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Transformation digitale : Des opportunités à saisir sur la chaîne du médicament

La transformation digitale touche toutes les strates de l'économie. Le domaine des services a été le premier impacté. Mais l'industrie n'a pas été épargnée. Menace ou opportunité pour les industriels sur le territoire français ? La SFSTP a organisé une journée de conférences, le 31 mai, pour débattre du sujet.

Pour les optimistes pas de doute : la transformation digitale offre l'espoir de remettre notre industrie au meilleur niveau mondial. Le précédent gouvernement avait donné le tempo en lançant, en avril 2015, le programme Alliance Industrie du futur pour mettre en mouvement les compétences et les énergies. Mais dans la liste des partenaires, pas de référence au secteur de la santé ni même à celui de l'industrie pharmaceutique. Pourtant, la transformation digitale a déjà fait son apparition dans ce domaine. Et pas uniquement à travers la e-santé car c'est toute la chaîne du médicament qui est en réalité affectée. Pour nous en convaincre, la SFSTP a organisé, le 31 mai dernier à Strasbourg, une journée intitulée « la révolution digitale au service du médicament », s'inscrivant dans le cadre de ses « Rendez-vous de l'amélioration continue ». Au programme, des illustrations d'experts pour témoigner de l'apport du digital dans l'industrie du médicament.

 

Tout commence par les essais cliniques

 

Et tout commence dès les phases cliniques. Eulalie Landèche, biomodélisatrice pour la start-up Novadiscovery, a expliqué comment la simulation informatique pouvait permettre de « mieux comprendre le mécanisme d'action de produits ». Pour cela, la société emmagasine des données et construit des modèles mathématiques pour permettre de les utiliser. Pour l'heure, il n'est pas question pour les autorités de santé d'enregistrer des médicaments sur la base de ces seuls développements cliniques qualifiés d'« in silico ». En revanche, le savoir-faire de Novadiscovery permet à un laboratoire d'optimiser sa stratégie de développement clinique, tant dans la détermination du nombre de patients à inclure dans des essais, que dans la sélection d'hypothèses les plus prometteuses ou la validation d'expérimentations « in vitro » et « in vivo ».

Julien Moreau, responsable de la digitalisation des processus chez Lilly sur le site alsacien de Fegersheim, a expliqué que le sujet n'avait rien de nouveau. Sans même parler des systèmes d'automatisation qui ont fait leur apparition dans les années 80 en production, il explique que sa société pratique la gestion électronique de documents depuis plus de 20 ans. Dans une deuxième phase, la digitalisation s'est installée pour gérer les déviations et les modifications. Puis, le principe des tickets électroniques s'est imposé sur le parc d'équipements et couvre aujourd'hui 60 % du process. Selon son expérience, cette digitalisation peut se construire, brique par brique en fonction des besoins des sites industriels. Mais Julien Moreau a insisté sur l'importance du facteur humain et de l'accompagnement au changement. Pour les opérateurs de procédés, les solutions digitales peuvent être perçues comme des outils de surveillance entraînant la perte de responsabilité. « Il ne faut pas exclure l'implication des collaborateurs pour une bonne adhésion aux projets de digitalisation », a-t-il ajouté.

 

Le Hackathon de Lilly pour innover dans l'interface homme-machine

 

Toujours chez Lilly, Philippe Perrin a décrit un projet très original basé sur l'organisation d'un Hackathon pour innover dans l'interface homme-machine. Le laboratoire s'est fait accompagner par la société Bemyapp pour faire plancher, pendant 48 heures, 9 équipes de 1 à 5 personnes, dans les locaux de l'École 42 de Xavier Niel. Au bilan, c'est le projet Elise, proposé par 3 étudiants, qui a été retenu. Il consiste dans le développement d'un assistant vocal pour guider les opérateurs de production dans des situations connues. Et pour les situations inconnues, une fonction d'apprentissage par l'expérience est prévue pour enrichir l'outil. « À terme, notre vision serait de développer un assistant Elise sur chacun de nos sites de production analogues à Fegersheim et qui seraient interconnectés pour partager les procédures », a expliqué Philippe Perrin. Quoi qu'il en soit, la solution ne pourra pas être déployée immédiatement sur les sites de Lilly, notamment pour des raisons réglementaires. P. Perrin tire cependant des points positifs de cette expérience comme la découverte de nouvelles technologies et de nouveaux modes de collaboration.

Puis, Laurent Morello, expert MES Pharma pour Siemens Industry Software, a évoqué le cas de la libération de lots par exception qui est une des grandes fonctionnalités apportées par les MES qui sont des systèmes de gestion des processus industriels. Non seulement les opérations de production peuvent être suivies en temps réel, mais en fin de cycle, le système ne génère de documents que relatifs aux non-conformités de production. Un gain de temps et de papier ! Pour autant, les laboratoires ne sont pas tous équipés de cette fonctionnalité. « La technologie est prête depuis 10 ans, mais il y a encore des réticences culturelles à utiliser ce type de systèmes », a-t-il expliqué.

 

Les bienfaits de la formation par l'action

 

Pour clore le chapitre de l'apport du digital en production, Maria Denami, docteure en sciences de l'éducation de l'Université de Strasbourg et experte pour la société WhiteQuest, a expliqué comment la réalité virtuelle pouvait permettre le développement de compétences chez des opérateurs de production. Elle a notamment présenté un simulateur de salle blanche, de type « serious game », qui permet de former par l'action sur des aspects d'hygiène et de désinfection, sur des procédures d'habillage et de déshabillage et sur l'utilisation de machines. Maria Denami a expliqué que la performance de l'outil avait pu être validée scientifiquement par comparaison de populations, formées sur cet outil et de façon traditionnelle.

Nicolas Baudry, président de CSP Digital, a apporté une illustration de l'intérêt du digital dans la chaîne logistique. Ancien dirigeant de la société de répartition CSP, il a choisi de faire « bouger les lignes » en créant cette entité digitale dont la vocation est de permettre la mutation digitale de ses clients en leur donnant les moyens de connecter la chaîne de santé, depuis la production jusqu'au patient, avec des boîtes de médicaments sécurisées et infalsifiables, et des données de santé certifiées. Pour cela, Nicolas Baudry promeut la technologie NFC. Elle consiste à « imprimer » des micro-antennes de radiofréquence en même temps que les étiquettes traditionnelles apposées sur les colis, voire incorporées dans l'épaisseur des cartons. Ces dispositifs sont en mesure de garantir et certifier leur présence à un emplacement donné de l'entrepôt, ils permettent aussi de suivre les mouvements et la présence des colis sur des palettes, avant chargement, en cours d'acheminement, mais aussi de les retrouver à nouveau à 100 % lors des livraisons. Cette offre a été élaborée en collaboration avec la start-up Yesitis dont il est le co-fondateur, et qui s'était illustrée lors de la dernière édition du salon CES de Las Vegas.

 

La télésurveillance au service des maladies chroniques

 

Pour finir, Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques, s'est exprimé sur les formidables espoirs suscités par la révolution digitale. « Aujourd'hui, nous n'avons pas d'attentes particulières en matière de découverte de nouvelles molécules médicamenteuses. En revanche, des opportunités se dessinent avec le numérique pour des maladies chroniques comme le diabète ». Le président a tout particulièrement insisté sur les technologies d'autosurveillance permettant au patient d'être acteur de sa maladie, et sur la télémédecine qui permettra une surveillance à distance des patients par les professionnels de santé. Ceci va nécessiter la création d'« un territoire numérique de santé » pour la communication entre patients, personnels de santé et autorités, où chaque partie prenante devra être formée aux nouvelles technologies.

Le mot de la fin est revenu à Danièle Bordi, présidente de la SFSTP et directrice générale d'All GXP Consulting. Elle s'est félicitée de la richesse de la journée et de sa convivialité, qui sont deux marques de fabrique de la SFSTP, et a évoqué la tenue d'un prochain « Rendez-vous de l'amélioration continue » qui se tiendra le 22 septembre prochain, à Paris, sur le thème de l'« article de conditionnement ».

LES ENJEUX DE L'ARTICLE DE CONDITIONNEMENT EN DÉBAT

« L'article de conditionnement : un composant qui évolue », c'est le thème retenu pour le prochain « Rendez-vous de l'amélioration continue » proposé par la SFSTP, le 22 septembre à Paris (13e). En effet, sous la double pression de l'innovation et de la réglementation, de nombreuses questions se retrouvent au coeur de l'actualité. Comment optimiser la conception d'un emballage ? Quelle interaction entre le contenant et le contenu ? Quelle réponse à la publication du règlement sur la sérialisation des médicaments en Europe, applicable le 09/02/2019 ? Comment rendre inviolable un conditionnement ? La SFSTP propose d'explorer en profondeur cette thématique, en suivant la recette qui fait le succès de ses « Rendez-vous » depuis plus de 40 ans, un dialogue avec les meilleurs spécialistes du secteur. Un cocktail dînatoire aura lieu la veille, le jeudi 21 septembre 2017, dans le prestigieux Yatch Marina Club à l'Atelier du France, espace de réception du port de Grenelle (Paris 15e). Pour plus d'informations, connectez-vous sur le site www.sfstp.org

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