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Sanofi : « Nous allons monter une direction de programme dédiée au Digital »

Sanofi : « Nous allons monter une direction de programme dédiée au Digital »

François Beloeuvre, directeur Manufacturing Excellence chez Sanofi France.

La France s'est lancée, depuis 2013, dans la voie de l'industrie du futur. Si l'industrie manufacturière, automobile en tête, est souvent citée, qu'en est-il de l'industrie pharmaceutique et notamment du leader français Sanofi. Explications avec François Beloeuvre, directeur Manufacturing excellence chez Sanofi France.

Industrie Pharma : À quand remonte l'intérêt du groupe Sanofi pour cette thématique d'industrie du futur ?

François Beloeuvre : Cela fait trois ou quatre ans que le groupe Sanofi s'est doté de groupes de travail sur le thème de l'industrie du futur. Au départ, les réflexions portaient davantage sur le thème de l'e-santé. La révolution digitale dans le domaine de la santé ouvre des portes incroyables. À partir de téléphones portables, nous allons pouvoir monitorer des données et les échanger avec des praticiens. L'usine du futur vise à développer ces potentiels sur le terrain du manufacturing.

 

Justement, comment abordez-vous ce thème de l'usine du futur ?

F.B. : Sur la partie manufacturing, cela fait un an que nous regardons ce qui se fait dans d'autres industries. En particulier, chez les constructeurs automobiles et leurs équipementiers, et dans le monde des produits de grande consommation. Nous avons beaucoup échangé avec ces univers, ce qui nous a permis de construire un programme Factory 4.0 pour le groupe Sanofi. Il va s'amplifier à travers différentes initiatives.

 

Pouvez-vous donner quelques exemples ?

F.B. : Par exemple, il y a un sujet autour du « big data ». Dans le domaine des process biotech, nous allons analyser les données disponibles dans le cas de la production de lots conformes ou de lots non conformes. Cela va nous ouvrir des perceptives en matière de suivi de la production avec la possibilité de repérer plus finement les non conformités. Cela correspond à la mise en place d'un suivi en continu des paramètres critiques d'un procédé pour améliorer la qualité. La gestion des flux et la supply chain devraient également être fortement impactées par la révolution numérique. Nous nous attendons à avoir une meilleure visibilité des stocks et de la supply chain en temps réel. La gestion de l'efficacité énergétique pourrait également être améliorée dans nos usines grâce à l'usage de capteurs, par exemple, pour réguler la température en fonction du niveau d'activité

 

Sur ce sujet de la digitalisation, comment situez-vous l'industrie pharmaceutique par rapport à d'autres industries ?

F.B. : L''industrie pharmaceutique a beaucoup de potentiel à explorer dans ce domaine.

 

Vous qui avez des installations industrielles des deux côtés du Rhin, est-ce qu'une fois de plus l'Allemagne est en avance sur la France ?

F.B. : En France, comme en Allemagne, je n'ai pas constaté de différences ; nos sites sont au même niveau.

 

Mais par où allez-vous commencer pour engager Sanofi dans la voie de la digitalisation ?

F.B. : Dans une logique de plan d'expérience, nous travaillons avec un ensemble de sites qui vont tester certaines initiatives dans le contrôle de procédés, la supply chain ou autre. Il faut expérimenter et définir des cas d'emplois. Ensuite, nous travaillerons avec notre réseau pour le déploiement de ces initiatives. Il existe une multitude de technologies disponibles. Le domaine évolue en permanence et nous sommes amenés à prendre des décisions sur des outils que l'on ne maîtrise pas forcément.

 

Y a-t-il une organisation particulière qui doit se mettre en place ?

F.B. : Nous allons monter une direction de programme dédiée au Factory 4.0 qui sera placée sous la responsabilité d'un Chief Digital Officer (CDO). Nous allons mobiliser des compétences dans les systèmes d'information, dans l'analyse des données... L'idée est d'attirer des « geeks » dans nos usines avec un fort appétit pour la technologie de base et son emploi. Pour l'heure, les outils numériques que nous utilisons dans nos usines peuvent paraître très frustres par rapport aux réseaux sociaux, comme facebook ou twitter, ou le site de commerce en ligne Amazon que l'on utilise dans notre vie privée. Notre industrie doit évoluer. Le changement s'applique aussi au management. Nous avons par exemple déployé la méthode Obeya (qui signifie « grande salle » en japonais) qui est une pratique Lean de management visuel et qui permet de gérer à distance des équipes projets sur plusieurs sites avec des moyens tels que la vidéo, le 3D...

Cette percée du digital pourrait apporter des transformations dont le potentiel reste encore à qualifier. Une chose est sûre, cela reste un vrai sujet de compétitivité pour nos entreprises.

 

Dans quelle mesure allez-vous devoir investir pour réussir la mutation numérique de votre outil industriel ?

F.B. : Il y a des choses qui sont facilement accessibles. Le coût des capteurs et même celui des robots a beaucoup chuté, ces dernières années. De nombreuses solutions techniques sont aujourd'hui accessibles. Mais dans le même temps il y a des transformations qui vont demander davantage d'investissements. Derrière chaque investissement, notre travail sera d'évaluer le retour sur investissement. Même si nous commençons par des sujets très pragmatiques, demandant peu de moyens pour un maximum d'efficacité, à la taille de notre groupe, la transformation numérique sera forcément un investissement majeur. Et puis, il y aura un autre vrai sujet autour de la cybersécurité. De plus en plus, nos contrôles de process seront mis en réseau, avec des données échangées sur le cloud. Cela va demander un niveau de sécurité informatique particulièrement élevé.

 

En dehors de l'incitation gouvernementale et le fait que ce sujet de l'usine du futur soit dans l'air du temps, pourquoi est-ce aussi important pour Sanofi de se mobiliser sur le sujet ?

F.B. : Cela fait de nombreuses années que nos sites industriels français et européens sont challengés par des sites implantés dans des pays émergents. Comme je le mentionnais, cette révolution digitale est l'opportunité de rendre nos infrastructures plus performantes et de renforcer notre compétitivité. Lorsque le « big data » nous permettra de gagner quelques points de rendement, cela nous redonnera des atouts. L'avantage est que le digital réclame un savoir-faire qui n'est pas à la portée de tous.

DES TERMINOLOGIES COMPLEXES POUR UN OBJECTIF PARTAGÉ

Médecine du futur, c'est le titre qui a été retenu l'an dernier pour l'une des neuf solutions de la Nouvelle France Industrielle, venant en appui du programme Industrie du futur, lancé à l'époque par l'ancien ministre de l'économie Emmanuel Macron. Ce programme correspondait à une refonte des 34 plans industriels inventés par son prédécesseur Arnaud Montebourg. Cette solution « Medecine du futur » promettait de réunir tous les sujets innovants susceptibles d'« apporter des réponses concrètes aux grands défis économiques et sociétaux et positionner les entreprises sur les marchés d'avenir dans un monde où le numérique fait tomber la cloison entre industrie et services ». Comme tel, le libellé laissait à penser que la santé numérique ou e-santé (objets connectés, télésurveillance médicale, plateformes de téléconseil...) occuperait une place prépondérante. Dans les faits, les réalisations concrètes qui en ont découlé ont porté jusqu'à présent sur de nouvelles voies de bioproduction de médicaments (projet Cell4Cure en thérapie cellulaire, ou MR Biopharma en thérapie génique), ou sur de la technologie médicale avec de la modélisation 3D appliquée à la chirurgie (3D-Surg). Industrie du futur, usine du futur, médecine du futur, e-santé, le socle qui existe entre toutes ces notions est relativement flou. Pourtant, une chose est sûre, toutes convergent dans le même objectif de redonner à l'économie et la production française toute sa vitalité.

S.L.

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