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Shell décroche la timbale au Qatar

Julien Cottineau

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Le Qatar fait aujourd'hui couler beaucoup d'encre dans l'Hexagone. A coups de dizaines de millions d'euros, le petit émirat secoue l'environnement du football français, entre la reprise du PSG et les négociations des droits télévisuels. Tout cela n'est qu'infiniment peu de choses comparé à ses principales activités. Les groupes énergétiques et pétrochimiques mondiaux sont nettement plus concentrés sur les colossales perspectives dans ce tout petit pays du Golfe assis sur les plus importantes ressources mondiales en gaz. Et là, on ne parle plus de millions mais de milliards. Comme de nombreux concurrents, Shell l'a bien perçu. La filiale chimique du groupe entrevoit désormais la possibilité d'un projet très concret. Il a signé avec Qatar Petroleum (QP), la société nationale et pierre angulaire de tout l'ensemble économico-industriel du pays, un accord préliminaire pour établir localement un vaste complexe pétrochimique. De quoi rejoindre des Chevron Phillips et Total Petrochemicals, déjà engagés sur place, toujours avec QP, notamment dans le cadre d'un vapocraqueur géant à Ras Laffan (CPH n°488). C'est dans cette même cité purement industrielle au nord du Qatar que Shell et QP construiraient. Le complexe nécessiterait un investissement de près de 6,5 milliards de dollars (4,9 Mrds €). Un accord définitif de coentreprise est attendu l'an prochain ou début 2013. Shell détiendrait seulement 20 % des parts, laissant la majorité aux mains de QP. Le complexe, qui pourrait entrer en service à l'horizon 2017 serait bâti autour d'un vapocraqueur sur base éthane de taille mondiale. Donc de plus de 1 Mt/an. Il comprendrait une gigantesque unité de mono-éthylène glycol d'une capacité de 1,5 Mt/an, ainsi qu'une unité de 300 000 t/an d'alpha oléfines linéaires et une unité de dérivés d'oléfines. Ces productions viseraient les marchés asiatiques et seraient fabriquées via un certain nombre de procédés technologiques de Shell.
 

« Le complexe nécessiterait un investissement de près de 6,5 milliards de dollars »

Avec cet accord, le groupe gagne sur plusieurs tableaux. D'un côté, Shell prouve encore un peu plus son engagement au Qatar, où il a déjà investi 20 Mrds $ en cinq ans, et renforce ses liens avec QP. Cette année, les deux partenaires ont mis en service leur complexe de gaz naturel liquéfié Qatargas 4, et vont démarrer début 2012 leur gigantesque complexe Pearl permettant de convertir du gaz naturel en carburants liquides (diesel et kérosène). QP et Shell sont également partenaires, aux côtés de PetroChina, dans le cadre d'un projet de complexe pétrochimique en Chine. Stratégiquement, une première implantation pétrochimique dans l'émirat va permettre en parallèle à Shell de mieux de se positionner dans la région. Dans ce domaine, il n'est pour le moment présent qu'en Arabie Saoudite, à Jubail, via deux complexes détenus en deux coentreprises distinctes, l'une avec Saudi Aramco, l'autre avec Sabic. Enfin, et le groupe ne pourra pas bouder son plaisir, ce projet échappe à ses concurrents, comme Total. Ou ExxonMobil, qui avait pourtant emporté la mise début 2010 avant d'hésiter. A l'époque, le projet évoquait un vapocraqueur de 1,6 Mt/an et des unités de polyéthylène et d'éthylène-glycol. En même temps, au Qatar les choses vont vite et les financements ne se tarissent pas tant que le gaz perdure. Début 2011, l'émirat estimait déjà que ses réserves et exploitations d'éthane devraient finalement lui permettre d'accueillir non pas encore un mais deux vapocraqueurs de plus. C'est un peu comme pour le football français, le Qatar semble encore avoir de la marge.

 

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