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Un gène agissant sur le système immunitaire ouvre des perspectives pour certaines pathologies

Aurélie Dureuil

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Éléments clés de la réponse immunitaire, les lymphocytes peuvent également être à l'origine de pathologies quand leur prolifération n'est pas justifiée ou voulue. Des chercheurs ont découvert l'action d'un gène qui pourrait être cruciale dans les maladies liées aux lymphocytes et dans les greffes.

Inhiber ou activer la prolifération des lymphocytes pourrait devenir possible grâce à une découverte de chercheurs franco-britanniques. En effet, une équipe Inserm de l'Institut Imagine, en collaboration avec des médecins de Manchester (Royaume-Uni), a montré l'importance de l'action du gène CTPS1 dans la multiplication des lymphocytes. Bloquer ce gène pourrait inhiber la multiplication de ces cellules, éléments clés de la réponse immunitaire. Pouvoir agir sur le développement des lymphocytes pourrait ouvrir des perspectives dans le traitement de pathologies impliquant un défaut du système immunitaire. « Lorsque les lymphocytes T et B reconnaissent un antigène étranger à l'organisme, ils deviennent "activés" et se mettent à proliférer rapidement et de façon très importante, pour être en mesure d'éliminer cet agent », comme le rappelle l'Inserm.

 

Une mutation génétique à l'origine de la découverte

 

C'est en étudiant le cas d'enfants immunodéprimés et « extrêmement vulnérables à des infections » que les chercheurs ont montré l'importance du gène CTPS1. Ces patients « ont dû subir une greffe de moelle pour survivre, mais certains sont décédés », explique Sylvain Latour, directeur de recherche au CNRS et responsable de l'équipe Activation lymphocytaire et susceptibilité à l'EBV de l'Institut Imagine au sein de l'hôpital Necker. L'étude des profils génétiques de ces enfants a permis aux chercheurs de constater une mutation génétique. « Nous avons montré que cette mutation était liée à un défaut d'activation de lymphocytes T. Ces cellules proliféraient mal en cas d'absence de CTPS1 chez les patients », détaille Sylvain Latour. Il ajoute : « Cette protéine était déjà connue pour son rôle important dans la production de CTP, un composé des acides nucléiques impliqué dans la synthèse d'ADN, d'ARN et de phospho-lipides ». Avec ces nouveaux résultats, les chercheurs ont constaté que les patients avec une déficience du gène CTPS1 affichaient un niveau faible de CTP par rapport au groupe témoin, et qu'alors les lymphocytes proliféraient mal. Cependant, en ajoutant le CTP dans le milieu de culture, la prolifération des lymphocytes était réactivée. « Quand on ajoute du CTP dans le milieu, il entre dans la cellule et permet aux cellules lymphocytes déficientes en CTPS1 de proliférer de nouveau normalement », précise Sylvain Latour. Il constate ainsi : « Pour les patients souffrant uniquement de problèmes immunitaires, cette protéine a l'air très importante pour la prolifération des lymphocytes T et B ».

 

Des applications dans le cadre de greffes

 

Cette conclusion ouvre des perspectives pour contrôler la prolifération dans certaines pathologies liées à un système immunitaire trop « actif ». « Dans le cas de greffes, nous pourrions avoir un inhibiteur de ce gène, pour éviter une réaction immunitaire induisant un rejet de la greffe. Cet inhibiteur pourrait avoir un effet très spécifique avec peu d'effets secondaires », souligne Sylvain Latour. Il cite également le cas de maladies auto-immunes en obtenant un effet immunosuppresseur. « Nous devrions également freiner la multiplication des lymphocytes et ainsi lutter contre les cancers associés à cette prolifération. L'idée est de pouvoir cibler ce gène pour développer des inhibiteurs plus spécifiques avec moins de toxicité », ajoute-t-il.

Pour l'heure, son équipe s'intéresse à la compréhension de ce gène CTPS1. Après ces études chez l'homme, l'équipe de l'Institut Imagine travaille sur un modèle de souris dans lequel ce gène serait déficient. L'objectif est de « comprendre plus finement les mécanismes et la fonction de ce gène autour de la réponse immunitaire. Nous voulons comprendre sa régulation », détaille le chercheur. Cette meilleure compréhension devrait permettre de trouver un inhibiteur efficace. Les travaux publiés dans Nature en mai dernier ouvrent ainsi une nouvelle voie de recherche.

 

Bibliographie : « CTP Synthase 1 Deficiency in Humans Reveals its Central Role in Lymphocyte Proliferation», E. Martin et coll., Nature, édition en ligne du 28 mai 2014

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