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« Réfléchir à une solution alternative au blister »

« Réfléchir à une solution alternative au blister »

Delphine Pernot, responsable grands comptes secteur médicaments d'Adelphe.

© Adelphe

Adelphe est l'éco-organisme de référence pour la prise en charge des déchets issus des emballages de médicaments. L'organisme vient de lancer un groupe de travail dédié au recyclage des blisters, un conditionnement très répandu mais difficilement valorisable. Entretien avec Delphine Pernot, responsable grands comptes secteur médicaments d'Adelphe.

Industrie Pharma Magazine : Quel est le rôle d'Adelphe par rapport à l'industrie pharmaceutique ?

Delphine Pernot : Adelphe est un éco-organisme, en charge des emballages ménagers. Les entreprises qui mettent un produit sur le marché ont une obligation réglementaire de participer à son recyclage. C'est le principe du pollueur-payeur, retranscrit sous la forme d'une responsabilité élargie du producteur.

Le secteur de l'industrie pharmaceutique est également concerné. Pour participer à la valorisation finale de leurs produits, les entreprises ont ainsi l'obligation de financer une partie de la collecte et du recyclage. Elles peuvent réaliser cette mission soit de manière individuelle, soit de manière mutualisée, en passant par un éco-organisme comme Adelphe. Nous sommes agréés par l'État pour réaliser cette mission et historiquement spécialisés dans les médicaments et produits de santé.

Par ailleurs, nous disposons d'un partenariat avec Cyclamed* et le Leem, pour la valorisation des médicaments non utilisés ou périmés. Cela passe par des actions de sensibilisation sur le geste du tri.

Concrètement, comment un laboratoire pharmaceutique travaille-t-il avec Adelphe ?

D.P. : Une entreprise doit financer à hauteur de 80 % le coût de prise en charge de son emballage. Concrètement, chaque laboratoire qui noue un contrat avec Adelphe, fait chaque année une déclaration des produits vendus. Ce sont des frais « au réel », le laboratoire précise les différents volumes vendus et les matériaux utilisés comme emballages. Nous estimons ensuite un tarif, en fonction de l'état de développement de la filière recyclage par rapport au type de matériau utilisé.

Aujourd'hui, 100 % des laboratoires pharmaceutiques sont dans la délégation de ce service. Il existe encore quelques laboratoires qui échappent à cette obligation. Nous travaillons à les sensibiliser sur ce sujet car les laboratoires qui n'assument pas leur obligation risquent des amendes administratives.

 

© Pexels
Les emballages sont forme blister limitent les possibilités de recyclage.

Quel est le principal défi lié au recyclage des emballages de médicaments ?

D.P. : La France est en train d'aller vers l'extension des consignes de tri, l'objectif est notamment de réussir à augmenter les filières de recyclage pour les plastiques. Il existe par ailleurs des filières de recyclage pour lesquelles nous savons qu'elles vont être économiquement non viables, il faut alors accompagner les industriels concernés pour qu'ils puissent faire évoluer leurs emballages. Par exemple, il ne peut pas y avoir de filière de recyclage pour chaque plastique.

L'exemple phare d'une résine plastique dans cette situation est le PVC. Ce composé était beaucoup utilisé auparavant mais beaucoup moins maintenant, car il est dans une situation où on a très peu de gisements. C'est aussi un problème d'association de matériaux, notamment entre plastique et aluminium, que l'on retrouve dans les blisters. Ces associations complexifient le recyclage. Le blister de médicament c'est une coque en plastique, dans presque 90 % des cas du PVC, avec une couche en aluminium. Cela se traduit par une contribution plus élevée pour les industriels car la valorisation de ces emballages est trop complexe. On travaille au développement des filières de recyclage des petits aluminiums, mais ce sont des processus de pyrolyse, très sensibles à la présence de PVC. Ce type d'association va par ailleurs émettre du chlore, corroder les installations et générer des dioxines.

Il existe une vraie problématique sur ces emballages blister, c'est pour cela qu'Adelphe a proposé au secteur pharmaceutique de réfléchir en formant un groupe de travail. Il fallait une approche sectorielle pour mutualiser les efforts.

« Le bilan carbone doit être pris en compte dans la recherche de nouvelles solutions. »

Comment s'est déroulée la formation de ce groupe de travail ? Quels sont ses objectifs ?

D.P. : Le groupe de travail s'est réuni une première fois au mois d'octobre. Il est composé de laboratoires mais aussi de fabricants d'emballages, de représentants du Leem, de Cyclamed* ainsi que de fédérations des matériaux concernés. Nous allons progresser par étapes. Pour l'année 2020, nous souhaitons avancer sur cet aspect de compréhension et établir un panorama des enjeux. Il s'agit de bien comprendre ce qui est attendu par les laboratoires d'un conditionnement. C'est un travail qui implique les fabricants d'emballage et qui nécessite aussi de comprendre comment les blisters sont pris en charge dans un centre de tri.

Dans la deuxième partie de l'année, nous allons réfléchir à des solutions alternatives au blister. Si nous insistons autant sur ce point c'est parce que les pouvoirs publics nous demandent d'être de plus en plus ambitieux sur le sujet, c'est une exigence qui est aussi impulsée au niveau européen. De plus en plus, nous voyons des amendements qui vont dans ce sens sur les plastiques et sur les produits mis sur le marché.

Quels sont les principaux freins pour l'industrie pharmaceutique en termes d'évolution des conditionnements ?

D.P. : Le point majeur pour l'industrie pharmaceutique, c'est que le conditionnement fait partie de l'AMM du médicament. Dès que le laboratoire souhaite changer quelque chose, cela prend du temps et c'est complexe, ce qui constitue un frein important. L'autre frein est davantage lié aux impératifs RSE. Pour certains laboratoires, ces impératifs, notamment en terme de bilan carbone, peuvent les empêcher d'avancer sur le recyclage. Certains laboratoires nous ont ainsi rappelé qu'ils pilotaient de manière très précise leur empreinte carbone et qu'ils ne peuvent donc pas se permettre de prendre des mesures qui aggravent ce bilan.

Normalement, le bilan carbone du recyclage est excellent. Mais sur le PVC quand on souhaite le remplacer par une autre résine plastique, qui peut contenir davantage de chlore, cela peut entraîner une augmentation de l'empreinte carbone. Nous avons rappelé cet enjeu lors de notre première réunion de travail.

Il faut bien garder en tête que le bilan carbone doit être pris en compte dans la recherche de nouvelles solutions. Il faut ainsi trouver des solutions pour améliorer la recyclabilité des conditionnements et le bilan environnemental global de l'industriel.

Comment se situent les autres secteurs avec les mêmes problématiques que l'industrie pharmaceutique ?

D.P. : Il existe de nombreux enjeux en cours sur beaucoup de secteurs économiques vis-à-vis du recyclage. À titre d'exemple, on peut citer le secteur des vins et spiritueux avec le contenant bag-in-box, qui n'est pas compatible avec le recyclage des plastiques souples. Hors secteur Adelphe, dans l'agroalimentaire, le secteur de la charcuterie doit évoluer sur des emballages qui contiennent du noir de carbone. Ce composé va empêcher les trieurs optiques d'identifier la résine concernée dans les centres de recyclage.

On se retrouve avec la même problématique que pour l'industrie pharmaceutique, l'impossibilité de valoriser ces emballages. Il faut alors travailler sur les codes du marché et trouver des solutions techniques. Mais cela évolue rapidement car les fabricants d'emballage sentent la pression monter sur leur secteur. Un certain nombre de fédérations d'industriels sont aussi nos relais pour les faire avancer.

*Cyclamed est une association qui a pour mission de collecter et de valoriser les Médicaments Non Utilisés (M.N.U.) à usage humain, périmés ou non, rapportés par les patients dans les pharmacies.

UN GROUPE DE TRAVAIL SUR LE BLISTER

Adelphe vient de réunir, autour d'un premier groupe de travail, 24 représentants de laboratoires pharmaceutiques, fabricants d'emballages et des filières de recyclage et organisations professionnelles parmi lesquels le Leem, Biogaran, Boiron, Cyclamed, France Aluminium recyclage, Ipsen, Novartis, Pierre Fabre, Sanofi ou encore Vetoquinol.

 

LE POIDS DES MÉDICAMENTS DANS LES DÉCHETS EN FRANCE

71 000 tonnes d'emballages pharmaceutiques sont retrouvées chaque année dans les déchets ménagers des Français. Un chiffre stable depuis plusieurs années qui indique que la tendance va vers une légère diminution du volume global par habitant. 40 % des emballages pharmaceutiques produits en France sont des blisters associant plastique et aluminium.

 

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