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R&D : Servier « booste » sa recherche grâce au partenariat

Sylvie Latieule
R&D : Servier « booste » sa recherche grâce au partenariat

Servier emploie 2200 collaborateurs en R&D.

© Servier

Le numéro deux français de la pharmacie poursuit la transformation de ses activités de recherche. En menant une stratégie d'innovation centrée sur 5 axes majeurs et une politique dynamique de partenariat, il cherche à accélérer le temps de la recherche et de mise sur le marché afin de répondre au mieux aux attentes des patients.

tion de la R& D de Servier est en train de prendre ses marques. Au coeur du nouveau dispositif, le groupe pharmaceutique, désormais piloté par une fondation, a recruté Claude Bertrand. Doté d'un profil international avec des expériences chez Novartis, Roche, Pfizer et AstraZeneca, puis un poste de vice-président exécutif R& D et de directeur scientifique chez Ipsen, il a été promu, en mars dernier, directeur de la R& D. À terme, il est destiné à prendre la succession d'Emmanuel Canet, actuel vice-président exécutif R& D du groupe Servier.

Parmi les temps forts de cette nouvelle organisation, on retiendra une focalisation sur un nombre plus réduit de projets. Certes, le groupe Servier reste présent sur 5 aires thérapeutiques - maladies cardiovasculaires, diabète, cancers, maladies immuno-inflammatoires et maladies neuropsychiatriques. Un champ d'action encore bien vaste pour le numéro deux français de la pharmacie qui, avec ses 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, ne se classe qu'au 30e rang mondial. Mais Claude Bertrand s'empresse d'ajouter qu'au sein de ces cinq domaines, Servier a choisi de se positionner sur des pathologies extrêmement précises, justifiant ses choix par des besoins patients non satisfaits. Par exemple, en cardiovasculaire, le groupe travaille essentiellement sur l'insuffisance cardiaque, en diabétologie sur les complications de la maladie, en immuno-inflammation sur le lupus... Et dans le même temps, les candidats-médicaments sont sélectionnés sur la base de leurs mécanismes d'action qui doivent pouvoir s'appliquer à d'autres pathologies. Une astuce pour élargir ensuite le portefeuille et accélérer l'accès à l'innovation qui est un des grands défis de Servier. À ce jour, le groupe revendique 19 molécules en développement clinique. « C'est un portefeuille riche et actif », estime le directeur de la R& D qui souligne également la prédominance des projets en oncologie avec 9 molécules, testées dans 8 phases I et 3 phases III. D'ailleurs, 50 % du budget de R& D, qui avoisine le milliard d'euros (25 % du CA), seront consacrés à l'oncologie, à l'avenir. En complément, la volonté du groupe est aussi de s'inscrire dans la santé numérique, en développant des solutions de e-santé qui soient en synergie avec les axes thérapeutiques et les médicaments. La création, en novembre 2016, de la direction WeHealth by Servier, qui a pour mission d'investir le champ de la santé connectée, illustre cette ambition.

 

Mutualiser les ressources

 

Une autre grande caractéristique de la recherche de Servier, c'est son approche partenariale. « Notre objectif est d'avoir accès à des expertises différentes des nôtres pour enrichir notre portefeuille de molécules et de mutualiser les ressources pour accélérer le lancement de médicaments », explique Éric Falcand, vice-président development and licensing. Jusque-là, rien de différenciant par rapport aux autres groupes pharmaceutiques. Mais Éric Falcand évoque un « réseau dense » de plus de 50 partenariats actifs et une « gouvernance interne plus agile », du fait de la taille du groupe, ni trop grand ni trop petit. Puis, il insiste sur les bonnes capacités d'« alliance management » de son groupe (en français, gestion de la relation avec un partenaire). Éric Falcand explique que, dans l'industrie pharmaceutique, 50 % des partenariats échouent en raison d'un dysfonctionnement dans la relation. « Nous avons mis en place des capacités d'"alliance management" pour que le résultat soit au bout du chemin », a-t-il ajouté.

Enfin, la troisième particularité de la recherche de Servier, c'est son ancrage fort sur le territoire français. « Nous pensons qu'il existe un environnement extrêmement riche et de grande qualité. L'idée est d'utiliser ce terreau », poursuit Claude Bertrand. C'est ainsi que le groupe s'est engagé dans le regroupement de 600 de ses chercheurs - en provenance de Suresnes et de Croissy (deux sites qui seront fermés) et d'Orléans - dans un tout nouveau centre de recherche en cours de construction à Saclay (Essonne). Il pourra accueillir à terme 800 chercheurs, sur un total de 2 200 collaborateurs en R& D. « C'est une opportunité pour la France de se repositionner d'ici à 2030-2035 parmi les grands clusters mondiaux de la pharmacie, comme celui de Boston », ajoute le directeur de recherche. D'une superficie d'environ 45 000 m2, le bâtiment représente un investissement de l'ordre de 260 millions d'euros.

 

L'« open innovation » encouragée

 

Ce centre sera résolument tourné vers l'« open innovation » et doté des meilleures technologies. Il comprendra des laboratoires, des salles projets ainsi qu'un hôtel à projets qui accueillera des start-up et des projets innovants du monde entier. « Saclay est un pari qui célèbrera le mariage des sciences de l'ingénieur et des sciences de la vie. Nous avons déjà des activités à Saclay avec une unité mixte de recherche avec le Synchrotron et des collaborations avec le CEA. Notre rêve est que soit installé un centre hospitalo-universitaire », complète Claude Bertrand.

Bien entendu, le groupe Servier ne boude pas l'international. « Il faut s'ouvrir géographiquement et investir dans les grands clusters mondiaux », ajoute Claude Bertrand, annonçant l'ouverture de bureaux à Boston et San Francisco (États-Unis) et Cambridge (Royaume-Uni) ou encore Melbourne (Autralie)pour être au plus près de ses partenaires actuels et futurs. Ce « scouting » technologique dans le monde anglo-saxon s'ajoute à une présence déjà effective en Asie.

Focus oncologieLA THÉRAPIE CELLULAIRE POUR LUTTER CONTRE LES CANCERS

Servier est associé à Cellectis et Pfizer pour le développement d'UCART19 dans le traitement des leucémies lymphoblastiques aiguës en rechute ou réfractaires chez l'adulte et l'enfant. L'objectif est de développer une nouvelle génération de traitements en immuno-oncologie, fondée sur des cellules T allogéniques provenant de volontaires sains (par opposition aux cellules T autologues qu'il faut purifier quand elles proviennent des patients). L'intérêt est de pouvoir industrialiser la production de ces cellules pour proposer un produit « prêt à l'emploi ». Le candidat médicament a obtenu aux États-Unis le statut de nouveau médicament expérimental en mars 2017. En février 2014, Servier a acquis les droits exclusifs pour UCART19 auprès de Cellectis. En 2015, le groupe a cédé à Pfizer les droits exclusifs pour développer et commercialiser la thérapie aux États-Unis tout en conservant les droits exclusifs pour tous les autres pays.

Focus oncologieDES INHIBITEURS DE « CHECKPOINTS » POUR CONTRÔLER LES TUMEURS

Depuis janvier 2017, Servier est allié à Pieris Pharmaceuticals pour proposer une série de nouvelles molécules dont plusieurs anticorps bispécifiques, modulateurs de « points de contrôle » immunologiques aussi appelés « checkpoints ». Le système immunitaire agit par tout un ensemble de « checkpoints » qui activent ou inhibent le système immunitaire. Les cellules cancéreuses se protègent en leurrant et en bloquant, au niveau de ces « checkpoints », les cellules du système immunitaire qui ne sont plus à même de les identifier comme dangereuses et de les détruire. Or les chercheurs ont identifié, depuis plusieurs années, des anticorps monoclonaux appelés « inhibiteurs de checkpoints », capables d'empêcher les tumeurs de se soustraire au système immunitaire. L'excellente efficacité clinique de ces inhibiteurs est toutefois limitée car une grande majorité des patients ne répond pas aux thérapies disponibles. La technologie de Pieris, particulièrement innovante, permet de coupler deux anticorps qui bloquent simultanément différents « checkpoints » sur la même cellule. Ce qui augmente significativement l'efficacité du traitement.

Focus sclérose en plaquesUNE APPROCHE CIBLANT LA MALADIE PLUTÔT QUE LES SYMPTÔMES

Signé en novembre 2014, l'accord entre GeNeuro et Servier porte sur une approche innovante qui permet de s'attaquer à la maladie en amont de la neuro-inflammation et de la neurodégénérescence, alors que les traitements actuels ciblent la neuro-inflammation et les symptômes en aval, sans s'attaquer à la cause. Pour cela, les partenaires travaillent au développement d'un anticorps monoclonal dirigé contre pHERV-W Env, une protéine toxique agissant en amont de la neuro-inflammation et de la neurodégénérescence, présente chez les patients atteints de sclérose en plaques. Au terme des études cliniques de phases I et II, Servier pourra exercer l'option de licence du produit pour tous les marchés, à l'exception des États-Unis et du Japon. Les résultats à 6 mois de l'étude de phase IIb ont confirmé le bon profil de sécurité. Des études sur 12 mois devraient renseigner sur l'efficacité.

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