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Stade commercial en 2015

Nadia Timizar

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LES ALTERNATIVES AU PVC

L'acide PolyLactide (PLA). La société Natureplast a participé au sein du pôle Industries et AgroRessources avec Stradis (Reims) au projet visant à mettre au point un PLA avec des propriétés barrières requises pour les produits pharmaceutiques. Ils ont renforcé le PLA avec des nanoparticules. Le lancement de ce produit aura lieu dans les deux à trois mois. « Nous lançons la production, notamment pour un pilulier de gélules de compléments alimentaires », annonce Thomas Lefèvre de Natureplast.

Les polyhydroxy alcanoates (PHA). Ils sont à 100 % d'origine végétale et biodégradables.

Les copolyesters. Au sens large, ils sont d'origine fossile, mais ils présentent la propriété de se biodégrader, ce qui est très intéressant pour la gestion de la fin de vie des emballages. « Dans cinq ans, ces matériaux seront d'origine végétale et biodégradables », poursuit Thomas Lefèvre.

Les polyéthylènes et polyprolylènes verts. Ces matériaux originaires du Brésil sont produits à partir de dérivés de biocarburants. « Ces produits sont à 100 % d'origine végétale, et les monomères présentent les mêmes propriétés que la version fossile, mais ils ne sont pas biodégradables. » Ces produits intéresseront des secteurs tels que l'habitat et l'automobile, à la recherche de matériaux durables.

Stade commercial en 2015

© © NaturePlast

Pour les industriels de la pharmacie, le contenu a la priorité sur le contenant primaire. S'ils tardent à se lancer dans un emballage plus durable, c'est notamment en raison des contraintes réglementaires.

Quoi de « vert » dans l'emballage pharmaceutique ? Peu de choses. Un constat partagé par l'ensemble des acteurs de la chaîne, notamment par les agences spécialisées dans la conception de l'emballage pharmaceutique, qui ont les moyens de faire des comparaisons avec l'agroalimentaire ou les cosmétiques. Pour Michèle Morot-Raquin, directrice de l'agence Bleu absolu, spécialisée dans le branding et le packaging pour les laboratoires pharmaceutiques (Paris, Chicago). « Les laboratoires lancent peu de nouvelles molécules, réduisant de fait les opportunités d'investir dans la démarche d'emballage éco-conçu.» Nicolas Salah, président d'EFC Solutions, agence spécialisée dans le packaging (à Annecy et Saint-Étienne), signale que sa société « commence à produire de nombreuses études au stade de la R&D », et que « la demande d'amélioration porte souvent sur la nécessaire maîtrise des coûts ». L'immuabilité des matériaux utilisés en emballage primaire s'explique très simplement, affirme Thomas Lefèvre, Président de Natureplast, société dédiée uniquement au développement des bioplastiques : « Le polychlorure de vinyle est très critiqué parce que c'est un élément polluant. Mais cela reste une belle matière en tant que telle, dont il sera difficile de se passer. Il compose 95 % des blisters. Nous sommes dans la phase de recherche d'alternatives avec les bioplastiques (voir encadré). » D'ici à ce que de grosses bobines de bioplastique soient utilisées dans des blistéreuses haute cadence, il faudra encore patienter ; cinq ans, selon les prévisions optimistes. Le marché de volume qui pose problème est celui des blisters. L'emballage secondaire en carton est plus facile à modifier et la notice peut être recyclée mais, là encore, les laboratoires butent sur une difficulté de taille : « Les petites boîtes en carton ne passent pas au tri et partent en incinération », regrette Druon Note, président du comité opérations industrielles des entreprises du médi- cament, le Leem. Les laboratoires pharmaceutiques, par le biais du Leem, ont donc réactivé les deux systèmes de récupération, celui des emballages, d'une part, avec Adelphe, qui comprend une taxe de recyclage carton/plastique, verre, etc... et celle des produits de santé non utilisés (MNU), d'autre part, via le réseau Cyclamed.

L'absence d'innovation dans l'emballage primaire laisse peu de chances de trouver des exemples d'éco-conception. Ce ne sont pourtant pas les déclarations d'intention qui manquent. Parmi les dix objectifs de la politique environnementale des entreprises du médicament (Leem), exposés en juillet 2008, l'objectif 4 était ainsi intitulé : « Développer l'éco-conception des emballages en intégrant la double exigence sécurité/qualité pharmaceutique et environnement. » Le Leem évoque aussi la possibilité d'intégrer, dans les dossiers établis pour la demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM) de médicaments humains, la prise en compte de l'impact sur l'environnement. De son côté, la Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques, l'Efpia, a salué, en octobre 2008, un vote du Parlement européen qui a révisé et simplifié les conditions de changement dans les AMM de médicaments : variation dans le process, contrôle qualité, condition de présentation des produits de santé (l'emballage).

Appels d'offres incitatifs

Ce vote touche également aux autorisations de changements liés à la traçabilité, au package, aux prospectus, et au Résumé des caractéristiques du produit. « Mais cela ne concerne pas l'emballage primaire, tempère Druon Note, du Leem. Si un producteur introduit un changement, cela doit faire l'objet d'une étude contenu/contenant et d'une étude démontrant la stabilité du produit. » Autre signal positif allant dans le sens d'emballages pharmaceutiques plus verts : l'édition 2010 du salon Pharmapack, qui s'est tenue au début février 2010, à Paris, consacrait une matinée complète à cette thématique. Il en est ressorti très peu d'exemples concrets. Cependant, Nicole Poisson, pharmacien hospitalier au sein de l'agence générale des équipements et produits de santé de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, a décrit comment des critères de développement durable ont été introduits dans les appels d'offre de produits de santé. L'approche est globale et n'intéresse pas uniquement l'emballage, mais aussi les matières premières utilisées, ou encore les conditions de transport. Car le développement durable est davantage fonction d'une approche globale. Là-dessus, les exemples d'innovation sont moins spectaculaires, mais les gains sont très significatifs, notamment sur la chaîne logistique (le stockage, le transport, la palettisation, etc.) : baisse du grammage des emballages cartonnés, emploi d'un matériau recyclé ou recyclable, réduction de la taille des blisters, etc. C'est dans ces exemples que les quelques initiatives ont porté leurs fruits. Dans l'emballage vert, le Leem annonce des innovations pour 2015, seulement.

Un acteur se distingue, le laboratoire Expanscience, qui s'est lancé, dès 2006, dans une politique de développement durable. Il a rationalisé ses achats en harmonisant ses cartons avec une diminution du grammage des étuis, ce qui leur a permis d'économiser 1 300 kg de carton par an. Le laboratoire travaille désormais sur les études et sur les plans d'encaissage pour optimiser la palettisation. Autre avancée du laboratoire, après trois ans d'études : une réduction de 9 % du poids d'un tube de polypropylène (PP), en réduisant la hauteur et l'épaisseur des parois. Le fournisseur de solutions pour l'emballage, Körber Medipak, travaille sur des produits cartonnés recyclables, avec une solution adaptée aux seringues préremplies, comme les vaccins. Stéphane Denoux, Key Account Manager, explique son positionnement : « Quand un laboratoire producteur de vaccins choisit notre solution Neotop, il est notamment motivé par son besoin d'optimiser son conditionnement secondaire. Ainsi, cette boîte, plus compacte, peut offrir jusqu'à 30 % de réduction du volume. Les vaccins étant conservés dans des chambres froides, ce gain devient alors significatif pour nos clients. » Produire vite et bien avec la même machine qui tourne de façon optimale reste la règle, même si l'arrivée de petits lots renforce les besoins de flexibilité. En attendant une « révolution verte », quelques fournisseurs de PVC se sont distingués en nettoyant leurs procédés et en proposant des gammes de blisters fabriqués sans utiliser de chlorine.

Reach se charge du PVC

En juin 2009, l'Agence européenne des produits chimiques, basée à Helsinki, a publié une liste de sept substances prioritaires à inclure dans l'annexe XIV en vue d'une procédure d'autorisation dans le cadre de la réglementation européenne Reach sur les substances chimiques. Dans cette liste, figurent des substances jugées toxiques pour la reproduction, comme le phtalate de bis (2-éthylhexyle), le benzylbutylphtalate et le phtalate de dibutyle. Parmi ces composés, des plastifiants du PVC très présents dans l'environnement quotidien (sol, toiture, emballage des médicaments... ). Alors, quelles alternatives au PVC ? Celles que nous avions publiées dans nos colonnes (lire Industrie Pharma n° 38, décembre 2008) étaient modestes : polypropylène, polyester amorphe, aclar, film plastique, acide polyLactique (PLA) chargé de nanoparticules. Et, en un an, les recherches ne sont pas encore passées de la paillasse à l'unité industrielle (lire encadré). « Nous avons eu un contact avec le fabricant d'un générique, mais aucun avec des laboratoires ou des sous-traitants, regrette Thomas Lefèvre, président de Natureplast. Cela s'explique essentiellement par une méconnaissance de ces nouveaux matériaux. Nous avons un grand travail de formation au préalable. » Druon Note, de son côté, pense que la réduction des coûts et l'écologie peuvent se conjuguer. « Si la notion d'environnement et d'écologie est partagée par la majorité des acteurs, elle passe peu dans nos états d'esprit », observe-t-il. « Aujourd'hui, notre matière grise est tournée vers l'application de nos réglementations. Depuis un ou deux ans, il y a des réflexions et des changements de comportements. » Économies potentielles, image du laboratoire et management du cycle de vie (life cycle management) restent les moteurs des décisions stratégiques. Les laboratoires ne sont pas encore prêts. Mais qu'en est-il des fournisseurs de solutions ? « Certaines solutions sont prêtes, d'autres devraient être opérationnelles dans les cinq à dix ans », estime Éric Phelippeau de By Agency.

« Le vrai plafond de verre est la traduction des objectifs marketing en investissements de production », indique Michèle Morot-Raquin, directrice de l'agence Bleu absolu. Le marketing est un argument différenciant très important. OTC et publicités sur lieu de vente (PLV) occupent le haut du pavé dans les officines. La fameuse solution buvable Rennie en unidoses ou encore le Maalox, en sachets unidoses nomades, en sont des exemples. Ces produits peuvent faire coup double : répondre à un développement durable, tout en améliorant la délivrance de la juste dose au patient. Mais les incidences de ces packaging au niveau de la production sont lourdes : changer une ligne de conditionnement, modifier les outillages, prévoir le temps de validation, la qualification, etc. Un langage difficile d'accès, côté production. « Le designer a comme interlocuteur le team marketing, mais les décisions en termes d'innovations dans l'emballage se font au niveau des directions générales et de la production », explique Michèle Morot-Raquin. Nous avons l'expérience d'études passionnantes qui ont été interrompues, en raison des freins aux investissement industriels. » Dans leurs conversations, le marketing revient plus souvent sur la table que l'éco-conception. Les laboratoires pharmaceutiques cherchent des éléments de différenciation dans l'emballage des OTC. « Aujourd'hui, les laboratoires nous sollicitent le plus souvent pour résoudre des problématiques de marques, notamment en OTC », rapporte Éric Phélippeau, de la société By Agency, qui enregistre 60 % de ses activités dans l'industrie pharmaceutique. « Nous avons ainsi rajeuni la charte graphique du médicament Advil. Ce succès a boosté la taille de la marque de 17 % (en visibilité) avec un véritable impact concurrentiel et un retour sur investissement. L'éco-conception n'est pas encore une démarche sur laquelle nous sommes directement consultés, notamment parce qu'il n'existe pas encore de cadre réglementaire, pas d'incitation non plus. » Michèle Morot-Raquin considère que « l'avenir est plutôt du côté des PME. De la capacité d'innovation des petites sociétés de biotechnologies car d'autres PME pharmaceutiques - dont les circuits décisionnels sont moins complexes que dans les grands groupes internationaux - gagneront à développer, avec l'aide de sous-traitants parfois - des conditionnements réellement innovateurs sous l'angle vertueux de l'éco-emballage et de l'amélioration d'usage pour l'utilisateur final. »


L'éco-conception n'est pas encore une priorité dans l'emballage pharmaceutique.

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