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Polepharma soutient une vision industrielle de souveraineté qui récompense le made in France

Sylvie Latieule
Polepharma soutient une vision industrielle de souveraineté qui récompense le made in France

© Polepharma

Depuis plusieurs années, Polepharma alerte sur les conséquences néfastes d’une perte de souveraineté de la France en matière de santé. Avec les enseignements de la crise du Covid-19, le cluster pharmaceutique espère que les pouvoirs publics sauront prendre des mesures de reconquête de souveraineté, même si le secteur pharmaceutique participe remarquablement à la gestion de la crise. Détails avec Fabien Riolet, directeur général de Polepharma.

Polepharma est le premier cluster pharmaceutique d’Europe qui regroupe 53% de la production pharmaceutique française, avec ses 272 adhérents. A ce titre, avez-vous des nouvelles de l’industrie française du médicament ?

Jusqu’à présent l’industrie pharmaceutique a bien tenu le coup. Malgré la crise sanitaire, les sites de production pharmaceutique ont pu continuer de tourner avec un taux de présence des collaborateurs de 75 à 85% en zone de fabrication. La production de médicaments, à la fois pour soigner le Covid-19, mais également les maladies chroniques habituelles, a été globalement maintenue, même si elle a un peu ralenti. Bien entendu, les entreprises ont dû mettre en place des gestes barrières et des mesures de distanciation. La généralisation du port du masque a figuré très tôt dans les attentes des salariés du secteur. Des mesures de télétravail ont aussi été prises pour les personnels travaillant dans les services administratifs. 

Quelle est la situation au niveau des fournisseurs de l’industrie pharmaceutique ?

Effectivement dès la deuxième semaine de confinement des inquiétudes sont apparues au niveau des fournisseurs, tels que les transporteurs, mais aussi les équipementiers ou les fournisseurs de services, en particulier lorsqu’ils travaillent pour plusieurs secteurs industriels. Même si certains projets d’ingénierie, de maintenance ou d’achats d’équipements ont pu être reportés, il y a toujours des besoins. Or à Val-de-Reuil par exemple, il y a des entreprises, en particulier des TPE/PME, qui travaillent pour le secteur de la pharmacie mais aussi pour celui de l’automobile. Quand Renault a décidé de fermer ses usines, on a craint que cela mette en difficulté ces petites entreprises et pénalise le secteur pharmaceutique. Finalement ces inquiétudes ont été levées et nous avons pu préserver l’ensemble de la chaîne de valeur.

Avez-vous des nouvelles particulières de la chimie fine ?

Globalement, les industriels de la pharmacie disposent de suffisamment de stocks de matières premières pour poursuivre leurs fabrications. On a surtout observé des tensions sur l’alcool rentrant dans le processus de fabrication de certains médicaments comme le paracétamol. Du côté des chimistes, les sollicitations de laboratoires se sont accélérées pour commencer à mettre en place des doubles sourcings. Il faut aussi souligner que la filière s’est fortement mobilisée à travers la fabrication de gels hydroalcooliques et de nombreux dons à destination des personnels de santé. Tout ceci nous a amenés à lancer une campagne sur le réseau social LinkedIn pour mettre en avant les salariés de production qui ont continué à se rendre à l’usine, conscients de leur responsabilité. Ils ne sont pas en première ligne comme le personnel médical mais si on file la métaphore présidentielle, ils incarnent l’effort de guerre sur lequel comptent les soignants - et les patients. Si la production s’était arrêtée, la situation aurait été plus critique encore.

Quels sont les chantiers lancés par Polepharma pendant cette période de confinement ?

Nous avons mis en place une réunion de crise hebdomadaire réunissant une quarantaine de sites industriels pour permettre à leurs patrons ou pharmaciens responsables d’échanger sur leurs plans de continuation d’activités et les bonnes pratiques à adopter. Cela se fait par le biais d’une conférence téléphonique hebdomadaire. Nous avons lancé un même type d’action à destination de responsables des ressources humaines pour les aider dans l’accompagnement des collaborateurs, la gestion du stress ou les mesures d’accompagnement de l’activité. Nous avons également été sollicités par les pouvoirs publics pour les aider à identifier des sites industriels qui pourraient produire en urgence des médicaments stratégiques. Au cours des deux premières semaines de confinement, nous avons aussi joué un rôle d’intermédiaire dans la fourniture de matériels – blouses, masques, gants… - pour les hôpitaux ou les Epahd  qui venaient nous solliciter. Ces demandes se sont un peu tassées. En revanche, la région Normandie a passé une commande de 3 millions de masques et elle nous a sollicités pour identifier les entreprises de notre filière qui en avaient besoin. Nous allons donc nous occuper de la distribution pour le compte de la région.

Avec cette crise, le sujet de la souveraineté en matière de santé que vous portez depuis de nombreuses années est revenu sur le devant de la scène. Avez-vous bon espoir pour qu’il aboutisse enfin ?

Effectivement cela fait plusieurs années que nous dénonçons la mise en risque de la France en matière de souveraineté de santé qui a eu pour conséquence une désindustrialisation et d’importantes ruptures de médicaments. Pas plus tard que l’an dernier, nous avions organisé un grand colloque sur le sujet aux Invalides. Le Sénat s’était aussi mobilisé par un Rapport parlementaire extrêmement lucide et clairvoyant. Aujourd’hui, nous sommes déjà en train de réfléchir sur la façon dont nous allons nous mobiliser une fois que la crise sera passée. Il faut absolument que l’Etat ait une vision industrielle de souveraineté à long terme qui récompense le made in France. La pharmacie a souffert ces dernières années de la mise en place de plans d’économie dans le cadre des PLFSS, mais également de surenchères sur le plan environnemental lors de la transposition de normes européennes. La vision court-termiste, héritée d’une philosophie de mondialisation heureuse, a fait dégringoler la France en matière de production de médicament sur les dix dernières. Néanmoins ce n’est pas une fatalité. Un plan de relance de la production des principes actifs et des médicaments (particulièrement génériques, dont l’hémorragie vers l’Asie commence), suivi de 3 ou 4 ans de soutien volontariste aux investissements, ainsi que de conditions économiques récompensant le made in France, pourrait nous permettre de remonter dans la hiérarchie européenne aux côtés de l’Italie, de l’Allemagne ou de la Suisse, qui n’ont jamais renoncé à leur industrie.

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