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Servier booste son innovation grâce aux partenariats

Sylvie Latieule

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Le numéro deux français de la pharmacie poursuit la transformation de ses activités de recherche. En menant une stratégie d’innovation centrée sur cinq axes majeurs et une politique dynamique de partenariat, il cherche à accélérer le temps de la recherche et de la mise sur le marché afin de répondre au mieux aux attentes des patients.

Annoncée en décembre 2016, la nouvelle organisation de la R&D de Servier est en train de prendre ses marques. Au cœur du nouveau dispositif, le groupe pharmaceutique, désormais piloté par une fondation, a recruté Claude Bertrand. Doté d’un profil international avec des expériences chez Novartis, Roche, Pfizer et AstraZeneca, puis un poste de vice-président exécutif R&D et directeur scientifique chez Ipsen, il a été promu, en mars dernier, directeur de la R&D. À terme, il est destiné à prendre la succession d’Emmanuel Canet, actuel vice-président exécutif R&D du groupe Servier.
Parmi les temps forts de cette nouvelle organisation, on retiendra une focalisation sur un nombre plus réduit de projets. Certes, le groupe Servier reste présent sur cinq aires thérapeutiques – maladies cardiovasculaires, diabète, cancers, maladies immuno-inflammatoires et maladies neuropsychiatriques. Un champ d’action encore bien vaste pour le numéro deux français de la pharmacie qui, avec ses 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, ne se classe qu’au 30e rang mondial. Mais Claude Bertrand s’empresse d’ajouter qu’au sein de ces cinq domaines, Servier a choisi de se positionner sur des pathologies extrêmement précises, justifiant ses choix par des besoins patients non satisfaits. Par exemple en cardiovasculaire, le groupe travaille essentiellement sur l’insuffisance cardiaque, en diabétologie, sur les complications de la maladie, en immuno-inflammation, sur le lupus… Et dans le même temps, les candidats-médicaments sont sélectionnés sur la base de leurs mécanismes d’action qui doivent pouvoir s’appliquer à d’autres pathologies. Une astuce pour élargir ensuite le portefeuille et accélérer l’accès à l’innovation qui est un des grands défis de Servier. À ce jour, le groupe revendique 19 molécules en développement clinique. « C’est un portefeuille riche et actif », estime le directeur de la R&D qui souligne également la prédominance des projets en oncologie avec 9 molécules, testées dans 8 phases I et 3 phases III. D’ailleurs, 50 % du budget de R&D, qui avoisine le milliard d’euros (25 % du CA), sera consacré à l’oncologie, à l’avenir. En complément, la volonté du groupe est aussi de s’inscrire dans la santé numérique, en développant des solutions de e-santé qui soient en synergie avec les axes thérapeutiques et les médicaments. La création, en novembre 2016, de la direction WeHealth by Servier, qui a pour mission d’investir le champ de la santé connectée, illustre cette ambition.


Mutualiser les ressources
Une autre grande caractéristique de la recherche de Servier, c’est son approche partenariale. « Notre objectif est d’avoir accès à des expertises différentes des nôtres pour enrichir notre portefeuille de molécules et de mutualiser les ressources pour accélérer le lancement de médicaments », explique Éric Falcand, vice-président development and licensing. Jusque-là, rien de différenciant par rapport aux autres groupes pharmaceutiques. Mais Éric Falcand évoque un « réseau dense » de plus de 50 partenariats actifs et une « gouvernance interne plus agile », du fait de la taille du groupe - ni trop grand ni trop petit. Puis, il insiste sur les bonnes capacités d’"alliance management" de son groupe (en français, gestion de la relation avec un partenaire). Éric Falcand explique que, dans l’industrie pharmaceutique, 50 % des partenariats échouent en raison d’un dysfonctionnement dans la relation. « Nous avons mis en place des capacités d’“alliance management” pour que le résultat soit au bout du chemin », a-t-il ajouté.


Un ancrage territorial fort
Enfin, la troisième particularité de la recherche de Servier, c’est son ancrage fort sur le territoire français. « Nous pensons qu’il existe un environnement extrêmement riche et de grande qualité. L’idée est d’utiliser ce terreau », poursuit Claude Bertrand. C’est ainsi que le groupe s’est engagé dans le regroupement de 600 de ses chercheurs - en provenance de Suresnes (Hauts-de-Seine) et de Croissy (Yvelines, deux sites qui seront fermés) et d’Orléans (Loiret) - dans un tout nouveau centre de recherche en cours de construction à Saclay (Essonne). Il pourra accueillir à terme 800 chercheurs, sur un total de 2 200 collaborateurs en R&D. « C’est une opportunité pour la France de se repositionner d’ici à 2030-2035 parmi les grands clusters mondiaux de la pharmacie, comme celui de Boston », ajoute le directeur de recherche. Avec une surface de 45 000 m2, le bâtiment représente un investissement de l’ordre de 260 millions d’euros. Ce centre sera résolument tourné vers l’“open innovation” et doté des meilleures technologies. Il comprendra des laboratoires, des salles projets ainsi qu’un hôtel à projets qui accueillera des start-up et des projets innovants du monde entier. « Saclay est un pari qui célébrera le mariage des sciences de l’ingénieur et des sciences de la vie. Nous avons déjà des activités à Saclay avec une unité mixte de recherche avec le Synchrotron et des collaborations avec le CEA. Notre rêve est que soit installé un centre hospitalo-universitaire », complète Claude Bertrand. Bien entendu, le groupe Servier ne boude pas l’international. « Il faut s’ouvrir géographiquement et investir dans les grands clusters mondiaux », ajoute Claude Bertrand, annonçant l’ouverture de bureaux à Boston, San Francisco et Cambridge ou encore Melbourne pour être au plus près de ses partenaires actuels et futurs. Ce "scouting" technologique dans le monde anglo-saxon s’ajoute à une présence déjà effective en Asie.

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