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Un marché solide, dans le sillon du médicament

Le marché de la sous-traitance analytique, porté par la réglementation, suit aujourd'hui une croissance confortable. Sa dynamique reste toutefois liée aux développements des médicaments.

Le qualificatif « optionnel » ne peut plus lui être attribué. La sous-traitance analytique, qu'elle soit de spécialité ou de niche, va dorénavant de paire avec la production pharmaceutique. Les évolutions de la réglementation notamment, ont porté l'externalisation des services d'analyses dans l'industrie pharmaceutique, et ce tout au long de la chaîne du médicament. Le marché mondial de la sous-traitance analytique dans la pharmacie et les biotechnologies, estimé à 5 milliards d'euros environ, est aujourd'hui riche d'acteurs nombreux et variés, tant du point de vue de leur taille que des services qu'ils proposent. En France comme ailleurs dans le monde, de grands acteurs incontournables tels SGS ou Eurofins côtoient de petits laboratoires. « Le monde de l'analytique est très diversifié, à l'image de celui de la pharmacie », illustre Philippe Davioud, à la tête du laboratoire pharmaceutique du même nom spécialisé dans la R&D, situé à Tillières-sur-Avre (Haute-Normandie). Mais si le secteur est en mesure d'offrir des opportunités à cette multitude d'acteurs, ce n'est pas pour autant un secteur facile. « Le marché français est très compétitif et concurrentiel », analyse Gautier Decock, area manager France/Suisse/Belgique/Pays-Bas chez Eurofins. Le poids lourd de l'analyse réalise environ 40 % de son chiffre d'affaires consolidé dans l'analyse pharmaceutique. Le marché de la sous-traitance analytique fonctionne de paire avec celui de l'industrie pharmaceutique, tout en restant lié au contexte économique global. « Le marché de l'outsourcing est un marché à la fois très dynamique et compliqué, qui demande une réactivité de plus en plus importante », détaille Paul Beyou, directeur du laboratoire SGS Life Science Services, implanté à Clichy. La division Life Sciences Services de SGS pesait 205 millions de francs suisses (170,7 millions d'euros) en 2013, soit une croissance de plus de 11 %, comparée à l'année précédente. « L'industrie pharmaceutique a connu un âge d'or porté en partie par les blockbusters qui en ont fait sa richesse. Puis, cela a un peu décliné en 2000-2005. Nous avons alors connu un marché bien moins producteur de nouvelles molécules, aux côtés de politiques de santé plus austères, d'un pouvoir d'achat qui s'est détérioré, de sites industriels qui ont été transférés ou ont fermé car les volumes n'étaient plus là », rappelle-t-il.

 

Au plus près des progrès technologiques des médicaments

 

Pour garder leur place sur le marché, les structures plus petites ont misé sur la spécificité davantage que sur la diversité de leur offre, à l'image du Laboratoire Philippe Davioud. « Nous sommes dans la prestation de services sur mesure, ce qui diffère de la stratégie des grands façonniers, explique le dirigeant du laboratoire. Nous avons défini des niches ; nous faisons de la R&D et de la production sur des très petites séries, et l'analytique qui s'y rapporte. » En témoigne par exemple le fait que 25 % de son chiffre d'affaires soient réalisés à l'export. D'une façon générale, actuellement, l'activité des sous-traitants analytiques connaît une belle croissance - à deux chiffres, par exemple pour Eurofins. Historiquement établie dans l'agroalimentaire, la multinationale a entamé son évolution vers l'environnement et la pharmacie en 2005. L'entreprise a multiplié les acquisitions afin de compléter et d'étendre son savoir-faire. « Nous voulions nous implanter dans la pharmacie à travers de multiples secteurs », explique Antoine Balland, pharmacien responsable et président du site Eurofins pharma quality control (Les Ulis, Essonne). «Mais il n'était pas question de procéder en faisant de l'acquisition de clientèle, mais bien en réalisant de l'acquisition de compétences, très ciblées chacune dans leur domaine. » La structure d'Eurofins est en effet organisée selon différents centres de compétences, implantés à travers le monde. Une ressource de plus pour saisir le même virage technologique que le monde du médicament. « Nous sommes aujourd'hui, au niveau du groupe, capables de tout faire, à une exception près dans le domaine de la virologie sur le secteur de l'Europe », détaille Gautier Decock. Les sous-traitants suivent et parfois même anticipent le rythme des évolutions technologiques du secteur du médicament. « Depuis des décennies, les industriels du médicament ont renoncé à tout faire par eux-mêmes au cours du développement de leurs nouveaux produits innovants. Quand bien même ils le souhaiteraient, l'entretien d'infrastructures lourdes, l'hyperspécialisation des tâches et même l'accès à des technologies protégées par des brevets les en empêcheraient », écrivait Philippe Genne, président de l'Association française des sociétés de service et d'innovation (Afssi), en juillet 2013 dans Les Échos. SGS a pour sa part choisi au fil des années d'adopter un modèle de portefeuille mixte de prestations. Le laboratoire Sciences de la vie de Clichy, s'est récemment engagé dans un projet de croissance, à travers un nouvel outil à Villeneuve-la-Garenne. L'investissement dans ce nouveau laboratoire sera assorti d'une dizaine d'embauches. L'objectif ? Faire évoluer le portefeuille de SGS France vers les médicaments biologiques, poursuivre la stratégie de fourniture de services d'expertise à nos clients et améliorer notre process grâce à un laboratoire neuf et revu en profondeur. « À travers le prisme de l'optimisation des flux, ainsi que l'introduction de nouveaux services requis par le marché, nous allons hisser nos volumes et développer de la croissance », explique Paul Beyou. Sans cesse, il faut se renouveler, s'adapter pour suivre les besoins des industriels. SGS a d'ailleurs doublé sa R&D entre 2012 et aujourd'hui. Quant à l'avenir, il est plutôt envisagé de façon sereine par les différents acteurs. Le Laboratoire Philippe Davioud, qui compte une quinzaine de salariés, prévoit d'ailleurs prochainement d'étoffer son équipe. « Je suis d'un naturel enthousiaste, je considère que le marché est en expansion. Il faudra bientôt apporter nourriture et soins à trois milliards d'individus supplémentaires, comment pourrait-il en être autrement ? », conclut Philippe Davioud.

3 questions à Jean-Bernard Deloye, directeur R&D, co-fondateur du laboratoire Cyclopharma, qui développe des solutions d'imagerie moléculaire innovantes pour l'aide au diagnostic et le suivi thérapeutique. « La sous-traitance est incontournable dans notre métier »

En premier lieu, pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous sous-traitez ? Il s'agit d'un choix stratégique. À nos débuts, nous avions un laboratoire de bactériologie en interne, pendant cinq ans. Mais rapidement, ce n'était plus rentable, les analyses n'étant pas mutualisées. En effet, l'environnement des analyses - la maintenance, la qualification, le suivi de la réglementation, l'évolution des BPL - peut se révéler très onéreux. Nous avons donc cherché à optimiser nos dépenses et la sous-traitance est arrivée naturellement. Quelles sont les analyses que vous sous-traitez chez Cyclopharma ? Nous faisons appel à la sous-traitance bien plus pour notre production que pour notre R&D, pour laquelle nous manipulons des produits dont la durée de vie est extrêmement courte. Ainsi, nous sommes contraints par la logistique et devons réaliser nos analyses R&D en interne. Cela peut toutefois nous arriver d'avoir à sous-traiter des analyses complexes qui portent sur nos matières premières, mais c'est rare. En production par contre, nous sous-traitons 95 % de nos analyses de bactériologie (analyses de stérilité, identification...). Cyclopharma se fait accompagner sur les questions de gestion de l'environnement microbiologique, notamment la validation des méthodes analytiques. Comment pensez-vous que votre sous-traitance analytique va se développer ? L'évolution de notre métier oblige les laboratoires pharmaceutiques à sous-traiter et je ne pense pas que la tendance s'inverse. En effet, nous ne pouvons justifier ni la maintenance ni le suivi, et avons beaucoup de mal à courir après la robustesse des méthodes analytiques.

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