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Un marché mondial imperméable au changement

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Un marché mondial imperméable  au changement

Sylvie Latieule Rédactrice en chef

La pharmacie mondiale se porte bien. Après un soi-disant passage à vide en 2010 qui s'est traduit par une croissance de 4 à 5 %, 2011 s'annonce encore meilleure. Si l'on en croit le cabinet IMS Health, le marché mondial devrait atteindre les 880 milliards de dollars en 2011, en hausse de 5 à 7 % par rapport à 2010. Pourtant 2011 sera l'année de tous les dangers. Toute une série de médicaments représentant plus de 30 milliards de dollars de ventes vont faire face à une nouvelle concurrence des génériques dans la plupart des marchés développés. Rien qu'aux États-Unis, Lipitor de Pfizer, Plavix de Sanofi-Aventis (et Bristol Myers Squibb), Zyprexa d'Eli Lilly et Levaquin de Johnson et Johnson, qui génèrent des ventes totales de plus de 17 milliards de dollars, devraient perdre leur protection. Mais IMS nous rassure en indiquant que le phénomène ne sera pas en mesure d'ébranler le marché mondial qui pourrait encore gagner quelque centaines de milliards de dollars supplémentaires pour atteindre 1 100 milliards de dollars à l'horizon 2014. Loin d'être découragée par ces pertes de brevets, la pharmacie mondiale continue d'adopter sa recette miracle : l'innovation. Si on l'a accusée d'être en panne d'innovation ou de mal employer ses ressources, elle continue d'investir des budgets colossaux dans la R&D. Le champion de la dépense reste le Suisse Roche, et cela ne date pas d'aujourd'hui. Sa stratégie, de longue date tournée vers les biotech, lui coûte cher. En 2010, le budget de R&D de Roche est estimé à 9 milliards de dollars, ce qui ramène son ratio de dépenses en R&D sur son chiffre d'affaires à plus de 18 %.

En deuxième position, on va retrouver le n°1 mondial Pfizer avec un budget de R&D qui devrait se stabiliser autour de 8 à 8,5 Mrds de dollars en 2012, après digestion de Wyeth. Pour Pfizer, la priorité est aussi aux biotech. Le groupe déclarait, en début d'année, pouvoir se positionner comme l'un des leaders des biothérapies dès 2015. Dernier exemple avec le groupe français Sanofi-Aventis qui s'inscrit en léger retrait avec des dépenses de R&D de 6 milliards de dollars en 2010, correspondant à un ratio sur chiffre d'affaires de moins de 15 %. Mais si l'offre sur Genzyme aboutit, il faudra probablement réévaluer ce poids de la R&D et des biotech. Chez Sanofi-Aventis, Pfizer, comme chez tous les grands de la pharmacie - Novartis, BMS, GSK, Merck MSD, AstraZeneca... - c'est un peu la même histoire. Une R&D toujours surpuissante, des recherches sur les petites molécules abandonnées et des reconversions brutales de sites entiers dans les biotechnologies. Car miser sur les biotech revient à faire un pied de nez aux génériqueurs. Et pour cause, on ne copie pas une protéine, comme on copie une petite molécule. En revanche, cela revient aussi à se tourner vers des besoins thérapeutiques non couverts ou des maladies rares, au détriment du plus grand nombre. Le changement est trop profond et radical pour ne pas faire de dégâts. Aujourd'hui, les salariés trop vite reclassés vivent douloureusement ces changements. Demain, les patients risquent de déchanter en découvrant que ces nouveaux traitements ne seront pas forcément à leur portée. Mais pourquoi s'inquiéter, tant que la pharmacie délivre de la croissance...


Le marché pharmaceutique mondial pourrait atteindre 1 100 milliards de dollars à l'horizon 2014.

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