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Sanofi, premier acteur de la chimie fine en France

Sylvie Latieule

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Sanofi, premier acteur de la chimie fine en France

JACQUES TAVERNIER, VICE-PRÉSIDENT DE CEPIA.

© © Sanofi

Avec un chiffre d'affaires de l'ordre de 400 millions d'euros réalisé dans la commercialisation de matières actives pour des tiers, Sanofi se classe largement en tête des groupes français de chimie fine pharmaceutique.

Qui est le premier acteur de la chimie fine pharmaceutique en France ? Sans hésitation, le groupe Sanofi. Non seulement, ce géant de la pharmacie continue de produire des matières actives pharmaceutiques (API) pour ses propres médicaments, alors que quelques-uns de ses concurrents ont opté pour une stratégie fabless (sans usine) privilégiant un sourcing asiatique, mais encore il assure depuis des décennies des activités de production pour des tiers, c'est-à-dire pour le compte d'autres groupes pharmaceutiques, de génériqueurs ou de start-up. Ce domaine est au cœur de l'entité CEPiA (Commercial et External Partnership, Industrial Affairs) qui réalise un chiffre d'affaires de l'ordre de 400 millions d'euros dont 90 % hors France. A noter que l'activité réalise 200 M€ de chiffre d'affaires supplémentaires à travers des activités de mise en forme pharmaceutique.

Pour revenir sur ses prestations en chimie fine pour des tiers, le groupe met à profit des savoir-faire parfois très anciens et qui sont hérités des grands laboratoires comme Rhône-Poulenc, Hoechst, Synthélabo ou encore Sanofi, à l'époque où le groupe n'était que la branche pharmacie du groupe Elf Aquitaine. Et selon Jacques Tavernier, malgré une concurrence acharnée, l'activité est en croissance. « Nous avons des produits de bien meilleure qualité et dont la production est pérenne », explique le vice-président de CEPiA. « Sur les deux dernières années, nous avons investi 150 millions d'euros sur 3 sites de production : Aramon, Elbeuf et Verlolaye pour améliorer nos procédés ainsi que nos capacités », ajoute-t-il. L'autre explication de ce développement est un grand retour vers des productions européennes, alors que l'Asie a réussi à s'arroger plus de 70 % de la production mondiale de principes actifs pharmaceutiques sur les trente dernières années. Aussi malgré des prix souvent plus élevés, les grands laboratoires préfèrent travailler avec des producteurs européens ou américains », explique le dirigeant.

Ainsi au cœur de sa production pour des tiers, Sanofi possède aujourd'hui un vaste portefeuille d'environ 200 matières actives qui sont produites sur 16 sites, pour l'essentiel européens. La majorité est même installée en France à Amilly (45), Aramon (30), Elbeuf (76), Mourenx (64), Sisteron (04), Vertolaye (63) et Vitry (94).

Dans ce portefeuille de produits, la famille des corticostéroïdes est une activité héritée de Roussel Uclaf. « Nous sommes parmi les derniers producteurs intégrés occidentaux », explique Jacques Tavernier ajoutant que le domaine a été délaissé par les Européens. Pour rester dans la course, Sanofi a fait le choix de simplifier son organisation et d'investir sur deux sites de production. « Tout l'amont sera produit à Elbeuf et la synthèse sera effectuée à Vertolaye », résume le dirigeant. Au total plus de 700 personnes dans le groupe partagent une expérience dans les corticostéroïdes, ce qui contribue à la production de plus de 36 principes actifs, et des centaines d'intermédiaires isolés.

Une autre compétence clé de Sanofi se situe dans le domaine des opiacés à travers l'activité Francopia, fondée en 1932, et qui lui vient de l'ancien Sanofi (filiale d'Elf). Dans ce domaine, Sanofi maîtrise toute la chaîne de valeur du développement de nouvelles variétés de pavots, de leur production agricole sur quelque 11 000 ha en France, en passant par l'extraction de matière première jusqu'à la production d'une trentaine d'intermédiaires et de matière actives opiacées. Cette activité entièrement intégrée permet à Sanofi d'être le leader européen dans ce domaine.

Avec l'acquisition du Hongrois Chinoin au milieu des années 90, Sanofi s'est doté d'une compétence dans les prostaglandines et a pu développer une activité de production pour des tiers. Fin 2012, le groupe comptait 17 API dans ce domaine et possède là aussi une position dominante en Europe.

A cet inventaire, s'ajoute de fortes compétences dans les technologies de fermentation. Au fil des décennies, Sanofi a consolidé les compétences de Roussel Uclaf à Romainville, de Rhône-Poulenc à Elbeuf et de Gruppo Lepetit à Brindisi en Italie pour les recentrer sur Elbeuf et Brindisi. Sur ces deux sites, Sanofi produit par exemple de la vitamine B12 et démarre la production d'artémisinine avec une toute nouvelle voie d'accès passant par une étape de fermentation.

En plus de ces grandes familles de produits, le reste des API du catalogue est regroupé sous la terminologie « produits de synthèse ». On y retrouve des analgésiques comme le ketoprofène ou la métamizole produits à Francfort, l'anesthésique articaïne produit dans un site dédié à Ankleshwar en Inde ou les antibiotiques rifampicine ou la rifamicine, produits à Brindisi. Sur tous ces produits Sanofi met à profit ses expertises de chimiste.

Des compétences en synthèse à façon

Outre la production et la commercialisation de produits catalogues, le métier traditionnel de la chimie fine requiert des compétences dans la chimie à façon. Justement chez Sanofi, une équipe de 70 personnes s'est spécialisée sur le développement de nouvelles voies de synthèse ou l'obtention de nouveaux produits. « Dans ce domaine, nous travaillons souvent avec des petits laboratoires, mais aussi avec tous les grands de la pharmacie », explique Jacques Tavernier. Reste que Sanofi ne se positionne pas sur tous les dossiers. Le groupe privilégie certaines grandes familles de molécules telles que les oligonucléotides, grâce aux compétences de ses sites d'Aramon ou d'Haverhill (basé en Angleterre), ou les peptides produits à Francfort. Sans oublier le domaine des anticorps avec le site de Geel hérité de Genzyme en Belgique spécialisé dans les polyclonaux ou le Biolaunch de Vitry dans les monoclonaux. Ce dernier est actuellement occupé avec les productions de l'aflibercept (Zaltrap) de Sanofi ou de dupilumab, issu d'un partenariat entre Sanofi et Regeneron dans le traitement de l'asthme. Mais Jacques Tavernier assure qu'il reste de la place pour produire pour des partenaires.

De façon générale, Sanofi s'intéresse surtout à des projets avancés à partir de la phase II. Récemment, le groupe s'est toutefois associé à deux petites sociétés dans le cadre de contrats longs termes, incluant du développement. Le premier avec la start-up DBV porte sur la production à Aramon du principe actif du Viaskin, contenant des extraits de protéines d'arachide. Le second partenariat avec la société Transgene vise à créer une nouvelle plateforme CMO dédiée à la fabrication de produits d'immunothérapie et notamment les vaccins thérapeutiques MVA de Transgene. La plateforme sera installée sur le site de Genzyme à Lyon, moyennant un investissement de 10 millions d'euros, financé à parts égales par Sanofi et Transgene.

Pour Sanofi, le succès de CEPiA est capital pour le maintien de l'activité industrielle des quelque seize sites industriels qui ont basculé partiellement ou totalement vers cette activité de production pour des tiers. « Nous avons vocation à remplir nos sites de production et à leur trouver des débouchés à l'export, même s'il faut nous bagarrer durement avec nos concurrents asiatiques » résume Jacques Tavernier qui justifie ainsi l'intérêt de développer une activité de production pour des tiers au sein d'un géant mondial de la pharmacie.

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