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« Un partenaire invisible mais stratégique pour la santé »

Alors que la profession alerte les pouvoirs publics sur les difficultés rencontrées, Joaquim Fausto Ferreira, président, et Emmanuel Déchin, délégué général de la Chambre syndicale de la répartition pharmaceutique, détaillent les grands enjeux du secteur.

Industrie Pharma : Que représente la répartition pharmaceutique en France aujourd'hui ?

Joaquim Fausto Ferreira : Aujourd'hui, la Chambre syndicale de la répartition pharmaceutique œndlr, CSRPæ représente 183 établissements en métropole. Il y a également sur le territoire une vingtaine d'établissements d'entreprises qui ne sont pas adhérentes. Ce sont des short liner. Nous comptons en France 7 grossistes répartiteurs et nous dénombrons environ 12 000 emplois. Le chiffre d'affaires est de 16,7 milliards d'euros. Un rapport de l'Igas d'avril 2015 considère que la répartition pharmaceutique est une activité critique pour le maillage de pharmacies en France. Nous sommes fondamentaux pour l'accès au médicament.

 

Depuis quelques années, la CSRP interpelle les pouvoirs publics sur la situation de la profession. Où en êtes-vous aujourd'hui ?

J.F.F. : Depuis 3 ans, nous alertons les pouvoirs publics sur la situation de la répartition. À chaque baisse de prix, à chaque arrivée sur le marché d'un nouveau médicament générique, à chaque régulation des dispositifs médicaux..., la répartition pharmaceutique est touchée et les ressources disponibles pour la profession sont réduites de façon importante. Cela se traduit également par des baisses du nombre d'emplois. En 9 ans, ce sont environ 2 000 emplois équivalents temps plein qui ont disparu en France. Il n'y a pas eu de plan social spectaculaire, mais les effectifs diminuent de manière constante et régulière.

 

Début octobre, vous avez lancé une opération de sensibilisation des pouvoirs publics. Quel est l'objectif de cette campagne ?

J.F.F. : 1 000 boîtes de médicaments factices ont été distribuées aux parlementaires et autres leaders d'opinion afin de rappeler ce qui est en jeu : que tous les Français bénéficient du même accès au médicament en tout point du territoire national. Chaque jour, les répartiteurs distribuent 6,3 millions de boîtes dans les 21 915 pharmacies en France et ce, dans un délai moyen de 2h15.

 

Quels sont les facteurs qui impactent le secteur ?

J.F.F : Nous comprenons très bien que le secteur du médicament, et particulièrement du médicament remboursé, contribue aux efforts de maîtrise des dépenses. Toute la chaîne du médicament est ainsi touchée par les mesures d'économie décidées par les pouvoirs publics. Et clairement, la répartition pharmaceutique est la plus impactée. Notre marge dépend du prix des médicaments, elle subit donc les conséquences des baisses de prix. Nous avons ainsi proposé un système de forfait par boîte pour que nos marges ne dépendent pas seulement des prix mais aussi du nombre de boîtes qui passent dans nos établissements. Il est impératif de revoir notre mode de rémunération pour pouvoir financer nos obligations de service public. Elles nous imposent notamment de détenir des semaines de stocks pour 90 % au moins des références commercialisées, ce qui représente une immobilisation d'1 Mrd €.

 

Vous citez également la baisse des volumes de médicaments pour vos adhérents ?

J.F.F. : Oui, un autre facteur est la baisse des volumes. Depuis 3 ans, le marché diminue en France, et en parallèle, il y a le développement des ventes directes œndlr, entre les laboratoires et les pharmaciesæ. Aujourd'hui, elles représentent 32 % des volumes en France. Dans les autres pays, cela ne dépasse pas 8 à 10 % des volumes. Ces ventes directes concernent tous les médicaments remboursables. Elles portent le plus souvent sur les produits à forte rotation et fort taux de marge.

 

Un autre point sur lequel vous alertez concerne les génériques. Quel est l'impact de leur développement ?

Emmanuel Déchin : Depuis une dizaine d'années, afin de récupérer des flux de génériques, la répartition pharmaceutique a renoncé à sa marge sur ces produits. Ils sont revendus aux pharmaciens au prix fabricant. Et les répartiteurs se font rémunérer leur prestation logistique par les industriels. Mais les génériqueurs sont, eux aussi, soumis à une pression économique extrêmement forte. Aujourd'hui, les ressources que l'on tire des médicaments génériques sont insuffisantes, elles sont sensiblement inférieures à 30 centimes par boîte, ce qui correspond au montant de la marge plancher.

 

J.F.F. : Aujourd'hui, 70 % des génériques sont distribués par la répartition pharmaceutique. Cela représente 531 millions de boîtes en 2014. Et le circuit de la répartition est reconnu par tous comme le circuit de distribution naturel du médicament générique. Il faudrait revenir aujourd'hui à un mode de régulation normal pour que ce service soit rémunéré à hauteur de ce qu'il coûte.

 

Comment la répartition pharmaceutique s'adapte-t-elle face à cette baisse de profitabilité ?

J.F.F : D'abord, toutes les entreprises ont amélioré leur efficience. Elles ont mis en place des réductions des coûts, des gains de productivité... Ensuite, nos adhérents ont développé des services auprès des pharmacies et de l'industrie pharmaceutique. Un des grands services de la répartition consiste à organiser entre 60 et 80 % de la formation professionnelle des pharmaciens. Nous proposons également différents outils pour aider le pharmacien dans la gestion et le développement de son officine.

 

Quelle est la position de la CSRP sur la problématique des ruptures de stocks et des exportations parallèles ?

E.D. : Sur le lien entre exportation parallèle et rupture d'approvisionnement, soit il n'y en a pas et il faut arrêter d'en parler, soit il y a un lien et il faut alors s'intéresser aux 25 Mrds € d'exportation des laboratoires pharmaceutiques, par rapport aux quelques millions de la répartition pharmaceutique.

 

J.F.F. : La question de l'export parallèle est un faux débat. Il faut regarder tous les exports, et pas seulement ceux de la répartition pharmaceutique. La répartition pharmaceutique exporte dans un contexte fortement encadré et contraignant, celui des obligations de service public qui imposent notamment l'approvisionnement prioritaire du marché domestique. Les répartiteurs exportent donc des reliquats. Et il faut aussi avoir à l'esprit que toutes les quantités que nous commandons aux laboratoires ne nous sont pas systématiquement livrées. C'est le sujet de l'article 36 de la loi de santé : les produits d'intérêt thérapeutique majeur vont être interdits d'export dans certaines quantités.

 

E.D. : Il a pu y avoir un discours défavorable à la répartition pharmaceutique sur ce thème, alors que nous sommes les acteurs les plus efficaces pour atténuer l'impact de ces ruptures. Grâce à notre stock, nous permettons de diviser par trois leur impact pour le patient.

 

Comment appréhendez-vous les changements de réglementation européenne sur la traçabilité et notamment la sérialisation ?

J.F.F. : Même avec une situation économique tendue, toutes les entreprises ont investi énormément dans le cadre de la traçabilité imposée sur le territoire français. Nous avons compté que la mise en place représente 20 M€ d'investissement et 1 M€ par an pour son fonctionnement. Aujourd'hui, pour la sérialisation, nous attendons de savoir exactement ce qu'on nous demande.

 

E.D. : On ne devrait pas avoir à lire toutes les boîtes mais seulement effectuer des contrôles sur les produits qui viendraient de retours de pharmacie ou venant d'autres répartiteurs et les produits stupéfiants.

 

Un autre sujet réglementaire qui touche la répartition pharmaceutique est l'application des Bonnes pratiques de distribution (BPD). Quelles sont les implications pour vos métiers ?

E.D. : Il y a plusieurs changements des BPD en 2000 et 2013. Nous ne savons pas encore comment le contrôle des températures va être interprété par les autorités. Nous estimons que l'investissement sera compris entre 20 et 100 M€. Cette fourchette est extrêmement large et dépend notamment de savoir s'il faut climatiser toutes les camionnettes pour le transport des produits à température ambiante. L'enjeu est important.

 

Êtes-vous sollicités pour participer au Comité stratégique de filière Santé et Csis ?

J.F.F. : Non et c'est dommage. Il s'agit d'initiatives très focalisées sur l'industrie et l'innovation. Si on regarde la logique de processus d'innovation, nous sommes aujourd'hui capables de proposer des services de distribution sur-mesure. Nous considérons que nous sommes une industrie invisible mais stratégique pour la santé.

LA CSRP EN CHIFFRES

Chiffre d'affaires 2014 : 16,7 Mrds € Adhérents : 7 sociétés qui représentent 183 établissements 12 000 emplois 6 M de boîtes manipulées chaque jour 1 Mrd € : valeur du stock de la répartition pharmaceutique chaque jour

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