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Roche Pharma : « La France est l'un des pays les plus innovants au monde »

Propos recueillis par Sylvie Latieule
Roche Pharma  : « La France est l'un des pays les plus innovants au monde »

Padraic Ward, président de Roche Pharma.

© Roche

À la tête de la filiale française de Roche Pharma depuis octobre 2015, Padraic Ward s'est fixé cinq priorités stratégiques. Toutes convergent vers la volonté de Roche d'exceller en matière d'innovation au bénéfice des patients.

Industrie Pharma : Vous avez pris vos fonctions, en octobre dernier, à la tête de Roche Pharma en France. Après plusieurs mois de réflexion et de concertation, vous avez pu formuler une ambition pour cette filiale. Quelle est-elle ?

Padraic Ward : Chez Roche, l'innovation est notre métier. Nous ne faisons pas de génériques ni de biosimilaires. Nous développons des molécules innovantes. Aussi, en accord avec le comité de direction, nous voulons faire de Roche en France l'entreprise la plus respectée en santé, pour l'innovation qu'elle met à disposition des patients français. Je souhaite également que Roche soit respectée pour sa contribution à la vie scientifique et pour les partenariats qu'elle noue. En plus de la présidence de la filiale française de Roche Pharma, j'assure la présidence de l'Institut Roche. C'est le premier institut scientifique en France dédié à des partenariats publics/privés. En cinq ans, nous avons investi 50 millions d'euros dans la recherche scientifique à travers une cinquantaine de projets. Cela facilite les liens entre la recherche scientifique académique française et les centres de recherche de Roche dans le monde. Bientôt, nous serons en mesure d'annoncer un nouveau partenariat important avec un acteur majeur de la recherche française.

 

Quelle est votre vision de la recherche en France ?

P.W. : La France est l'un des pays les plus innovants au monde grâce à une longue tradition d'excellence scientifique. La France est le deuxième pays au monde pour le nombre de start-up derrière les États-Unis. D'ailleurs, je mets la France presque au même niveau que les États-Unis en matière d'innovation.

 

Comment traduisez-vous votre ambition sur le plan opérationnel ?

P.W. : Nous avons déterminé 5 priorités ou axes stratégiques. Je vais tout d'abord m'assurer de l'engagement des équipes. Je veux que tous les collaborateurs qui viennent travailler chaque jour sachent que ce qu'ils font est important pour la vie d'un patient. Ensuite, nous devons préparer au mieux les lancements de produits. En France, en 2016, nous venons de lancer deux médicaments innovants qui font la différence. Il s'agit de Cotellic (cobimetinib), en association avec Zelboraf (vemurafenib) dans le mélanome métastatique et Gazyvaro (obinutuzumab) dans la leucémie lymphoïde chronique.Puis, nous allons préparer l'arrivée d'autres médicaments. Près de 70 molécules sont en développement dans le pipeline de Roche. Toutes n'arriveront pas sur le marché, mais nous espérons lancer dans les 2-3 ans à venir ocrelizumab dans la sclérose en plaque, atezolizumab - notre premier traitement d'immuno-oncologie - dans les cancers de la vessie et du poumon et emicizumab dans l'hémophilie A. Il s'agit d'une molécule issue de la recherche Chugai, notre filiale japonaise dont les résultats de phase II sont très encourageants.

 

Vous citez en troisième priorité l'accès au médicament...

P.W. : En France, le système de santé est favorable à l'innovation, mais il se trouve aujourd'hui en difficulté. Une des différences fondamentales de la France par rapport à d'autres pays est que les patients et les médecins exigent d'avoir accès aux médicaments les plus efficaces et innovants. C'est pourquoi nous proposons un modèle de remboursement personnalisé car la valeur médicale est différente selon les situations. Aujourd'hui, le prix d'un médicament est fixé par mg ou par unité. Pourquoi ne pas avoir un prix différent selon la valeur du médicament dans chaque indication ? Prenons l'exemple de l'Herceptin. Cette molécule a été lancée, il y a 15 ans, dans le cancer du sein HER2+ d'abord aux stades avancés, puis en situation adjuvante et néoadjuvante. Il y a une différence de service médical rendu selon les indications. Le médicament pourrait avoir une valeur différente selon les situations.

 

Quelles sont vos deux dernières priorités ?

P.W. : Notre quatrième priorité porte sur la question des investissements en recherche. Au travers de l'Institut, je souhaiterais nouer davantage de partenariats avec des liens plus forts entre la recherche académique et les entités de la recherche Roche. Je souhaiterais renforcer encore le dialogue entre nos scientifiques de Genentech à San Francisco et de Roche à Bâle et les scientifiques français. Et pour finir, l'innovation doit aller au-delà du médicament. Par exemple, Roche a été en 2014 le premier partenaire industriel de R&D Unicancer pour la mise en oeuvre de son programme ESME de recueil des données de « vraie vie », dans le cancer du sein métastatique. Il va permettre la constitution d'une base de données relatives à la maladie et au traitement de 20 000 patientes atteintes de cancer du sein métastatique et prises en charge dans les 20 centres français de lutte contre le cancer (CLCC) entre 2008 et 2013. Ce partenariat se poursuivra jusqu'en 2019, date à laquelle la base rassemblera au total les données de 40 000 patientes. Autre exemple, nous développons actuellement avec le Français Voluntis une solution compagnon, qui accompagnera au quotidien les femmes atteintes d'un cancer du sein dans leur prise en charge médicale.

Cette solution compagnon associera un dispositif médical logiciel et, dans certains cas, un service de télémédecine. Prescrite par l'équipe soignante dans le prolongement du traitement, elle aidera les patientes à mieux gérer leurs symptômes : ceux-ci-seront saisis manuellement ou directement collectés via des objets connectés dans une application mobile. Ces données saisies seront automatiquement analysées et transmises via Internet à l'équipe soignante, qui assurera un véritable suivi personnalisé à distance. Les patientes recevront alors des recommandations sur mesure leur permettant d'ajuster leur traitement, grâce à l'intelligence algorithmique intégrée au coeur de la solution mobile et au cloud sécurisé. C'est un développement français, avec un essai clinique en cours, que l'on va essayer d'offrir ensuite au monde entier.

 

Considérez-vous l'arrivée des biosimilaires comme une menace ?

P.W. : Les biosimilaires ont pris du retard. Herceptin et MabThera ne sont plus couverts par des brevets, mais ne sont pas encore concurrencés par des biosimilaires. Dans les années 50, Roche s'est focalisé sur l'oncologie, puis dans les années 60 sur la dépression, dans les années 80-90 sur le VIH et les hépatites, puis de nouveau sur l'oncologie. Avec nos molécules qui sont tombées dans le domaine public, des millions de patients sont encore traités aujourd'hui avec des médicaments de Roche et avec les génériques de traitements issus de la recherche de Roche, et nous nous en félicitons. Aujourd'hui, notre focus, c'est l'innovation et la découverte de nouvelles solutions pour les patients.

Les biosimilaires doivent cependant trouver leur place pour permettre de dégager des économies et ainsi financer les molécules innovantes. Un biosimilaire étant par définition une molécule similaire et pas identique au biomédicament de référence, il nous semble en revanche indispensable de différencier le biosimilaire par une dénomination spécifique ou par un nom de marque, afin d'assurer une meilleure traçabilité. Nous appelons ainsi à une plus grande transparence dans la rédaction du Résumé des caractéristiques du produit et de la notice patient, afin d'assurer une décision éclairée du médecin et une information éclairée du patient pour une confiance accrue dans les biomédicaments.

 

Roche est très actif en France dans le domaine de la recherche. Mais avez-vous aussi des contacts avec le système productif français ?

P.W. : Dans les produits matures de Roche, 26 spécialités sont produites ou conditionnées totalement ou en partie sur le site de Cenexi SAS à Fontenay-sous-Bois. Deux spécialités Copegus, 200 mg et 400 mg sont fabriquées chez Patheon France, à Bourgoin-Jailleu (Isère).

ROCHE PHARMA EN FRANCE*

- 1,395 milliard de chiffre d'affaires en 2015 (+1,1 % sur 2014) - 1 100 salariés - 105 collaborateurs dédiés à la R&D - 78 millions d'euros investis dans la recherche clinique en France (2015) - 40 millions d'euros investis dans les partenariats public-privé depuis 2009 - 1er laboratoire à l'hôpital - 1er en cancérologie - 4e laboratoire pharmaceutique français * il existe également une entité Roche Diagnostics France (458 M€ de CA)

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