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Solvay s'offre Rhodia

Sylvie Latieule

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Solvay a fait son choix. A la tête d'un pactole de 4,5 milliards d'euros provenant de la vente de sa pharmacie à Abbott, le groupe belge a lancé une OPA amicale de 6,6 Mrds € sur le Français Rhodia. Cette opération va donner naissance à un groupe de 12 Mrds € de chiffre d'affaires qui pourra se hisser dans le top 15 de la chimie mondiale, alors que Solvay n'était que dans les quarante premiers. Ce choix de Solvay reste surprenant. La rumeur du rachat manqué de Danisco laissait supposer qu'il réaliserait une acquisition du même type, à la frontière de l'industrie chimique traditionnelle. Mais finalement, Solvay a préféré se lier à une entreprise qui lui ressemble. Les deux groupes ont tous deux des racines profondes. Solvay a fêté ses 150 ans avec toujours un actionnariat familial fort. Rhodia est l'héritier de feu Rhône-Poulenc. Tous deux accordent une place importante à la recherche (en particulier Solvay avec ses New business development qui travaillent sur des technologies en rupture), à leurs usines et au développement durable. Pour autant, l'histoire a voulu qu'ils restent complémentaires, tant dans leurs portefeuilles d'activités (Solvay est un géant du peroxyde d'hydrogène, du carbonate de soude ou des polymères fluorés. Rhodia excelle dans la silice, les tensioactifs ou les polyamides) qu'en termes géographiques. Les deux acteurs sont présents au Brésil, mais Solvay est mieux placé en Inde ou en Russie que Rhodia qui a davantage misé sur la Chine. Avec son portefeuille de fluorés et ses activités dans le chlore, notre autre grand chimiste français, Arkema, n'aurait pas pu être une cible pour Solvay.

L'effet de surprise vient aussi du fait que Rhodia n'était pas à vendre. Jean-Pierre Clamadieu, patron de Rhodia, clamait haut et fort sa volonté d'indépendance. Pourtant, Christian Jourquin, président de Solvay, a réussi à convaincre le dirigeant français en à peine plus d'un mois. « Surpris » au départ, ce dernier a rapidement pris la mesure de cette « opportunité exceptionnelle » de permettre à « ses business » de changer la dimension dans leurs ambitions et d'aller plus vite et plus loin. Un autre élément a dû peser dans la balance. Jean-Pierre Clamadieu devrait récupérer d'ici à deux ans le fauteuil de Christian Jourquin qui partira à la retraite. C'est pour le dirigeant français la perspective de piloter un groupe chimique deux fois plus important que le sien. Un changement de dimension qu'il n'aurait jamais pu connaître à la tête de Rhodia. D'ailleurs Jean-Pierre Clamadieu était donné partant de chez Rhodia et son nom a circulé un temps sur la liste des candidats possibles à la direction d'Areva.

D'aucuns pourront tiquer sur la disparition si soudaine d'un groupe industriel français. On se consolera en pensant qu'un nouveau géant européen de la chimie est né. Et puis, Solvay est « presque français ». Déjà Tavaux dans les Vosges est le plus gros site industriel du groupe avec près de 1 500 salariés. Tout récemment, le groupe a aussi relocalisé sa BU chimie européenne à Paris, sous la responsabilité de Guillaume Bucco. Et Solvay envisage une double cotation aux Bourses de Bruxelles et de Paris. Face à la poussée des nouveaux chimistes des pays émergents qui commencent à faire leurs emplettes dans nos régions, Christian Jourquin redonne de l'ambition à la chimie européenne.


 

 

Christian Jourquin, président de Solvay, a réussi à convaincre le dirigeant français en à peine plus d'un mois.

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