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Pfizer et Wyeth forment un nouveau mastodonte

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Pfizer et Wyeth forment un nouveau mastodonte

Stratégie Le leader et le numéro 9 de la pharmacie mondiale convolent en justes noces dans le cadre d'une acquisition gigantesque de 68 milliards de dollars. Face à un horizon assombri
par les pertes de brevets de ses blockbusters et la pauvreté de son pipeline, Pfizer emploie les grands moyens en pariant sur les divisions vaccins et biotechnologie de Wyeth.
L'époque des giga-fusions semblait révolue dans la pharmacie. L'industrie du médicament vogue avant tout ces dernières années sur un océan d'acquisitions ciblées et plus modestes que la grande vague de consolidation de la fin des années 90. Déjà auteur de la plus grande acquisition du secteur (plus de 100 milliards de dollars pour Warner-Lambert en 2000, CPH n°94), Pfizer marque une nouvelle fois les esprits en offrant
68 Mrds $ (51,4 Mrds €) pour acquérir son compatriote Wyeth. Financièrement, l'opération, qui a été approuvée par les comités directeurs
des deux groupes, se décomposera en numéraire
(22,5 Mrds $), en échange de titres (23 Mrds $) et en un prêt de 22,5 Mrds $. Prévue pour opérer sous le nom de Pfizer, la nouvelle entité devrait peser 71,3 Mrds $ de chiffre d'affaires annuel, recenser 129500 employés dans le monde, rafler le titre de leader en termes de ventes sur l'ensemble des marchés pharmaceutiques mondiaux, et disposer de 17 médicaments dépassant le milliard de dollars de chiffre d'affaires annuel. Avec ce deal, Pfizer se félicite ainsi de créer la « plus grande société biopharmaceutique mondiale ». Le portefeuille de produits et le pipeline de Wyeth lui permettent notamment de se renforcer considérablement sur le marché des vaccins et des biotechnologies, où il revendique désormais la place de numéro 4 mondial. L'acquisition lui permettrait aussi de devenir leader dans les traitements des maladies cardiovasculaires, de se placer second pour les produits destinés au système nerveux central et les maladies infectieuses, et de mieux se positionner en immunologie, oncologie ou sur la maladie
d'Alzheimer. Autre avantage d'envergure: un meilleur équilibre de ses revenus. Selon le groupe, aucun de ses médicaments ne comptera désormais « pour plus de 10 % du chiffre d'affaires total d'ici à 2012 ». L'antidote idéal à l'épine que représente la fin du règne d'ici à 2011 de Lipitor (atorvastatin) et ses 12,4 Mrds $ de ventes en 2008, soit plus de 25 % du total des revenus de Pfizer l'an dernier.
Pfizer et Wyeth estiment que l'opération, qu'ils espèrent voir se finaliser au troisième ou quatrième trimestre, devrait engendrer des synergies de 4 Mrds $ par an d'ici à trois ans. Des synergies en forme de coupes dans les effectifs administratifs, les forces de ventes, mais aussi les effectifs de R&D et de production. 15 % des effectifs combinés des deux groupes seraient amenés à disparaître, soit plus de 19000 personnes. Selon Les Echos, cinq usines sur un total de 46 seraient également fermées dans les toutes prochaines années. J.B.
3 questions à
Claude Allary, fondateur-associé de Bionest Partners La pharmacie mondiale a-t-elle besoin d'un tel mastodonte ? L'industrie a besoin de se réformer, en diversifiant ses risques ou en finançant la recherche extérieure pour mieux répondre aux conditions du marché. Ici c'est la prolongation de ce que l'on considérait comme la fin d'un modèle. C'est un des derniers contre-exemples. Le grand problème pour la pharmacie c'est le renouvellement des portefeuilles et ce n'est pas forcément en créant une grosse société avec de grosses équipes que la R&D sera plus performante. Ce n'est pas un mouvement stratégique très innovant et ce n'est pas répondre aux grands défis que de s'acheter un peu de temps même si cela reste une option intéressante à court terme.
Cela préfigure-t-il une nouvelle grande vague de consolidation ? Cela peut lancer une dynamique. Comme pour des sociétés un peu plus faibles telles Shering-Plough, BMS, Eli Lilly. Si certains groupes se portent acquéreur, les actionnaires pourraient ne pas hésiter. Notamment aux Etats-Unis où l'industrie pharmaceutique s'attend à des temps plus durs avec la nouvelle administration. Cela peut inciter des groupes à se renforcer pour mieux négocier, se mettre en ordre de bataille pour les grandes réformes de la santé à venir aux Etats-Unis, avec des baisses de prix qui risquent d'être sévères. L'industrie pharmaceutique est encore relativement atomisée, il reste de la place pour de la consolidation, mais ce n'est pas ce qui va la redynamiser.
Des grands un peu en difficulté comme GSK, Sanofi Aventis ou AstraZeneca pourraient-ils suivre l'exemple Pfizer ? Ce n'est pas impossible. Mais GSK a réformé profondément sa R&D, est très présent dans les vaccins et les biotechnologies, donc ce n'est pas sûr. AstraZeneca est plus en difficulté, il pourrait le faire. Quant à Sanofi Aventis, il est en pleine pensée stratégique, et pourrait plutôt privilégier la diversification et sortir un peu du champ stricte de la pharmacie éthique.

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