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Phytothérapie : un marché français porteur

Raphaëlle Maruchitch

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Puisant dans des origines ancestrales tout en tirant profit de la médecine moderne, la phytothérapie représente aujourd'hui en France un marché solide, aux perspectives attrayantes.

Les plantes ont de nombreuses vertus, en particulier curatives ; elles ont pour ainsi dire constitué les premiers médicaments. De nos jours, les médicaments « dont les substances actives sont exclusivement d'origine végétale » sont regroupés sous le nom de phytothérapie, d'après la définition de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). En pratique, « on retrouve la plupart de ces produits d'extraction naturelle dans la gamme des compléments alimentaires », nous apprend le docteur Jean-Christophe Charrié, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet dont Se soigner toute l'année au Naturel (Éd. Prat). Ils peuvent être délivrés sans prescription mais sont naturellement soumis à réglementation (voir encadré). Toutefois, la phytothérapie est un secteur dont l'image est encore aujourd'hui ambivalente auprès des consommateurs, qu'ils opposent parfois à la médecine moderne. Pourtant « la phytothérapie n'a rien à voir avec la chimie, ce sont des outils thérapeutiques complémentaires qui augmentent la performance du médecin », rappelle Jean-Christophe Charrié, par ailleurs membre de la Société internationale de médecine et de physiologie intégrative (Simepi) (1). « La plante médicinale, utilisée au bon dosage, respecte la physiologie de l'organisme, poursuit-il. Les connaissances modernes ont déterminé que la plante médicinale avait des propriétés endocriniennes et neuro-végétatives qui complètent ses propriétés symptomatiques déterminées par la tradition depuis plus de 7 000 ans, puis par la pharmacognosie. » La phytothérapie tire ainsi ses enseignements d'années de pratique. « En règle générale, les AMM délivrées par l'ANSM sont fondées sur un usage médical bien établi depuis au moins 10 ans en France ou dans l'Union européenne (UE), définit l'Agence du médicament. Ceux qui ne satisfont pas à ces critères d'obtention mais qui répondent aux critères définis pour l'usage traditionnel, utilisation à des fins médicales depuis au moins 30 ans dont au moins 15 ans au sein de l'UE, font alors l'objet d'un enregistrement de médicament traditionnel à base de plantes ».

 

L'automédication, source d'économie

 

La phytothérapie semble désormais prendre le virage de la modernité. « En utilisant la phytothérapie de façon moderne en fonction des connaissances de la science d'aujourd'hui, nous avons devant nous une médecine d'avenir prometteuse de résultats incroyables pour un moindre coût, si seulement on lui donne les moyens d'exister », résume Jean-Christophe Charrié. « 40 % des Français ont recours aux médecines naturelles » (3), indique Annabell Cravo, chef de groupe Phytothérapie/Aromathérapie pour la marque Naturactive des Laboratoires Pierre Fabre, qui fait partie du trio de tête du secteur. L'enjeu économique de la phytothérapie n'est pas des moindres. « Le marché officinal dynamique pèse 9 M d'unités en évolution à +3 % pour 89 M € en évolution à +8 % » (2), renseigne Annabell Cravo (Naturactive). Quant à « l'évolution en achats consommateurs de 2011 à 2014, elle a progressé de 6 % en volume avec une évolution moyenne annuelle de +2 % sur le marché officinal », complète-t-elle. Pierre Fabre revendique toujours aujourd'hui que « la connaissance du monde végétal est une préoccupation majeure » pour le groupe. Le premier médicament du laboratoire français, Cyclo 3 Fort à base de Petit houx, lancé en 1961 et toujours proposé par la marque Naturactive, est d'ailleurs à base de plantes, note Annabell Cravo. « En privilégiant la plante sous toutes ses formes, notre marque présente une offre complète en phytothérapie et aromathérapie. Cette synergie offre au pharmacien - partenaire privilégié de la marque - la possibilité d'un conseil adapté aux nouvelles attentes des patients », détaille-t-elle. D'ailleurs, « 83 % des pharmaciens remarquent une demande plus importante en pharmacie pour les médecines naturelles » et « 88 % des officines en France ont aujourd'hui un rayon dédié aux médecines naturelles dans leur officine », indique Annabell Cravo.

 

Un secteur qui innove

 

Pour continuer sur sa lancée, Pierre Fabre mise sur le renouvellement de ses gammes. En 2015, il a mis sur le marché plusieurs nouveautés. Quatre références de complexes phyto-aroma sont notamment prévues pour septembre 2015. Par ailleurs, le groupe « a obtenu en septembre 2014 la labellisation Origine France garantie pour 56 références de notre gamme de phytothérapie », nous apprend Annabell Cravo. Ce label a pour but de promouvoir le savoir-faire artisanal et industriel français et Naturactive est la première marque à avoir acquis ce label en officine.

De son côté, Bayer HealthCare mise également sur des innovations permanentes. L'activité de sa division dédiée à la médication familiale Bayer Consumer Care, qui englobe les produits de phytothérapie, connaît en France une croissance forte de 4 % en 2014 sur un marché à 0,9 %. La nutrition, secteur riche en produits de phytothérapie, représente par exemple leur deuxième marché. Le groupe se revendique par ailleurs numéro 1 des spécialités de phytothérapie sur le stress et les troubles mineurs du sommeil avec leur spécialité Euphytose. Il a récemment consolidé son activité par l'acquisition de la branche automédication Merck et Co., qui a « renforcé ses capacités d'innovation ». En moins de 10 ans, Bayer Consumer Care a ainsi atteint la seconde place mondiale et revendique l'ambition de « devenir leader dans le domaine de l'automédication » malgré un développement difficile en France, « où il n'a pas encore atteint la maturité des autres marchés européens », d'après le groupe.

Autre exemple témoignant de l'intérêt suscité par la phytothérapie : une transaction emblématique a eu lieu dans le secteur en 2014. Il s'agit du rachat du laboratoire pharmaceutique français Arkopharma, acquis à prix d'or par un fonds d'investissement britannique, Montagu. La transaction s'était faite « pour une valeur d'entreprise de 300 millions d'euros », avaient indiqué Les Échos. Spécialisé depuis 30 ans dans le domaine de la phytothérapie qui génère près des deux tiers de son chiffre d'affaires (196 millions d'euros en 2013), Arkopharma possède un portefeuille de plus de 2 300 références. À l'heure de son rachat, le groupe employait 1 500 personnes et possèdait une part de marché de 17 % en France, qui représente la moitié de ses ventes.

En termes de perspectives, la phytothérapie saura-t-elle tenir la distance ? Jean-Christophe Charrié répond par des chiffres : « Nous estimons qu'il y a sur terre plus de 500 000 plantes, dont la moitié environ ont été répertoriées. L'OMS a relevé que 22 000 plantes avaient un usage traditionnel. Quant à la Pharmacopée française, elle n'en retient que 2 500, et moi-même dans ma pratique, j'en maîtrise au moins 200. Ces chiffres montrent l'étendue des possibles, si l'on se donne les moyens de développer cette approche... ».

 

(1) créée en 2008, la Simepi regroupe essentiellement des médecins et des pharmaciens dont l'objectif est de parfaire les connaissances en endobiogénie, une médecine physiologique et intégrative qui analyse le patient dans son entier et dans son interaction avec son environnement.

(2) chiffres Celtipharm (2015).

(3) dossier « Plantes médicinales, cultivez votre longueur d'avance ! », journal de l'Ordre national des pharmaciens, déc. 2013.

 

40 % des Français ont recours aux médecines naturelles.

 

DIFFÉRENTS STATUTS DE PRODUITS

« Le positionnement en tant que médicament est dépendant de l'indication revendiquée », explique l'ANSM. Ainsi, cela reste au libre choix du demandeur, sachant que « dès lors qu'une action pharmacologique de la plante est démontrée et qu'elle est associée à une indication thérapeutique en lien avec une composition définie, le statut de médicament s'impose ». Et d'informer que « s'il existe des contre-indications, des interactions médicamenteuses, des précautions d'emploi, il est très important que le statut de médicament soit respecté ». On peut par exemple citer le cas du millepertuis, une plante médicinale qui soigne les états dépressifs mais pour laquelle plusieurs articles scientifiques ont rapporté des interactions médicamenteuses. D'où l'existence de plusieurs médicaments à base de millepertuis munis d'AMM. L'ANSM indique par ailleurs qu' « il n'est pas prévu de faire évoluer la réglementation du médicament à base de plantes au niveau européen ou national en dehors des spécificités qui couvrent les aspects de vigilance ou de modification de l'ensemble des dossiers des médicaments ».

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