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Un bracelet connecté pour une meilleure prise en charge des AVC

Mathilde Lemarchand
Un bracelet connecté pour une meilleure prise en charge des AVC

Le bracelet connecté à l'application « Connect ».

© Mathilde Lemarchand

Le 25 octobre, le LivingLab de l'Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) a organisé un après-midi portes ouvertes de présentation de prototypes pour la rééducation des cerveaux lésés. Parmi les innovations, le bracelet « Connect » destiné à améliorer la prise en charge initiale des victimes d'un AVC (Accident vasculaire cérébral).

Le constat est alarmant. « Lors d'un AVC, la perte de neurones est estimée à deux millions par minute », indique le professeur Jean-Christophe Gentric, le responsable de l'unité de neuroradiologie interventionnelle du CHU de Brest. L'Inserm définit l'AVC comme « une rupture ou une obstruction d'un vaisseau sanguin dans le cerveau ».

Toujours d'après l'Inserm, on dénombre chaque année, en France, plus de 140 000 nouveaux cas d'accidents vasculaires cérébraux, soit un AVC toutes les quatre minutes. 60 % des victimes d'un AVC récupéreront leur indépendance. Mais malheureusement dans 40 % des cas, les patients conserveront des séquelles importantes, comme une hémiplégie ou encore une aphasie (troubles du langage oral et écrit, affectant l'expression et la compréhension), selon la sévérité de l'AVC. Une situation et des chiffres qui pourraient changer.

En collaboration avec l'équipe du CHU de Brest, des étudiants de l'École 42 et de l'École de Design Strate, ont ainsi développé une application, baptisée « Connect », qui permet de connaître l'état d'urgence et la position du patient tout au long de sa prise en charge par les professionnels de santé. En règle générale, la prise en charge d'un patient victime d'un AVC se déroule de la façon suivante : le patient est conduit par les pompiers ou le SAMU vers un centre spécialisé, où un bilan clinique et des examens d'imagerie vont être réalisés. Si le diagnostic d'AVC est avéré, les médecins décideront alors de la meilleure solution à adopter, en fonction de la réversibilité des lésions provoquées par l'attaque cérébrale. Au cours de sa prise en charge, le patient est donc amené à croiser bon nombre de professionnels de santé et de réaliser différents types d'examens médicaux.

Et c'est là tout l'intérêt du projet Connect, assurer une communication en temps réel des différents acteurs pour justement « gagner le maximum de temps », précise le professeur.

Un dossier patient numérique partagé

Concrètement, le projet Connect repose sur le développement d'un système de communication pour les professionnels de santé impliqués. Ce système repose sur une application et un bracelet qui dispose d'un système de tracking permettant de suivre la position géographique du patient, du lieu de l'accident jusqu'au bloc opératoire.

Ce bracelet propose également un QR Code qui donne, via un accès sécurisé, les informations utiles aux professionnels. L'application prend la forme d'un questionnaire, accessible par les soignants via des identifiants professionnels, qui permet de récolter l'ensemble des données cliniques du patient, comme les symptômes biologiques par exemple, aboutissant à la création d'un dossier patient partagé.

En plus d'améliorer la communication entre l'ensemble des intervenants, l'application dispose également de l'intelligence artificielle pour aider à la prise de décisions. Une meilleure orientation des patients qui pourrait aboutir à augmenter le nombre de thrombectomies, un acte interventionnel reconnu comme « intervention efficace » et « standard de pratique » pour le traitement des AVC depuis 2015.

Réponse en 2020, année durant laquelle les médecins et les étudiants espèrent pouvoir tester leur dispositif sur l'ensemble de la région Bretagne.

Doubler le nombre de thrombectomies

Pour traiter un AVC, deux solutions existent. La thrombolyse, qui consiste à injecter un médicament pour dégrader le caillot sanguin (le thrombus), à l'origine de l'obstruction du vaisseau, et la thrombectomie, une intervention mécanique cette fois-ci, qui consiste à aller chercher le caillot au niveau cérébral. La thrombectomie s'est avérée être l'option la plus efficace pour traiter un AVC. « Pour récupérer un maximum de capacités cérébrales, le mieux est de réaliser la thrombectomie dans les premières 6-8 heures mais chez certains patients, ce délai peut être allongé à 24 heures », précise le professeur.

La mise en oeuvre d'une thrombectomie nécessite toutefois une certaine logistique et fait intervenir beaucoup d'acteurs différents, comme l'indique Jean-Christophe Gentric : « Réaliser une thrombectomie, c'est faire appel à un neurologue, à un anesthésiste, à un neuroradiologue et à un manipulateur. Aujourd'hui, nous manquons d'outils pour une communication en temps réel. Avec un dispositif tel que le bracelet Connect qui permettrait d'améliorer et d'accélérer la prise en charge des patients, le nombre de thrombectomies par an - qui à Brest est de 150-200 - pourrait être doublé ».

Tout l'intérêt de Connect est ainsi d'augmenter l'éligibilité et l'accès à la thrombectomie, en permettant aux médecins de visualiser les flux de patients et donc de planifier au mieux leurs opérations. « Avec une meilleure organisation, on gagne du temps, et dans le cas d'un AVC, c'est du temps de vie pour les patients, mais également de la qualité de vie », indique Jean-Christophe Gentric. « Time is brain, time is life », concluent les étudiants aux côtés du professeur.

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