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Servier muscle sa recherche et sa bioproduction

À Gif-sur-Yvette, Aurélie Dureuil

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Le laboratoire français a annoncé sa décision de regrouper toute sa recherche sur le plateau de Saclay à l'horizon 2020. Un projet qui devrait coûter 240 millions d'euros. Et, compte tenu de l'essor des molécules biotech dans son portefeuille, le groupe s'engage dans la bioproduction à Gidy.

Ni Croissy-sur-Seine (Yvelines) ni Suresnes (Hauts-de-Seine). Ce sera Saclay (Essonne) qui accueillera le futur institut de recherche et innovation du groupe Servier. La réflexion sur « une unité de lieu dans un écosystème favorable » avait été annoncée en début d'année par Olivier Laureau, président du laboratoire français. Servier voulait regrouper ses équipes de recherche françaises. Trois options étaient envisagées : regrouper les équipes sur un des deux sites actuels de R&D (Croissy-sur-Seine et Suresnes) ou s'installer sur un nouveau site. C'est cette dernière option qui a été retenue par la direction du groupe Servier. Et c'est donc sur le plateau de Saclay que le laboratoire entend s'installer à l'horizon 2020.

Cette annonce marque le début d'une phase d'informations et de consultations des 600 salariés de recherche du groupe en France (un tiers des 3 000 personnes de R&D Servier dans le monde sont dédiés à la recherche). En effet, si ils sont répartis de manière presque égale entre les sites de Croissy-sur-Seine et de Suresnes, à terme ils seront tous regroupés dans les futures installations de Saclay. « Les deux sites vont intégralement fermer en 2020 », confirme une porte-parole du groupe. Elle précise que des discussions seront menées avec les élus locaux pour travailler à la reconversion de ces sites.

À Saclay, Servier, qui dépense en moyenne 800 millions d'euros par an dans la recherche et l'innovation, prévoit d'investir 240 millions d'euros afin d'acquérir un terrain et d'y construire un institut de recherche dont « les besoins estimés sont de 30 000 m2 », précise la porte-parole de Servier qui ajoute que « le cahier des charges se fera en co-construction avec les équipes ».

 

Un nouveau centre pour accompagner le recentrage de la recherche

 

Avec ce futur centre, Olivier Laureau entend faciliter « l'accès aux dernières avancés scientifiques et technologiques » aux chercheurs du groupe et favoriser « les partenariats pour découvrir des candidats médicaments innovants et atteindre les objectifs ambitieux du groupe ». Ce centre de recherche et innovation permettra de regrouper les chercheurs mais aussi d'amorcer le virage pris vers les biotechnologies (voir interview de Patrice Martin). Si Servier assure qu'il y aura autant de postes à Saclay que sur les deux sites actuels, la porte-parole n'exclut pas certains changements qui iront « avec la stratégie de reciblage de nos axes de recherche ». En effet, le groupe a amorcé depuis quelques années un recentrage de sa recherche avec l'objectif de « mettre sur le marché une nouvelle entité moléculaire tous les trois ans », comme l'indiquait Olivier Laureau, en début d'année. Un virage a notamment été pris vers l'oncologie qui devrait mobiliser 50 % du budget de la recherche d'ici à 2017-2018, avec une part croissante de développement de biomolécules. Des changements dans le pipeline qui nécessiteraient une évolution du profil des chercheurs dans cette aire thérapeutique.

 

Un laboratoire au Synchrotron Soleil

 

L'annonce du choix de Saclay est intervenue quelques jours après l'inauguration du LBS3 (laboratoire de biologie structurale) au sein du Synchrotron Soleil à Saclay. « Le choix du pôle européen d'innovation scientifique et industriel de Paris-Saclay, au coeur du projet du Grand Paris, s'est imposé du fait de son dynamisme économique et de sa proximité avec des acteurs privés et publics stratégiques de la recherche fondamentale et appliquée », précise le groupe. C'est le premier laboratoire d'un industriel installé au Synchrotron Soleil. Le LBS3 a été inauguré le 23 juin 2016. Ce laboratoire de recherche est la concrétisation d'une collaboration débutée en 2007 par la signature d'un accord, rappelle Olivier Laureau, président de Servier. Outre le laboratoire et le Synchrotron Soleil, le projet implique la PME NovAliX, qui réalise les recherches pour le compte de Servier. Un contrat pour 5 ans renouvelables a été signé en avril 2015 entre les trois entités. Sur cette période, 5 millions d'euros devraient être investis. Un chiffre qui comprend l'achat de matériel ainsi que les frais de fonctionnement et d'hébergement du laboratoire pour la période. Dans le cadre de l'accord avec Servier, les recherches seront menées par 5 salariés de NovAliX, société de 90 personnes issues de la fusion en 2009 de Novalyst Discovery et AliX, et seront supervisées par une personne référent du laboratoire pharmaceutique.

D'une superficie de 170 m2, le LBS3 est dédié aux études structurales et fonctionnelles des molécules biologiques. Servier entend profiter de la technologie d'accélération de particules du Synchrotron. Pour ces recherches, Servier et son partenaire NovAliX utilisent les lignes de lumières Proxima 1 et Proxima 2 du Synchrotron. En effet, la spécificité de l'installation CNRS/CEA repose sur un rayonnement couvrant une large gamme de longueurs d'ondes (rayons X, UV, lumière visible et IR). Après la production de molécules cibles, leur purification et leur caractérisation, les chercheurs du laboratoire LBS3 pourront ainsi déterminer la structure 3D de ces protéines par cristallographie et diffraction a ux rayons X. « Nous utilisons la biologie structurale pour répondre à un certain nombre de questions. Le LBS3 permet d'accélérer la compréhension des fonctions biologiques des protéines, et de leur mécanisme d'actions, d'identifier les interactions entre cibles et molécules... », détaille Gilles Ferry, responsable du département Chimie des protéines de Servier. Des données qui permettront de gagner du temps dans la sélection de candidats médicaments et de réduire les effets secondaires par une meilleure connaissance de la structure de la molécule. « Sur les premières étapes de découverte de médicament qui durent jusqu'à 5 ans, cette approche permet de gagner un facteur 2 voire 3 », souligne Gilles Ferry. « Cet échange est essentiel. Cela crée des conditions pour associer des technologies qui vont nous permettre d'être plus efficaces, plus pertinents et peut-être d'aborder des cibles plus difficiles », renchérit Emmanuel Canet, vice-président R&D de Servier. Il cite, par ailleurs, des premiers résultats de cette approche de biologie structurale avec des molécules en phase I et en phase II dans le domaine de l'oncologie qui en ont bénéficié.

BIOPRODUCTION« Une unité pilote devrait être opérationnelle en 2019 »

Servier investit pour des capacités de bioproduction sur son site français de Gidy (Loiret). Patrice Martin, directeur des établissements industriels Servier du Loiret, détaille pour Industrie Pharma le projet.

Industrie Pharma : Servier va investir 35 M€ pour la bioproduction sur le site de Gidy (Loiret). En quoi consiste ce projet ? Patrice Martin : Le site de Gidy couvre aujourd'hui quatre missions dans le développement des produits, la fabrication des lots de phases cliniques puis la production et la distribution. Nous produisons 6 milliards de comprimés chaque année. Pour les biomédicaments du groupe Servier, l'objectif sur la partie développement est de donner la possibilité à nos chercheurs d'avoir très rapidement à leur disposition des milligrammes, puis des grammes et des kilogrammes. Pour les étapes de preuve de concept, une unité pilote devrait être opérationnelle en 2019. Ensuite, nous nous doterons de capacités pour les études cliniques à l'horizon 2020. Cet investissement concerne essentiellement des anticorps monoclonaux. Nous avons une dizaine de molécules dans le pipeline de recherche à différents niveaux. Nous regarderons également la thérapie cellulaire sur laquelle nous sommes très en avance. Et enfin, nous prévoyons la possibilité de réaliser la mise en forme galénique. Nous en sommes pour le moment à l'avant projet. Comment ce projet de bioproduction s'inscrit-il dans la stratégie du groupe ? P.M. : Le projet de transformation du site de production de Gidy, tout comme le regroupement de la recherche à Saclay, s'inscrit dans les quatre ambitions du groupe qui sont de lancer une nouvelle molécule tous les trois ans, de devenir un acteur de référence dans l'oncologie, et d'atteindre 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires d'ici à 5 ans avec un résultat net de 8 %. Alors que des décisions ont été prises au niveau de la recherche, le plan LSI2020 est un des éléments de réponse de la direction Servier Industrie. Pouvez-vous détailler le projet LSI2020 ? P.M. : Ce nouveau projet pour le site de Gidy repose sur trois piliers : la biotechnologie, l'excellence opérationnelle et l'ouverture de capacité à d'autres acteurs en proposant des activités de CDMO. Nous avons déjà engagé des actions sur ces deux derniers points. En effet, nous serons présents au CPhI à Barcelone {ndlr, du 4 au 6 octobre 2016} pour la deuxième année. Nous sommes capables de proposer une offre « full services ». L'objectif étant de dégager 15 % de capacités pour les tiers à l'horizon 2020. En termes d'excellence opérationnelle, nous avons atteint 14 % de gain, nous avons l'objectif d'atteindre 25 % de réduction des coûts de production d'ici à 2018 tout en maintenant, bien sûr, les exigences de qualité. Nous allons regrouper un ensemble cohérent d'opérations permettant d'obtenir un taux d'occupation des machines plus important. Cela nous permet de libérer une unité de production qui pourra ainsi accueillir la bioproduction. À l'horizon 2020, une équipe d'une trentaine de personnes devrait être dédiée à la bioproduction. S'agira-t-il de reconversion de collaborateurs ou d'embauches ? P.M. : Nous n'allons pas nous interdire de développer les compétences de collaborateurs ni de faire entrer de nouvelles compétences dans le groupe. Il y aura donc à la fois du recrutement extérieur et du développement de parcours. Cela permettra aux collaborateurs de Servier de participer à cette belle aventure de la bioproduction. Pour la formation, nous allons profiter de l'écosystème régional, avec notamment l'IMT et le Bio3 Institute {ndlr, institut de formation professionnel inauguré en février 2016 à Tours}. Le choix du site de Gidy s'est-t-il imposé facilement ? P.M. : La possibilité du site Servier en Irlande a également été étudiée. Dans les composantes de compétences et de facilités d'investissement, rien n'est plus simple que d'aller en Irlande. Le choix d'investir à Saclay pour la recherche et à Gidy pour la production montre que nous sommes viscéralement attachés à la France. Dans le même temps, l'écosystème régional a permis de valoriser un certain nombre d'éléments. Il y a notamment le Bio3 Institute. Nous disposons ainsi d'un plateau technique de très bon niveau qui permettra de former les gens autour de la biotech. La région dispose également de Laboratoires d'excellence (Labex) engagés. Avec cet investissement, nous voulons être un acteur engagé dans la région en apportant le volet industriel.

Propos recueillis par Aurélie Dureuil

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