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« Polepharma s'est imposé comme un acteur légitime de la filière »

Créé en 2002, le cluster s'est positionné comme une référence de la filière pharmaceutique au sein du territoire Centre-Val de Loire, Normandie et Île-de-France. Rencontre avec Guillaume Clément, son président, et Fabien Riolet, son directeur général.

Industrie Pharma : La dernière Assemblée générale s'est tenue le 12 mai à Dreux. Pouvez-vous nous donner les derniers chiffres sur le Cluster ?

Guillaume Clément : Cette année encore, nous constatons que nous avons de plus en plus d'adhérents. Sur les régions Centre, Normandie et Île-de-France, nous comptons près de 150 adhérents, avec plus de 200 sites couverts. Polepharma affiche un ancrage de l'industrie pharmaceutique de toutes les tailles. Nous avons ainsi les gros groupes avec Sanofi, GSK, Merck, Novo Nordisk, mais aussi les middle pharma avec Servier, Ipsen... et les entreprises plus petites comme Norgine, Leo Pharma et Ethypharm. Et au-delà des grands donneurs d'ordre, nous comptons également de gros façonniers avec Famar et Delpharm, notamment. Les sites pharmaceutiques représentent environ un tiers de nos adhérents. Et, au niveau des fournisseurs, Polepharma compte tous les types possibles, de la matière première aux cartons et emballages, ou la distribution, en passant par la formation comme l'IMT et les universités. Polepharma fédère les usines pharma et tout leur écosystème amont et aval, en faisant une filière verticale intégrée. C'est ça qui fait que le cluster est la plus importante concentration d'industries de santé en Europe.

 

L'implantation de Polepharma dans les territoires est également importante.

G. C. : Dans le cluster, il y a effectivement les organisations représentatives, professionnelles comme le Leem, mais aussi les territoires. Le lien filière/territoire fait partie de l'ADN de Polepharma. Si nous voulons pouvoir intégrer l'ensemble de la filière et les territoires, l'ancrage local de Polepharma est important : la proximité entre les acteurs est gage du succès de « l'ébullition collaborative » propre au cluster.

 

Fabien Riolet : Les territoires jouent un rôle notamment sur la politique de formation. Ils nous accompagnent pour la mise en place de formations pour le personnel en poste mais aussi pour les futurs employés. Cela offre la capacité de trouver du personnel formé sur nos territoires. Il s'agit d'un véritable avantage compétitif.

 

Vous nous indiquez que le nombre d'adhérents est en augmentation. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

G. C. : Polepharma s'est imposé, ces dernières années, comme un acteur légitime et incontournable. Dès qu'il y a des nouvelles initiatives sur l'emploi, la compétitivité ou un besoin d'échange et de coordination, nous sommes toujours impliqués dans les discussions. Et la qualité des actions et l'engagement des équipes apportent de la valeur ajoutée aux adhérents. La conjoncture a un impact également. Les gens se rendent bien compte que dans un contexte difficile, il faut être acteur, coopérer et avoir une ambition commune. La concurrence n'est pas entre les usines du cluster, mais dans le reste du monde !

 

Quelle est la situation de la filière dans vos régions ?

G. C. : En termes de tendance, une étude de Centreco montre que l'emploi au sein de la filière est globalement stable. Nous nous en sortons plutôt mieux que le reste de l'industrie dans la région. C'est plutôt encourageant. Du côté des investissements, nous sommes sur des montants stables sur le territoire de Polepharma. Attention néanmoins à la conclusion un peu hâtive. Nous sommes plutôt sur des investissements d'adaptation, réglementaires et moins sur des investissements de développement. C'est une grande bataille pour nos adhérents de défendre leur site pour être toujours compétitifs et à la page en termes réglementaires. De même, en termes d'emploi, nos sites, en particulier sur le territoire de Polepharma, sont en majorité des sites matures autour des formes sèches chimiques. Ces produits matures sont les plus menacés par les déremboursements et les baisses de prix... Ainsi, la vision présente du secteur pourrait paraître positive, mais les indicateurs amènent à la vigilance et à la mobilisation pour l'avenir.

 

Avec la reprise des discussions du Contrat stratégique de la filière santé et la réunion plénière du Comité stratégique de filière fin mai, quels vont être les axes stratégiques portés par le cluster ?

G. C. : Nous avons la conviction que l'industrie pharmaceutique et ses territoires d'implantation ont un destin lié. Du point de vue des territoires, la filière pharma est un contributeur majeur et indispensable. Et du point de vue de la filière, la sauvegarde et le développement futurs ne sauraient avoir lieu sans une mobilisation des territoires pour porter nos enjeux au niveau national. Cela nous a permis de définir plusieurs grands dossiers. Le premier est de promouvoir la fabrication du médicament en France. Il est essentiel pour les entreprises produisant en France que cela se voit dans leurs comptes de résultats. Nous avions pensé à un crédit d'impôt production sur le modèle du crédit impôt recherche. Nous comprenons la difficulté de créer un dispositif qui concernerait toutes les industries dans le contexte économique général. En revanche, nous voulons agir sur la possibilité d'alléger certaines des multiples taxes spécifiques à la pharmacie, quand l'industrie produit en France. Cette mesure sera portée dans le groupe de travail Csis sur l'attractivité, dans lequel je représenterai Polepharma.

 

Votre 2e proposition concerne les génériques. Pouvez-vous détailler cet axe de travail ?

G. C. : Il est essentiel de développer une véritable filière de fabrication du générique en France. Sur l'ensemble des génériques consommés en France, seuls 30 à 40 % sont fabriqués dans l'Hexagone. Aujourd'hui, la loi française interdit de fabriquer en France avant que le brevet soit dans le domaine public. Le Csis 2007 a levé certains points de blocage. Sur le papier, ce dispositif était intéressant. Mais en réalité, de très rares accords ont été signés entre des génériqueurs et des laboratoires. Cela reste tout à fait marginal. Il va falloir aller plus loin et être plus efficace. Ce sujet s'avère compliqué mais décisif pour conserver les volumes de production en France et, par voie de conséquence, les sites et emplois associés.

 

Quel est le thème de votre 3e axe de proposition ?

G. C. : Notre 3e axe concerne la reconnaissance de la valeur économique et sociétale de la filière pharmaceutique. Si on voit le médicament uniquement comme source de dépense, on perd la majeure partie de sa valeur sociétale. Selon plusieurs études, un emploi direct dans l'industrie pharmaceutique peut générer 2, 3 voire 5 emplois en France. Il faut avoir en tête cette valeur économique et sociétale dans les réflexions que peuvent avoir nos autorités. Ce sujet n'est pas encore dans les axes prioritaires de cette année mais on commence déjà à aller vers une approche médico-économique plutôt que purement comptable. Nous souhaitons aller plus loin. Ce sont des valeurs que nous portons au long court.

 

Polepharma a annoncé au printemps avoir complété son offre de services avec, aujourd'hui, 32 services. Quelles sont les nouveautés ?

F. R. : Les grandes nouveautés concernent toujours des actions pour que nos usines soient toujours plus compétitives. Nous avons initié deux grands cycles sur deux ans. En premier lieu, un cycle de workshop Compétitivité intitulé Diag by Polepharma, lié à l'échange d'expertises, sur site industriel. Ensuite, un cycle intitulé Opex by Polepharma. Il s'agit de travailler en profondeur sur l'excellence opérationnelle, pour recenser les meilleures bonnes pratiques sur ce thème. Autre nouveauté, l'organisation des 1res rencontres RH Polepharma à Paris, le 30 juin. Le talent de nos collaborateurs représente un de nos avantages compétitifs. Nous organisons un colloque sur ce thème. L'originalité de toutes ces actions est qu'elles sont toujours conçues et pilotées par les industriels adhérents, et qu'à chaque fois, nous sommes accompagnés par des cabinets partenaires de premier plan (ProConseil, Algoé, KL Management) pour apporter méthodologie, capitalisation et densité aux journées de travail et d'échanges. Signalons aussi le lancement au printemps de notre magazine Effervescence.

 

Cette année, vous mettez également l'accent sur le domaine des biotechnologies. Pourquoi ce nouvel axe ?

G. C. : Sur les dernières années, moins de 5 des molécules approuvées au niveau européen seront fabriquées sur un site français. Il nous faut donc comprendre et agir pour retrouver de l'attractivité et attirer de nouvelles molécules sur le territoire. Et elles sont le plus souvent issues des biotechnologies. Il faut prendre le virage des biotechs. Sur le territoire de Polepharma, nous sommes probablement un peu plus en retard que d'autres territoires français, alors même que le berceau de la médecine vaccinale est à Tours ! Il est important de commencer à développer des compétences. Nous regardons comment développer des passerelles aca-démiques/industriels dans le domaine des biotechs, quelles seront les étapes de production de demain, ce que cela demande en compétences et en investissements... C'est aussi le rôle de Polepharma.

 

F. R. : Si nous voulons devenir des acteurs de la bioproduction demain, il y a un triptyque gagnant : R&D ; capacité de nos usines à répondre à ces nouvelles technologies et formation. Nous n'allons pas prendre la décision à la place des groupes, mais nous devons cultiver notre terre fertile pour favoriser les décisions et les investissements. Sur la R&D, nous nous appuyons sur des forces incontestables comme le LabEx MAbImprove. Du côté des usines, nous allons les aider à se tourner vers ces nouvelles technologies, y compris plus de formes injectables. Et pour la formation, le cluster compte plusieurs plateaux de formation, ceux de l'IMT. Avec ces trois points du triangle, notre rôle est d'aider le monde académique à rencontrer le monde industriel, provoquer les collaborations... Sur ce thème, nous avons répondu à l'appel à projet ARD 2020 Biomédicaments de la région Centre-Val de Loire, ce qui nous a permis de recruter une collaboratrice dédiée à ce sujet et d'ouvrir une antenne à Tours.

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