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Roche et GSK secouent leurs stratégies

Julien Cottineau
La pharmacie bouillonne. Deux géants ont engagé des virages stratégiques majeurs. Une semaine après avoir mis un terme à sa recherche contre le Sida (CPH n°432), Roche continue d'avancer ses pions sur l'un de ses domaines de prédilection, l'oncologie, par le biais de trois acquisitions ciblées en trois jours.
La pharmacie bouillonne. Deux géants ont engagé des virages stratégiques majeurs. Une semaine après avoir mis un terme à sa recherche contre le Sida (CPH n°432), Roche continue d'avancer ses pions sur l'un de ses domaines de prédilection, l'oncologie, par le biais de trois acquisitions ciblées en trois jours. D'un côté, il s'est inscrit dans sa droite ligne stratégique. Pour 125 millions de dollars (80M€) Roche s'est offert l'Américain Mirus, spécialisé dans l'ARN interférence et la thérapie génique. Une acquisition qui complète l'accord avec Alnylam, le grand spécialiste de l'ARNi, signé l'an dernier (CPH n°390). Dans la foulée, Roche a proposé 190 millions de dollars canadiens (120 M€) pour l'acquisition d'Arius, une société canadienne de biotechnologie spécialisée dans le criblage d'anticorps en oncologie et en inflammatoire. La troisième opération s'inscrit en revanche dans la rupture, par son envergure et sa surprise : la gigantesque OPA de 43,7 Mrds $ (28 Mrds€) lancée sur les 44,1 % restants du capital de Genentech. Depuis 1990, la biotech californienne a pu évoluer de manière indépendante. En 18 ans, le partenariat Genentech-Roche a permis au premier de vivre une réelle « success story », et a offert au second ses plus beaux produits comme Herceptin (trastuzumab) et Avastin (bevacizumab). Certes, le dollar est faible. Certes, ces produits sont désormais amortis et la période est à la pleine rentabilité. Certes, la suppression de postes redondants permettrait des économies de 750 à 850 M€ chaque année. Mais une page s'est tournée car Roche rompt avec la politique d'indépendance qu'il pouvait accorder à certaines de ses filiales. Avec le risque, notamment dans le cas Genentech, de déstabiliser l'équipe en place. Sans compter qu'aux yeux de futures cibles, Roche pourrait apparaître un peu moins séduisant. Parallèlement, toujours affecté par les piètres résultats d'Avandia (rosiglitazone), et pressé par les pertes imminentes de gros brevets, GSK a dressé de nouveaux axes d'orientation. D'abord en R&D. Le Britannique parie aujourd'hui sur un modèle de start-up : des équipes de 5 à 80 chercheurs mises en compétition et financées selon leur création de valeur par un Drug Discovery Investment Board composé de leaders GSK mais aussi de capital-risqueurs! Côté bussiness, le groupe prend un nouveau virage en s'alliant avec Aspen, un génériqueur sud-africain doté d'un portefeuille de près de 1200 produits. Pour une rétribution essentiellement envisagée en actions, GSK va ainsi se charger à partir de 2010 de commercialiser une sélection de ces produits sur les marchés où Aspen est absent, et pour majorité à destination des marchés émergents. Aspen restera seul en charge pour quelques pays comme ceux d'Afrique Sub-saharienne. GSK estime la croissance des marchés émergents à près du triple de celle des pays occidentaux, et devrait contribuer à hauteur de 40 % à la croissance mondiale d'ici à 2020. Il est ainsi tentant de changer son fusil d'épaule et d'aller concurrencer les autres génériqueurs sur leur terrain avec sa propre production de médicaments low-cost. L'heure est à Sanofi Aventis rachetant Zentiva et Daiichi Sankyo rachetant Ranbaxy.

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