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Protéger l'opérateur et le produit par le traitement de l'air

Florence Martinache

LES TECHNOLOGIES D'ÉLIMINATION DES POLLUANTS

Patrice Blondeau, du laboratoire des sciences de l'ingénieur pour l'environnement (LaSIE) de l'Université de La Rochelle a ainsi passé en revue différentes technologies d'élimination des polluants et leurs caractéristiques. Elles s'appuient sur deux principes : la captation (filtration) ou la destruction. Pour la filtration des polluants gazeux, les matériaux d'adsorption physique, comme le charbon actif, posent le problème d'un temps de saturation variable suivant les polluants, il est donc difficile de prédire quand ils doivent être changés. Côté destruction, le rayonnement UV germicide (les UVC détruisent les branches d'ADN) ont une bonne efficacité pour éliminer les bactéries, beaucoup moins bonne pour les champignons, et leur utilisation pour détruire les virus est controversée. L'ionisation négative de l'air a elle aussi un effet bactéricide et sporicide, elle permet également la minéralisation des COV. Il faut cependant prendre garde à ne pas adopter un système à trop fort voltage car il y a alors un risque de produire de l'ozone. Pour compléter l'action biocide, des revêtements contenant des ions argent, pour les gaines et autres composants, existent et ont un effet bactéricide efficace pendant 10 à 15 ans d'après les fabricants.

Protéger l'opérateur et le produit par le traitement de l'air

LE COLLOQUE DE L'ASPEC SUR LE TRAITEMENT DE L'AIR S'EST TENU LE 20 MARS À PARIS

© © Aspec

Généralement dévolu à la lutte contre la contamination, le traitement de l'air joue aussi un rôle dans la protection de l'opérateur. Il faut donc bien choisir le système selon le dessein servi.

Le 20 mars l'Aspec (Association pour la prévention et l'étude de la contamination) organisait un colloque sur la thématique « Évolution des traitements d'air en salle propre et émergence des technologies d'épuration de l'air intérieur ». Au cours des diverses conférences, les intervenants ont rappelé les technologies existantes et les normes réglementaires en vigueur. Un retour d'expérience relatif à une zone de confinement de la pénicilline a notamment montré le rôle du traitement de l'air dans la protection des opérateurs et de l'environnement contre le risque biologique. Dans la ZAC confinée dite « Péniciline » des laboratoires Merial à Toulouse, une problématique a imposé sa loi pour la mise au point du traitement de l'air. « Comme toute substance thérapeutique, la pénicilline présente des effets thérapeutiques mais également des effets secondaires plus ou moins graves dont les allergies », explique Olivier Chancel, chef de la performance et du support pharmaceutique du site. Il faut donc éviter que le personnel en respire et que l'air rejeté à l'extérieur en contienne, le tout en protégeant la pénicilline des contaminations. « Si l'on veut se protéger de la pénicilline, il faut diminuer la protection contre la contamination microbiologique et réciproquement », résume Olivier Chancel. Il a donc été nécessaire de trouver un compromis, puis de l'améliorer au cours du temps via les retours du terrain. Le bâtiment entier est presque entièrement en sous-pression vis-à-vis de l'extérieur, chaque salle présentant une différence de pression avec sa voisine. Cela afin de créer deux flux d'air « opposés » : l'un pour le confinement de la pénicilline, l'autre pour maîtriser la contamination biologique. Le remplissage aseptique se fait dans une cabine confinée ouverte, elle-même située dans une salle en surpression par rapport à celle d'à côté, de manière à évacuer les contaminations microbiologiques. Dans cette cabine, une veine de garde et une vitre protègent l'opérateur en plus des protections qu'il porte sur lui et un flux laminaire préserve le produit de toute contamination. Enfin, dans le circuit d'air dédié à la pénicilline, des filtres HEPA H14 retiennent la pénicilline, de sorte qu'il n'y en ait pas dans l'air rejeté à l'extérieur.

Durant le colloque, Alain Ginestet du CETIAT (Centre technique des industries aérauliques et thermiques) a pour sa part centré son exposé sur les filtres, éléments incontournables du traitement de l'air. On retiendra que la réglementation évolue. Un programme de certification des filtres est en place depuis quelques années. « Et plus récemment, en 2011, il y a un classement énergétique des filtres qui va servir de base à des travaux ISO. [... ]Lidée de ce classement est d'avoir la démarche suivante : pour une application donnée, on a besoin d'un filtre d'une efficacité donnée et à l'intérieur de cette classe d'efficacité, on va pouvoir choisir le filtre qui, à l'intérieur d'une installation, va produire la consommation d'énergie la plus faible », détaille Alain Ginestet.

Pour la mise en œuvre du système complet, on peut opter pour une centrale d'air ou choisir d'installer des FFU (Fan filter unit), des caissons de filtration autonomes qui permettent de concevoir des zones à empoussièrement contrôlé sans avoir à mettre en œuvre une centrale de traitement d'air. Ces systèmes sont apparus dans la conception des salles blanches à la fin des années 1990 d'après Eric Fitoussi. « On estime qu'à ce jour, la part des FFU dans la conception des salles blanches représente environ 15 % des cas en France, avec une progression plus nette dans les pays anglo-saxons », précise-t-il. L'intérêt de ces caissons est la modularité dans l'espace et dans la classe d'empoussièrement. Leur installation et leur maintenance sont simples, une panne n'imposant pas l'arrêt de la salle entière. Enfin, leur coût les rend économiques par rapport à une centrale de traitement d'air. Un point noir en revanche: « le bilan énergétique est assez mitigé, notamment pour les salles blanches à flux unidirectionnel », tempère Eric Fitoussi.

Toutes ces discussions ont enfin été l'occasion pour l'Aspec de présenter son nouveau guide « Les réseaux aérauliques : conception et maintien propreté » (refonte d'un premier guide Aspec « Maintien en propreté des réseaux aérauliques », publié en 2004). L'une des nouveautés du guide est la proposition de seuils de propreté pour les réseaux aérauliques. « Nous avons essayé de fixer des résultats que pouvaient tenir les entreprises », explique Valérie Jourquin, co-animatrice du guide. Cependant, c'est « à l'utilisateur de définir ce dont il a besoin et d'en discuter avec son prestataire », rappelle-t-elle, d'où l'importance du cahier des charges soulignée par le guide.

Le système aéraulique est un outil ambivalent qui doit être adapté à l'usage auquel il est destiné. Il est donc nécessaire de bien définir les besoins avec le prestataire au départ. Tous les outils techniques sont là et les instruments normatifs sont en chemin.

 

C'est « à l'utilisateur de définir ce dont il a besoin et d'en discuter avec son prestataire », (Valérie Jourquin).

 

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