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Sanofi à Neuville-sur-Saône : Un choix motivé par l'environnement économique

Aurélie Dureuil

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Le site chimique de Neuville-sur-Saône entre dans la dernière phase de sa reconversion de la production de principes actifs en site de production de vaccins. Hervé Lebrun, vice-président associé Chimie et biotechnologies de Sanofi, qui a conduit le projet, revient sur les quatre ans écoulés.

Industrie Pharma : Sanofi a entamé la reconversion du site de Neuville en 2011. Comment s'est déroulé ce projet ?

Hervé Lebrun : Le Plan Chimie a été lancé en 2011 et s'est achevé fin 2013. Il s'agissait d'arrêter l'activité chimie du site et d'y installer des capacités dans la production de vaccins. Avec les différentes entités industrielles du groupe, nous avons mené plusieurs actions en parallèle. La chimie a été transférée vers d'autres sites en France tandis que nous avons souhaité développer l'activité vaccins. Côté chimie, nous avons travaillé au repositionnement des collaborateurs. Avec toujours la question de l'équilibre. En effet, nous n'avons pas eu tout le temps l'adéquation entre la réduction de l'activité et la mobilité des personnes. Nous sommes partis d'un site de production de chimie fine pharmaceutique de 725 personnes pour arriver aujourd'hui à un site avec une activité de production de notre futur vaccin contre la dengue, en phase III d'essais cliniques, et un centre d'expertise analytique pour les vaccins, avec près de 230 salariés.

 

Quelles raisons ont motivé le choix du site de Neuville pour cette réorganisation ?

H.L. : En 2009, le groupe voulait investir dans l'activité vaccin. Or le site de Marcy l'Étoile près de l'usine de Neuville était déjà très encombré. Deux projets de vaccins se sont développés au sein du site de Marcy mais se posait un problème d'implantation pour leur industrialisation. Le groupe a donc choisi d'implanter une unité de production de vaccins sur le site de Neuville. En effet, il disposait de surface disponible et d'une structure qui supportait l'activité chimie. C'était plus simple que de construire un site sur un terrain vide. Un des deux projets s'est finalement réalisé sur Marcy et l'autre, pour la production du vaccin en développement contre la dengue, sur Neuville. Le projet était alors pour la création d'un site bipolaire Chimie/Vaccins.

 

Pourtant, l'activité chimie a finalement été totalement arrêtée. Pourquoi cette décision ?

H.L. : En parallèle, des réflexions ont été menées au niveau du groupe sur les activités de production de principes actifs pharmaceutiques. Elles étaient motivées par l'effet de la générification de nos produits, des déremboursements et d'une modification de l'équilibre des produits sortant de la recherche avec le développement de produits d'origine biologique. Nous allions vers une surcapacité industrielle au niveau du groupe. Plusieurs sites se retrouveraient en sous capacités, notamment en France. Le site de Neuville affichait de bonnes performances, avec une activité stabilisée tandis que d'autres sites risquaient de voir leur activité baisser significativement. Pour maintenir la performance économique des sites industriels chimique, le groupe devait donc restructurer son réseau de sites avec une réflexion technique et sociale. Les leviers permettant de gérer cette réduction de capacité étaient plus importants sur des sites implantés dans un environnement industriel varié. C'est pourquoi le projet s'est assez rapidement focalisé sur les sites de Romainville en région parisienne où Sanofi compte 10 000 collaborateurs et de Neuville avec l'environnement lyonnais. Le transfert des activités chimie de ces deux sites sur d'autres sites du groupe en France permettait d'assurer leur activité et de contribuer à la vitalité économique d'autres territoires.

 

Outre les changements industriels, cette reconversion a eu un volet social important. Combien de personnes ont été concernées ?

H.L. : L'accompagnement du repositionnement des salariés chimie a été notre principale activité en effet. Nous avions l'objectif de conduire cette réorganisation sans licenciement. Quelques dizaines de personnes ont voulu profiter de solutions d'essaimage et 275 personnes sont parties avec le dispositif de cessation anticipée d'activité. Pour ces dernières, nous avons organisé un accompagnement spécifique de préparation car certaines n'avaient pas envisagées un départ en retraite si précoce. Il s'agissait de leur apporter des informations et les amener à se projeter. Enfin, 400 personnes sont restées dans le groupe. Il a fallu les accompagner individuellement, les aider à réfléchir sur leur bilan de carrière. Nous leur présentions deux choix : rester dans la chimie, ce qui impliquait une mobilité géographique pour aller sur un autre site du groupe en France ou rester dans la région lyonnaise, il s'agissait alors de mobilité professionnelle. Nous devions ensuite trouver le bon accord entre le poste proposé au sein du groupe et leur souhait.

 

Cette mobilité professionnelle a-t-elle été rendue possible par la forte présence de Sanofi en région Rhône-Alpes ?

H.L. : Effectivement, Sanofi est très présent dans la région lyonnaise avec le site Sanofi Pasteur de Marcy l'Étoile mais aussi ces dernières années, l'intégration de Merial à 100 % dans le groupe et l'acquisition de Genzyme. Sur les 400 personnes ayant bénéficié de mobilité interne, la grande majorité est restée dans la région. Tout d'abord, sur les 230 personnes du site de vaccin de Neuville, près de 80 % sont issues du site chimie, soit 160 personnes. Près de 185 personnes font désormais parties de Sanofi Pasteur à Marcy L'Étoile et une quinzaine ont rejoint Genzyme et Merial. Environ 35 personnes sont restées en chimie et sont aujourd'hui réparties sur les sites de Vertaloaye, Aramon, Sisteron et Elboeuf.

 

Aujourd'hui, où en êtes-vous concernant l'activité industrielle du site de Neuville ?

H.L. : Aujourd'hui, l'activité vaccins est opérationnelle. Les équipes de Sanofi Pasteur préparent la production pré-commerciale pour supporter le lancement espéré du vaccin. Le site vaccins a une capacité annuelle d'environ 100 millions de doses des « quatre valences du vaccin » qui sont formulées et conditionnées sur le site de Val-de-Reuil. Sanofi Pasteur commence à avoir les audits des autorités de santé pour l'enregistrement du futur vaccin. En parallèle, côté chimie, nous menons le démantèlement des installations industrielles. Un certain nombre d'équipements non liés à l'activité chimie ont été repris par l'activité vaccins. Nous avons également organisé une bourse aux matériels pour les sites en France et à l'étranger, notamment en Inde. Le reste des installations est en cours de démantèlement. Cela va se poursuivre jusqu'à fin 2015-début 2016. En parallèle, nous entamons la remédiation des sols. Nous réalisons un mapping pour avoir un relevé de la pollution historique car l'activité industrielle du site a débuté en 1870. Puis la remédiation débutera en 2015 pour 2 à 3 ans. Jusqu'à fin 2015, les opérations de démantèlement et le plan de remédiation sont gérés par une trentaine de personnes de Sanofi qui partiront ensuite en cessation anticipée d'activité.

 

À NEUVILLE-SUR-SAÔNE, AURÉLIE DUREUIL

 

SANOFI EN RÉGION RHÔNE ALPES

Effectif : 6 500 salariés dont 1 250 chercheurs 3 domaines d'activité : vaccins humains, santé animale et maladies rares 2 sièges mondiaux : Sanofi Pasteur et Merial 3 centres de recherche : Sanofi Pasteur (Marcy l'Étoile), centre mondial de R&D dédié aux vaccins ; Merial (Lyon Biodistrict de Gerland) centre de recherche biologique ; Merial (Saint-Vulbas) centre de recherche clinique 5 sites de production industrielle : Marcy l'Étoile produit plusieurs centaines de millions de doses de vaccins humains chaque année ; Neuville-sur-Saône s'apprête à produire le 1er vaccin au monde contre la dengue ; Lyon-Porte-des-Alpes produit 80 millions de flacons de vaccins vétérinaires chaque année ; Lentilly conditionne les vaccins vétérinaires ; Genzyme Polyclonals dans le Lyon Biodistrict de Gerland assure la production mondiale de Thymoglobuline.

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