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Résultats 2001/2002 : l'allemand Merck au pied du mur

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Le Glucophage, antidiabétique vedette de Merck KGaA, est un des éléments significatifs de sa croissance, va devenir le point noir du groupe en 2002. En effet, ce produit a perdu son brevet aux Etats-Unis et la première version générique du Glucophage (metformin) a été lancée dans ce pays le 28 janvier 2002. Le groupe a lancé deux nouveaux produits dérivés, le Glucovance et le Glucophage XR, couverts par un brevet, censés prendre la place du Glucophage et lutter contre l'arrivée des génériques. Une dizaine de laboratoires seraient sur le point de lancer des médicaments génériques. Et les gros clients américains de l'allemand ont déjà commencé, par anticipation, à réduire leurs commandes. " L'année en cours va constituer un grand défi " pour le groupe, a reconnu Merck. " La concurrence générique de l'antidiabétique Glucophage aux Etats-Unis va devenir très sensible ", ajoute-t-il, en prévenant " que rien ne pourra à court terme compenser le recul attendu des résultats, du fait de la baisse des ventes de Glucophage ". Selon Bernhard Scheuble, président du directoire, " nous n'avons pas réussi à faire passer les clients du Glucophage aux deux autres nouveaux produits dans la mesure où nous l'espérions ". Seuls points positifs : l'explosion du marché des antidiabétiques et les difficultés que rencontreront les sociétés de génériques pour produire les tonnages nécessaires. Merck fournit actuellement 6 000 tonnes par an de produit. De fait, B. Scheuble s'attend " à un recul du résultat en 2002 ". Le président du groupe " n'exclut pas un recul du chiffre d'affaires dans la pharmacie éthique " l'an prochain, tout en prévoyant " une croissance à deux chiffres pour les génériques et à un chiffre pour l'automédication ". Autre problème : les perspectives dans la chimie restent moroses. " Une reprise n'est pas attendue avant le second semestre 2002 ", a averti Merck. Les premiers effets se sont fait sentir au quatrième trimestre 2001. Le groupe allemand a vu son bénéfice opérationnel reculer de 37,7 % à 113 millions d'euros. Un recul lié à l'attentisme de certains clients qui ont bloqué leurs achats de Glucophage en attendant les génériques et à une baisse importante dans les spécialités dont le chiffre d'affaires s'est replié de 7 % au quatrième trimestre " en raison du ralentissement économique mondial dans le secteur des hautes technologies ", souligne Merck. Cependant sur l'ensemble de l'exercice annuel écoulé, le bilan est plus qu'honorable. Le bénéfice opérationnel de Merck est en hausse de 18 % à 877 millions d'euros, un record dans les 333 ans d'histoire de la société. Le bénéfice net ressort à 629,2 Meuros (contre 247 Meuros), soit un quasi-triplement sur un an. Et le chiffre d'affaires est en hausse de 11,7 % à 7 528 Meuros. Merck va proposer un dividende de 0,95 euros, en hausse de 6 %. La hausse du bénéfice s'explique en grande partie par un bénéfice exceptionnel de 410 Meuros, due à une plus-value exceptionnelle de 234 Meuros tirée de la vente d'une participation de 43 % dans l'américain Pharmaceutical Resources, une société de génériques aux Etats-Unis et à la cession d'une grande partie de ses actions dans ImClone, laboratoire biotechnologique américain avec qui Merck avait conclu des accords pour le développement de l'Erbitux (cetuximab) et le marketing de ce produit. Selon le contrat, signé avec Imclone, Merck obtenait la commercialisation du futur produit en Europe, ImClone se conservant les Etats-Unis et les deux partenaires se partageant le Japon. Espérant développer des coopérations plus étroites avec Imclone, Merck avait pris à l'époque une participation dans cette société biotechnologique. Depuis qu'ImClone a choisi Bristol-Myers Squibb (BMS) pour le développement et la commercialisation de cet anticancéreux aux Etats-Unis, Merck a décidé de lâcher du lest et de revendre la plus grande partie de sa participation. Un choix heureux au moment où ImClone est au sein d'un important affrontement avec BMS depuis un premier refus des autorités américaines du médicament (FDA) d'autoriser cet anticancéreux. Merck devrait de son côté déposer prochainement une demande d'autorisation en Europe, basée essentiellement sur ses propres données cliniques, mais le scandale américain et le premier refus de la FDA (une nouvelle réunion avec la FDA est prévue le 26 février) ne devrait pas lui faciliter la tâche. Par secteurs, la pharmacie a enregistré l'an dernier une hausse de 14 % de ses ventes à 3 323 Meuros et un résultat opérationnel, en augmentation de 28 %, à 581 Meuros. Un record qui ne se reproduira pas cette année. Les produits éthiques dont le Glucophage ont réalisé un chiffre d'affaires de 2 084 Meuros (+14 %). Le chiffre d'affaires du Glucophage et des deux produits nouvellement lancés, Glucovance et Glucophage XR, y compris les ventes réalisées par les sociétés licenciées, ont atteint un record de 3 201 Meuros (+43 %), un pic avant l'arrivée des génériques. Dans les génériques, le groupe a fait évoluer son portefeuille en cédant sa participation de 43 % dans la société américaine Pharmaceutical Ressources pour se recentrer sur l'Europe et le Japon. Merck est ainsi la première société de génériques en France et au Japon. " Aux Etats-Unis, les prix des génériques chutent souvent de 95 % sous le prix du produit d'origine alors que dans d'autres pays comme l'Allemagne, la moyenne tourne autour de 30 % ", explique B. Scheuble. Dans les spécialités chimiques, les ventes ont augmenté de 2,7 % à 1 131 Meuros mais le bénéfice opérationnel a reculé de 24 % à 164,8 Meuros. Les ventes de cristaux liquides ont reculé de 1 % en raison de la crise sur le marché des téléphones mobiles et des agendas électroniques. Les produits chimiques pour l'électronique ont enregistré des ventes en hausse de 6 % mais le président du groupe n'est pas satisfait par la rentabilité de ce secteur qui pourrait être sur la touche. Dans les produits de laboratoire, les ventes ont augmenté de 5 % à 565 Meuros et le bénéfice opérationnel de 28 % à 39 Meuros. Enfin, l'activité de distribution d'équipements et de produits de laboratoires, WWR International, va être en partie abandonnée au travers d'une opération de mise en bourse (IPO). Merck compte mandater une banque pour préparer cette IPO, en priorité à New York et peut-être à Francfort dans les semaines à venir. Même si cette activité est performante avec un chiffre d'affaires de 2 754 Meuros (+16 %) et un résultat opérationnel de 92 Meuros, multiplié par deux, le groupe allemand considère que cette activité ne fait plus partie de sa stratégie. Merck compte cependant garder une participation majoritaire. Les cessions réalisées (participation dans Pharmaceutical Ressources, ImClone) et l'IPO de VWR devraient en revanche permettre au groupe de renforcer ses activités dans la pharmacie qui vont souffrir des chutes des ventes du Glucophage. Merck mène actuellement des discussions en vue de réaliser " des acquisitions de petite ou moyenne taille ", a indiqué B. Scheuble. " Les grandes acquisitions valent plusieurs milliards d'euros, tandis que les petites acquisitions correspondent à des montants à deux ou trois chiffres en millions ", a-t-il déclaré. Il a souligné que Merck souhaitait renforcer ses activités pharmaceutiques mais n'excluait pas des achats dans la chimie de spécialités. De Francfort, Cyrienne Clerc

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