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Proconseil : Libérez les directeurs d'usine !

La rédaction

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Les chroniques de Gilbert Lippmann - président de Proconseil

Connaissez-vous le diabolo ? Vous savez, ce jeu qui consiste à envoyer en l'air avec deux bâtons et une corde, un objet qui tourne. Un objet constitué de deux jupes retournées autour d'une gorge servant à le piloter ; peut-être même y avez-vous joué...

Eh bien, la gorge de nos entreprises industrielles, je la situe au niveau des directeurs d'usine, et la ficelle ressemble de plus en plus à un noeud coulant leur enserrant le cou...

Je m'explique. Sous l'effet de l'extrême imprévisibilité des marchés, les usines ont modifié leur système de décision. Les organisations en équipes autonomes ou libérées attestent ainsi d'un très fort mouvement de décentralisation. Elles installent la prise de décision à des niveaux qui feraient frémir Taylor, ainsi que des hiérarchies plus courtes au service de ces équipes. La première jupe de notre diabolo est donc ainsi tracée : elle tourne autour du pouvoir de décision octroyé aux acteurs du terrain.

Paradoxalement, au niveau des instances de gouvernance Corporate, en raison de l'accentuation de la financiarisation des entreprises et de l'essor des organisations matricielles, la centralité s'est renforcée, aspirant vers le haut responsabilités et décisions. Et parce que les directions financières haïssent plus que tout le risque, les budgets se sont retrouvés scannés à la loupe, rabotés, asséchés, là où, il y a quelques années encore, se trouvaient logés quelques « buffers » favorisant décision rapide, action ou réaction locales. Aujourd'hui, dans cet univers d'imprévisibilité, chaque sujet demande à ce qu'il en soit référé plus haut ! La deuxième jupe du diabolo est ainsi tracée : elle tourne autour des responsabilités « reprises » par le Corporate.

Et voilà comment la corde, celle censée faire du directeur d'usine le centre névralgique des décisions opérationnelles, se resserre sur sa fonction. D'un côté, la très grande délégation de responsabilité qui fait reposer les décisions sur ses équipes. De l'autre, une centralité qui diminue ses moyens d'action. Petit à petit, de véritables créateurs locaux qu'ils étaient, hommes et femmes de décision et d'action, les directeurs d'usine deviennent des gestionnaires trop centrés sur des tâches administratives et de reporting.

Si les acteurs du terrain méritent de décider, il est temps de rendre aux directeurs d'usine ce même pouvoir ! Ils retrouveront alors le goût et la possibilité d'oser, en un mot, la qualité unique de l'entrepreneur. À la réflexion, le diabolo n'est pas qu'un art de la jonglerie...car, mal contrôlé, il peut devenir un mauvais tour de passe-passe : alors, libérons les directeurs de nos usines !

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