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Tendances positives pour la chimie fine en France

Propos recueillis par Sylvie Latieule

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LE SICOS BIOCHIMIE EN BREF

Le Sicos Biochimie ou Syndicat de l'industrie chimique organique de synthèse et de la biochimie a été créé, il y a plus de 85 ans, par des entreprises spécialisées dans la chimie organique de synthèse. Ce syndicat est aujourd'hui organisé en cinq sections : produits chimiques à usage pharmaceutique, colorants, biochimie, caoutchoucs et élastomères, solvants oxygénés. Sa vocation est de défendre les intérêts collectifs de ses adhérents, au nombre de 61, de les représenter au sein de commissions spécialisées de l'UIC (Union des industries chimiques), dans des discussions auprès des pouvoirs publics, voire auprès du grand public. Vincent Touraille, directeur général de PCAS est, depuis le mois de juin, le nouveau président du Sicos Biochimie.

Tendances positives pour la chimie fine en France

VINCENT TOURAILLE EST LE NOUVEAU PRÉSIDENT DU SICOS BIOCHIMIE.

© © Sicos

Face au rouleau compresseur asiatique, la chimie fine en France défend ses positions. Si le custom manufacturing semble moins faire recette, les industriels se déploient dans les génériques et la chimie de spécialité. Détails avec Vincent Touraille, nouveau président du Sicos Biochimie.

Industrie Pharma : Le Sicos Biochimie représente les industriels de la chimie fine et de la biochimie en France. Quel est le poids de cette industrie ?

Vincent Touraille : Notre industrie regroupe trois grands types de métiers : la production de génériques, le custom manufacturing ou production à façon et la chimie fine de spécialités. Nous estimons qu'elle s'inscrit dans une fourchette comprise entre 1,5 et 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, avec un effectif de 10 à 12 000 personnes sur le territoire français. Après les croissances à deux chiffres des années 90, nous avons connu une érosion au début des années 2000, due à des problèmes de surcapacités. Puis, nous avons connu la crise en 2008-2009. Les principaux acteurs ont su se restructurer et réaliser des acquisitions. Aujourd'hui, la croissance est de l'ordre de 2 à 3 % par an.

 

Vous avez parlé de récentes restructurations. Néanmoins, les entreprises restent de petite taille ?

V.T. : L'industrie de la chimie fine en général reste très morcelée. En France, les sites ont fréquemment des capacités comprises entre 10 et 60 m3. Cette petite taille donne de la flexibilité. Mais la montée en puissance des réglementations hygiène-sécurité-environnement, auxquelles chaque site, quelle que soit sa taille, doit se conformer, entraîne de facto une déperdition des investissements que nous n'aurions pas si nos sites étaient plus gros. Mais c'est l'histoire de la chimie en France qui est constituée d'un grand nombre de sociétés indépendantes et de petite taille.

 

A raison de 2 à 3 % de croissance, vous affichez des taux qui ne sont finalement pas si mauvais en période de crise...

V.T. : Nous avons plutôt à faire face à un manque de visibilité. Quand on interroge les adhérents du Sicos Biochimie, ils font état d'une visibilité très faible, d'à peine 6 mois. Mais il n'y a pas de catastrophisme car les tendances sont bonnes. Déjà, il y a un retour vers l'Europe de produits que l'on ne faisait plus. Les Japonais avec des ruptures d'approvisionnement occasionnées par le Tsunami ou les américains inquiets de certaines réglementations chinoises rapatrient des projets en Europe. Et puis, on observe même des demandes de pays comme la Chine ou le Brésil.

 

Est-ce que les différents métiers que vous évoquiez au départ suivent les mêmes tendances ?

V.T. : L'activité de custom manufacturing pour de très grands groupes pharmaceutiques est aujourd'hui en berne. La plupart de ces groupes ont conservé des activités de chimie fine et ont tendance à réinternaliser des projets qui nous étaient auparavant confiés. En revanche, le custom manufacturing pour des start up est un secteur assez florissant car ces sociétés n'ont pas de chimie. Le point négatif est le taux d'attrition élevé des projets. Pour ce qui est de la partie générique, elle continue de se développer. La chimie fine française travaille plutôt pour l'Amérique du Nord et moins pour l'Europe, qui continue d'importer massivement des matières actives depuis l'Asie. Enfin, la chimie fine de spécialités reste assez tonique. Beaucoup de sociétés sont à la recherche de prestataires capables de mettre en œuvre une chimie par batchs pour des capacités annuelles d'une cinquantaine de tonnes, pour une molécule donnée. Nous sommes les spécialistes de la petite série.

 

Quels sont les sujets de préoccupation du Sicos Biochimie ?

V.T. : Le Sicos Biochimie travaille sur la question des substances intermédiaires fabriquées ou utilisées dans des conditions strictement contrôlées ou SCC dans le cadre de Reach. Des dispositions d'enregistrement allégé avaient été introduites dans Reach. Mais la publication en décembre 2010 d'une version révisée d'un guide de l'Echa précisant les modalités pratiques de ces allégements suscite toujours de vives préoccupations au sein de la profession tant au niveau français qu'européen. Nous avons demandé un réexamen effectif, à travers la révision du guide, des dispositions applicables pour une approche pragmatique et harmonisée au niveau des États membres. Aucune décision globale n'a été prise pour l'instant au niveau européen. Nous restons mobilisés en liaison avec les autorités françaises et serons attentifs au retour d'expérience des inspections qui seront faites.

 

Y-a-t il d'autres sujets d'actualité ?

V.T. : Toujours dans le cadre de Reach, nous sommes attentifs aux possibles limitations d'utilisations de certains solvants qui pourraient résulter de la mise en place de procédures d'autorisation ou de restriction. Des menaces peuvent en effet exister sur certaines substances. Des solvants peuvent par ailleurs également être inscrits dans les dossiers d'enregistrement des médicaments. Or tout changement majeur dans un dossier représente un coût important pour la chimie fine comme pour la pharmacie. Si la profession soutient les actions visant à renforcer le niveau de maîtrise des risques pour la santé et l'environnement, elle reste attachée au maintien de la compétitivité des entreprises localisées en Europe. Il y a aussi le sujet des médicaments falsifiés. Il y a encore beaucoup trop de principes actifs en provenance d'Inde ou de Chine qui traversent nos frontières sans vérifications. Certes, la nouvelle réglementation européenne sur les médicaments adoptée en juin 2011, et plus connue sous le nom de Paquet pharmaceutique, introduit des exigences supplémentaires pour les laboratoires pharmaceutiques dans le contrôle de leurs fournisseurs. Reste que les inspections par les autorités communautaires dans les pays tiers ne sont toujours pas systématiques. Ceci crée une distorsion de traitement entre les sites européens et les sites asiatiques concernant le respect et la mise en œuvre des BPF.

 

Les États-Unis sont en train de mettre en place le GDUFA. En quoi cela consiste-t-il ?

V.T. : Il s'agit d'un principe d'inspection obligatoire qui concerne essentiellement le secteur des génériques. La FDA va faire payer des droits à l'industrie du générique à hauteur de 299 M$ par an sur cinq ans. La chimie fine contribuera pour 20 % du montant. Ainsi à compter d'octobre 2012, chaque site de chimie fine qui fera une demande de DMF pour exporter sur le territoire américain devra débourser quelques dizaines de milliers de dollars pour maintenir le DMF actif. Un montant qui pourra toutefois être partagé s'il y a plusieurs postulants pour un même DMF. Chaque site devra également payer une redevance annuelle d'enregistrement. En contrepartie, la FDA s'engage à réduire ses délais d'approbation et à visiter les sites plus régulièrement. Présenté comme une mesure de sécurité sanitaire, le GDUFA introduit une barrière d'entrée pour les industriels européens et asiatiques. Mais grâce à cette mesure, nous espérons que seuls les professionnels des API pourront désormais exporter sur le territoire américain.

 

Pourrait-on envisager un tel système en Europe ?

V.T. : Un système similaire pourrait exister en Europe et permettrait de régler le problème du financement des inspections. Mais nous n'en sommes pas là.

 

Et puis, il y a ce secteur de la chimie du végétal que vous souhaitez aborder à votre manière...

V.T. : Le Sicos Biochimie est le syndicat de la chimie organique de synthèse et de la biochimie. Nous souhaitons faire croître cet axe biochimie en intégrant de nouvelles sociétés très présentes dans ce domaine. La tendance à l'utilisation de matières premières végétales dans la chimie est un secteur moteur. Nous avons la chance d'avoir un pays agricole avec des ressources importantes et la possibilité de récupérer de nombreux résidus végétaux. L'idée pour nous est de nous appuyer sur le type de structures que représentent les bioraffineries pour utiliser leurs molécules de base et faire de la chimie derrière. Cela pourra permettre de promouvoir de nouveaux solvants moins nocifs ou des molécules plus oxygénées. Le pétrole va devenir une denrée rare et chère, avec pour conséquence une flambée des prix de la chimie fossile. La chimie du végétal nous ouvre de nouvelles perspectives.

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INQUIÉTUDES PERSISTANTES SUR LE DOSSIER DES INTERMÉDIAIRES SCC

Le règlement Reach soumet à enregistrement les substances produites ou importées en Europe à une tonne ou plus par an. Dans le cas des intermédiaires, substances à cycle de vie court destinées à être transformées en d'autres substances, des dispositions d'enregistrement allégé sont prévues, à charge pour le déclarant de confirmer que ces intermédiaires sont fabriqués et utilisés dans des conditions strictement contrôlées (SCC). Les modalités pratiques ont été décrites dès 2008 dans un guide technique de l'Echa. Mais c'est sa version révisée, publiée en décembre 2010, qui suscite depuis les plus vives inquiétudes. Le concept d'intermédiaire SCC a été durci dans la mesure où l'utilisation de l'ensemble des propriétés de danger de la substance n'est plus reconnue pour justifier de ces conditions. L'application à la lettre du guide se traduirait par des coûts additionnels pour des acteurs de la chimie fine qui, par essence (activités de custom manufacturing et synthèses multiétapes), manipulent des centaines d'intermédiaires. C'est ainsi que le Sicos Biochimie a demandé un réexamen effectif, à travers la révision du guide, des dispositions applicables : il souhaite que soit adoptée une approche proportionnée tenant compte non seulement des propriétés physico-chimiques de la substance, mais de l'ensemble de ses propriétés (propriétés physico-chimiques et/ou propriétés de danger), à combiner à d'autres critères comme, par exemple, les conditions particulières de mise en œuvre (durée de mise en œuvre de la substance, fréquence d'exposition, etc.). « Le consensus attendu sur les intermédiaires SCC devra, bien entendu, préserver la maîtrise opérationnelle des risques pour la santé et l'environnement mais également la compétitivité de l'industrie européenne de la chimie fine : flexibilité, réactivité et innovation ne doivent pas être sacrifiées », observe Catherine Lequime, délégué générale du Sicos Biochimie.


DURCISSEMENT DES RÈGLES AUTOUR DES DMF

Le DMF ou Drug Master File est un document déposé par les fournisseurs de principes actifs, renfermant des informations sur les modes de préparation de ces produits (voies de synthèse, intermédiaires clés, solvants, fournisseurs d'intermédiaires... ). Lors d'une demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM), le DMF sert donc à expliquer la façon dont a été fabriquée la substance active et permet aux experts de vérifier la qualité de cette substance. Ces dernières années, les dossiers ont eu tendance à s'appauvrir. « Certains fournisseurs peu scrupuleux avaient tendance à mettre le moins d'informations possible dans ces dossiers, ce qui leur donnait la possibilité, par exemple, de changer de fournisseur d'intermédiaires sans le déclarer, sachant qu'une variation de dossier d'AMM, suite à modification de DMF, peut prendre jusqu'à 18 mois », explique Catherine Mercier, directeur qualité chez Isochem. Partant de ce constat, les autorités réglementaires ont entrepris de durcir à nouveau les règles du jeu. Les dossiers doivent être plus étoffés et sont donc plus lourds à gérer. Le fournisseur de matière active doit notamment se retourner vers ses propres fournisseurs de matières premières clés pour connaître ses voies de synthèse.

Cette contrainte apportée par le dossier DMF explique la difficulté pour les fournisseurs de principes actifs à qualifier une deuxième source pour les intermédiaires ou matières premières clés qu'ils achètent. Et si leur source se tarit, c'est tout le dossier DMF qui doit être révisé avec le risque que le client pharmaceutique préfère se tourner vers sa deuxième source de principe actif plutôt que de collaborer activement à la révision du premier DMF.

S.L.

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