmoins être confirmée ensuite par des tests moléculaires. Et la jeune société innovante, en plus de travailler sur les phages thérapeutiques, s'est aussi penchée sur les tests diagnostiques compagnons. « Il faut arrêter de faire des traitements à l'aveugle. L'idée est donc de développer un produit diagnostic à un prix moindre que le traitement, afin de s'assurer en amont que les phages seront efficaces », poursuit le p-dg de la start-up.

Enfin, la société s'intéresse de près aux phages dits variants. En effet, dans la nature, les phages font évoluer leurs protéines de reconnaissance des bactéries pour s'adapter aux mutations de celles-ci. Pherecydes Pharma a développé une technologie, protégée par trois brevets, pour reproduire ces mutations en laboratoires. Les phages variants obtenus sont donc des MGM. « Les micro-organismes génétiquement modifiés sont bien acceptés dans le milieu du médicament, mais depuis 2010, nous concentrons notre savoir-faire sur les phages naturels uniquement afin de faciliter l'acceptation des produits », indique Jérôme Gabard.

La jeune pousse compte de nombreux partenaires, parmi lesquels l'IRBA (Institut de recherche biomédicale des armées) de Grenoble, l'université d'Orsay, des hôpitaux ou encore l'association Phagespoirs.

Pour Pherecydes Pharma, l'idéal serait d'amener ses cocktails de phages au moins en phase II, puis de céder la licence à un industriel de la pharmacie. Deux nouvelles personnes viennent d'être recrutées et si les investisseurs répondent présents, la société pourra en embaucher cinq autres.

 

*D'après « Des virus pour combattre les infections », d'Alain Dublanchet, aux Éditions Favre.

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