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Sanofi au bord de la falaise de brevets

Julien Cottineau

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Sanofi au bord de la falaise de brevets

Les ventes de Sanofi par régions, en Mrds €

© Source : Sanofi

Deux années intensives de pertes de brevets sur ses principaux produits ne facilitent pas la tâche du leader français. Mais la stratégie de Sanofi, faite d'équilibrage et de diversification, semble porter ses fruits.

La pilule a eu du mal à passer pour les investisseurs. En annonçant, lors de la publication des résultats le 8 février, un recul de 12 à 15 % du bénéfice net par action (- 5,8 % en 2011) et une perte de chiffre d'affaires de 1,4 milliard d'euros en 2012 en raison de la perte des brevets aux États-Unis de Plavix (clopidogrel) et d'Avapro (irbesartan), Sanofi a été sanctionné en Bourse. Le titre a perdu - 1,7 % dans la journée, avant de remonter plus légèrement dès le 9 février. Signe que les investisseurs ont malgré tout été rassurés par Chris Viehbacher. Le directeur général du géant pharmaceutique français a bien reconnu que le groupe sortait d'une année 2011 difficile, et se préparait à une année 2012 tourmentée. Selon lui, Sanofi affronte actuellement sa « falaise de brevets », le groupe étant le « plus exposé aux tombées de brevets » de l'ensemble de la Big pharma en 2011 et 2012. En prenant les rênes du groupe, fin 2008, Chris Viehbacher connaissait déjà cette menace, avec la perspective d'une perte de 4 Mrds € de chiffre d'affaires, soit près d'un quart des ventes globales fin 2008, qui s'étaient établies à 27,6 Mrds €. « Ce qu'on n'avait pas dit à l'époque, c'est que la moitié de nos bénéfices était menacée », ajoute-t-il. Les investisseurs apprécieront... Pour autant, malgré ces pertes inéluctables, le groupe a réussi à grappiller 10 Mrds € de chiffre d'affaires supplémentaires, « 4 Mrds par croissance externe et 6 par croissance organique », précise le dirigeant. Ce qui permet aujourd'hui à Sanofi d'avoir vu son chiffre d'affaires global progresser de presque 6 Mrds € en trois ans, à 33,39 Mrds € en 2011 (+ 3,2 % en un an).

L'autre bonne nouvelle, au sujet de la fameuse falaise, c'est qu'au-delà de 2012, le chiffre d'affaires de Sanofi ne serait plus menacé qu'à hauteur de 6 %, soit la plus faible exposition de la Big pharma selon le dg. L'ensemble de ses plateformes de croissance (marchés émergents, divisions Diabète, Santé grand public et Santé animale) ainsi que le fleuron des biotechnologies Genzyme pèsent aujourd'hui pour 65 % de ses ventes. Enterrant définitivement la période faste des blockbusters, le laboratoire estime aussi que 50 % de ses ventes ne sont plus remboursées par un quelconque État sur l'ensemble du globe, limitant l'impact des restrictions croissantes des dépenses de santé. En parallèle, des relais de croissance en termes de nouveaux produits sont là avec cinq dossiers enregistrés l'an dernier, quand la FDA en a enregistré une trentaine l'an dernier au total pour l'ensemble de l'industrie. Sur le front des très convoités marchés émergents, qui comptent pour la plus grande zone de vente géographique du groupe (voir graphique), 2/3 des ventes se font hors des fameux BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine) qui focalisent l'attention des concurrents, signe que le groupe ne néglige pas le reste de cette zone de près de 6 Mrds de patients potentiels. En matière de biotechnologies, Sanofi estime aussi être devenu l'un des plus grands acteurs mondiaux désormais grâce à ses positions dans les vaccins ou l'insuline et surtout avec Genzyme. La désormais filiale de Sanofi a déjà permis de générer des synergies de 230 M$ en 2011 sur les 700 M$ attendus. Genzyme devrait aussi permettre le lancement sur le marché au deuxième semestre du Lemtrada, traitement innovant contre la sclérose en plaques. Enfin, du côté des économies, Sanofi a dépassé ses objectifs en atteignant 2,2 Mrds € de coûts en moins en 2011 et relance un plan de 2 Mrds € d'ici 2015. A vrai dire, des éléments rassurants à agiter, le groupe n'en manque pas. D'autant que malgré les difficultés il reste bénéficiaire, avec un résultat net en baisse de 4,6 % mais qui s'établit quand même à 8,79 Mrds € en 2011.

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