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Recherche et développement : Boehringer Ingelheim investira 11 Mrds € sur 5 ans

À Berlin, Aurélie Dureuil

Le groupe allemand a présenté sa nouvelle stratégie de R&D, avec un programme de 11 Mrds € sur 5 ans. Boehringer Ingelheim entend s'appuyer sur sa recherche en interne mais aussi accélérer sa politique « d'open innovation ».

« Construire des ponts pour la médecine », tel est le slogan de la nouvelle stratégie de R&D de Boehringer Ingelheim. « La R&D a une importance centrale pour notre futur », a rappelé Andreas Barner, p-dg du groupe allemand, début novembre, lors d'une présentation à Berlin. La date de cette annonce revêt une signification particulière pour le laboratoire familial. Le groupe a en effet choisi de présenter cette stratégie, quelques jours après la date anniversaire de la chute du mur de Berlin (le 9 novembre 1989). Un évènement historique de rupture qui avait permis de poser les bases de nouvelles connexions, selon le groupe. La stratégie de Boehringer vise ainsi à « construire de nouveaux ponts pour avancer dans les traitements pour les patients et la société », selon Andreas Barner. Le groupe, dont l'effort d'investissement en R&D en 2014 s'est élevé à 19,9 % de ses 13,3 milliards d'euros de ventes mondiales, a décidé d'allouer une somme de 11 Mrds € pour la R&D pour les 5 ans à venir. « Nous allons bloquer ce montant pour la R&D, indépendamment des ventes. C'est un avantage d'être une compagnie privée. Nous avons une vision à long terme », souligne Michel Pairet, senior vice-président de la recherche et du développement non clinique de Boehringer Ingelheim. Sur ces 11 Mrds €, 5 Mrds € concerneront la recherche et le préclinique, tandis que le reste sera dédié au développement clinique. Et sur cette recherche précoce, 1,5 Mrd € sera dévolu aux coopérations extérieures.

Avec cette stratégie d'innovation, Boehringer mise sur le développement de plus en plus grand de « l'open innovation ». Comme le détaille Michel Pairet, elle repose sur l'interne et l'externe. « Aujourd'hui, environ 90 % des produits sur le marché ont été découverts et développés en interne », signale-t-il. Une tendance en train de changer, comme il le souligne : « 50 % des produits en développement early stage ont une partie qui est basée sur une innovation externe, une contribution extérieure. L'objectif est d'aller plus loin ». En 2015, le groupe allemand a ainsi conclu 6 partenariats stratégiques, comme le rappelle Adrian J. Carter, vice-président des partenariats de recherche internationaux, avec l'université du Michigan et Eureka Therapeutics en mai, Circuit Therapeutics en août, GPCR Consortium en septembre, BioMedX en octobre, et en novembre, avec quatre organisations académiques américaines (voir encadré). En outre, depuis 2010, son fonds de capital-risque, Boehringer Ingelheim Venture Fund, s'est engagé pour un total de 100 M€ aux côtés de 13 start-ups différentes développant des idées thérapeutiques innovantes.

Boehringer n'en oublie pas pour autant sa recherche en interne. « Nous avons enregistré de solides résultats entre 2014-2015 avec 11 nouvelles approbations et 3 désignations de ruptures technologiques », se félicite Michel Pairet. Il tempère cependant : « Nous avons connu un pic de produits en phase III au cours des trois dernières années avec une vague de lancements de produits entre 2014-2015-2016 ». Une tendance qui devrait se modérer avant « une nouvelle vague de lancements de produits à l'horizon 2019-2020. Nous avons beaucoup d'espoir dans des produits de phase II qui vont arriver sur le marché ». Le groupe dispose ainsi d'un pipeline comprenant « 20 à 30 produits en phase I, 15 à 20 en phase II et 2 à 5 en phase III », précise Michel Pairet.

 

Trois piliers pour soutenir la stratégie

 

La stratégie de R&D de Boehringer passe également par la définition de trois piliers. Le premier vise à « construire sur notre force », indique Michel Pairet. Il rappelle ainsi les quatre aires thérapeutiques sur lesquelles le groupe entend se concentrer : l'immunologie et les maladies respiratoires, l'oncologie, les maladies cardiométaboliques, et les maladies du système nerveux central. Le senior vice-président de la recherche et du développement non clinique rappelle également l'organisation mondiale qui repose sur cinq centres en Allemagne, Autriche, Italie, États-Unis et Japon. En 2014, le groupe employait plus de 8 000 personnes pour sa R&D. Le deuxième pilier, résumé par le slogan « créer des synergies et construire des ponts », concerne les collaborations et la mise en place de plateformes scientifiques entre les différents axes de recherche du groupe. Enfin le troisième pilier repose sur l'ambition de « capturer la science émergente et la technologie ». Cet axe vise notamment à mettre en place des hubs internes pour « faciliter les collaborations externes », souligne Michel Pairet. Avant de réaffirmer que « les collaborations sont une part importante de notre stratégie et constituent une part essentielle de nos efforts de découverte de médicaments et de développement ».

 

« Aujourd'hui, environ 90 % des produits sur le marché ont été découverts et développés en interne ».

 

QUATRE ACCORDS SIGNÉS AVEC LES ÉTATS-UNIS

En ligne avec la stratégie d' « open innovation », le groupe allemand a annoncé, le 10 novembre, la signature d'accords de collaboration avec quatre partenaires nord-américains : l'école de médecine Icahn de Mount Sinai (New York), le Massachusetts General Hospital (Boston), l'Institut de recherche Scripps (La Jolia, Californie) et Weill Cornell Medicine (New York). Dans le domaine des maladies inflammatoires de l'intestin (inflammatory bowel disease, IBD), ces partenariats ont pour objectif « d'identifier et valider de potentielles nouvelles cibles thérapeutiques ainsi que d'identifier des biomarqueurs qui offrent le potentiel pour répondre aux importants besoins médicaux non satisfaits des patients souffrants d'IBD, comme la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse », selon Boehringer Ingelheim. Avec l'école de médecine new yorkaise, la collaboration portera sur les mécanismes de la réponse immunitaire adaptative et innée, qui peuvent être uniques pour la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse. Boehringer devrait bénéficier de l'accord avec le Massachusetts General Hospital pour développer ses capacités de screening. Avec l'institut de recherche Scripps, le groupe allemand entend obtenir une meilleure compréhension du rôle d'enzymes bactériennes spécifiques. Enfin, le groupe et le Weill Cornell Medicine mèneront conjointement un programme de recherche translationnelle et préclinique concernant « certains processus cellulaires définis et des cibles qui régulent le maintien de la barrière de la muqueuse intestinale chez les patients sains et ceux atteints d'IBD », selon Boehringer.

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