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Transformation digitale : "Le sujet de la digitalisation est en perpétuel mouvement"

Sylvie Latieule
 Transformation digitale :

© Aptar

Vice-président Sales and Operation EMEA Pharma du groupe Aptar, Yann Ghafourzadeh va présider le prochain colloque du cluster Polepharma consacré à l’industrie du futur. Dans cette interview, accordée à Industrie Pharma, il revient sur l’importance de continuer à évangéliser sur le sujet.

Le cluster Polepharma prépare la troisième édition de son colloque Industrie du futur dont vous allez assurer la présidence. Pourquoi faut-il encore évangéliser sur le sujet de la transformation digitale ?

Yann Ghafourzadeh : Effectivement l’industrie 4.0 tout le monde en parle. Elle s’appuie par ailleurs sur un certain nombre de technologies, que l’on ne peut pas qualifier de nouvelles, car elles ont déjà été éprouvées dans de nombreuses autres industries. Quelques unes d’entre elles seront passées en revue dans le cadre des ateliers qui se tiendront dans le cadre du colloque de Polepharma. On peut citer par exemple l’intelligence artificielle et machine learning, la modélisation des process de production, le jumeau numérique, le stockage de l’information, la blockchain, le data integrity… Cependant, l’idée du colloque est d’expliquer ce que signifie concrètement la digitalisation pour le monde de la pharma. Il s’agit d’un secteur industriel extrêmement réglementé qui peut demander des réponses spécifiques. D’où le besoin de s’entraider et de partager des expériences sur le sujet.

De par votre expérience au sein du groupe Aptar, qui est spécialisé dans la production de systèmes pour dispositifs médicaux, quel serait le sujet le plus central ?

Y.G. : Nous avons en effet lancé une initiative de digitalisation au niveau de nos processus de production et de libération de lots sur notre site de production de Vaudreuil. Cela consiste en clair à passer de processus documentés par des dossiers papier à des processus où les dossiers sont dématérialisés. Sur ce sujet du sans papier, un des points clés est celui de la data integrity. La question qui se pose, en particulier pour les laboratoires pharmaceutiques que nous côtoyons, est celle des systèmes et des processus à mettre en place pour garantir aux autorités de santé, comme l’ANSM en France, ou l’EMA et la FDA à l’étranger, qu’il n’y a pas eu de falsification de données, en particulier des données critiques.

A votre niveau, en tant que fournisseur de devices, avez-vous déjà trouvé les réponses ?

Y.G. : Nous essayons d’avancer dans notre réflexion et nous avons commencé à utiliser des systèmes informatiques sécurisés. Néanmoins l’industrie 4.0 cela va beaucoup plus loin. En réalité l’enjeu est celui de la transformation globale de nos activités en y intégrant cette data integrity. Pour illustrer ce point, on peut prendre l’exemple des contrôles visuels. Aujourd’hui ils sont remplacés par des caméras qui enregistrent des données, mais demain cette accumulation de données, couplée à de l’intelligence artificielle et du machine learning, permettra à ces machines de traitement d’image de prendre des décisions  et donc d’influer en amont sur le procédé et la libération de lots. Le flux de données permet de comprendre plus intimement le lien qui existe entre produit et procédé. C’est déjà ce qui se passe ans le domaine de l’imagerie médicale où l’on entend dire que les robots sont meilleurs que les radiologues pour détecter certaines pathologies. 

Une meilleure maitrise du procédé grâce à la data cela reste néanmoins une promesse…

Y.G. : Ce qu’il faut voir c’est que les capacités de stockage et de traitement de données sont de plus en plus efficaces et de moins en moins coûteuses. Ce qu’il était impossible de faire il y a quelques années devient tout d’un coup accessible. Le référentiel change tout le temps.  Si on ajoute à cela le fait qu’il n’y ait pas une réponse unique en matière de digitalisation et que cela dépend de chaque site de production, on comprend pourquoi il est intéressant de partager des expériences entre professionnels car le sujet de la digitalisation est en perpétuel mouvement. Il est important d’échanger pour ne pas répéter les erreurs.

Néanmoins la digitalisation fait peur. Est-ce parce que le sujet reste complexe à appréhender ?

Y.G. : C’est une erreur de penser que les technologies liées à la digitalisation sont complexes à mettre en œuvre. Dans  90% des cas, cela reste plutôt simple de les implémenter. On s’aperçoit même que l’appropriation des systèmes est souvent plus rapide que prévu. Cela s’explique par le fait que les collaborateurs sont souvent plus digitalisés à domicile que sur leur lieu de travail.

Alors qu’est-ce qui bloque ?

Y.G. : Ce qui bloque c’est clairement la validation des systèmes informatiques. On a peur de perdre le contrôle du procédé à travers une perte du contrôle des données. C’est donc essentiellement un sujet réglementaire qu’il reste à régler. C’est pour cela que dans le domaine pharmaceutique, quand on parle d’industrie du futur ou de transformation digitale, on en arrive très vite à la question de l’intégrité de données.

Justement au cours de ce colloque le cluster Polepharma présentera une initiative toute nouvelle avec la création d’une blockchain privée. Quel lien y a-t-il entre data integrity et block chain ?

Y.G. : La technologie blockchain est un des outils possibles de la data integrity dans la mesure où elle permet de sanctuariser des données. Dans la pratique, l’initiative de Polepharma revient à fédérer des adhérents au sein d’un consortium privé pour offrir un support de stockage et de transfert de données de manière sécurisée. Toute falsification de données de l’un des membres est rendue impossible sans l’intervention de l’ensemble des participants du consortium. 

 

 

Colloque Polepharma Industrie du futur- 3e édition

Comment la donnée va-t-elle transformer la filière pharmaceutique ?

28 novembre 2019 - Kindarena de Rouen

Plus d’informations sur le site www.polepharma.com

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