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Sylvie Latieule Rédactrice en chef

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Mais comment en est-on arrivé là ! La France n'est plus que le 4e pays producteur de médicaments en Europe derrière la Suisse, l'Allemagne et l'Italie. Et elle est concurrencée par des voisins particulièrement offensifs, comme l'Irlande, qui reçoit un soutien indéfectible de son gouvernement. Ce n'est pas faute de réaliser des études prospectives qui vont toutes dans le même sens. En 2012, une première étude menée avec le concours de l'État avait évoqué une probable baisse des effectifs à l'horizon 2020, de 4 000 à 34 000 emplois selon les scénarios plus ou moins favorables retenus en matière de soutien à l'industrie pharmaceutique. Ces derniers mois, une récente étude de KPMG a révélé un montant d'investissements de 638 millions d'euros en 2015, en baisse de 4,5 % sur la période 2010-2015. Dans son « bilan économique 2017 », le Leem, syndicat professionnel de la pharmacie, a martelé à plusieurs reprises ces chiffres inquiétants : sur 282 médicaments autorisés par l'Agence européenne du médicament (EMA) entre 2012 et 2016, seuls 21 sont produits en France, contre 86 en Allemagne, 68 au Royaume-Uni et 39 en Irlande. « En étant moins impliquée que ses voisins dans la production de ces nouveaux médicaments, la France se prive dès lors des exportations dont elle aurait pu bénéficier, et se voit dans le même temps dans l'obligation de les importer », analyse le Leem.

De toute évidence ces nombreuses alertes n'ont pas suffi pour attirer l'attention des pouvoirs publics ni même celle de l'opinion qui continue de tirer à boulet rouge sur l'industrie pharmaceutique à la moindre occasion. Une des explications possibles est que l'industrie pharmaceutique reste probablement en trop bonne santé pour que l'on la plaigne. D'autant plus qu'elle reste l'un des fleurons de l'industrie française. Pour preuve : son emploi stable, ancré sous la barre des 100 000 personnes. Une contribution fortement positive aux exportations et à la balance commerciale du pays. Avec 25,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires à l'exportation en 2016, la pharmacie est deuxième ex æquo avec l'automobile, derrière le secteur aéronautique et spatial. Son excédent commercial ressort à 7,6 Mrds €, en 4e position au plan national.

Pourquoi se contenter depuis des années d'un bilan satisfaisant quand on pourrait viser l'excellence ? En cause, les politiques budgétaires qui se sont succédées pour tenter de maîtriser les dépenses de santé. Elles ont conduit à des coups de rabot, tant dans la fixation des prix des médicaments que dans les stratégies de remboursement/déremboursement. Pire encore, l'imprévisibilité des mesures gouvernementales en matière de politique de santé, et de façon plus globale, dans tout le champ fiscal et de la réglementation qui décourage les investissements.

Après quatre années de « régulation comptable court-termiste », le Leem attend du nouveau gouvernement une politique de rupture. Le syndicat de la pharmacie l'exhorte à renoncer à cette volonté politique de décroissance du marché du médicament, alors que l'on assiste à l'arrivée d'innovations sans précédent, à l'image de ces nouveaux traitements contre l'hépatite C. Ils sont certes coûteux mais réduisent drastiquement les dépenses d'hospitalisation. Et puis, il y a urgence à arrêter cet autisme qui consiste à décorréler la fixation des prix avec les montants d'investissements réalisés en France et en Europe. Sur ce point un accord cadre signé en janvier entre le Leem et le CEPS avait déjà constitué une première avancée. Désormais, pour connaître les positions du nouveau gouvernement, il faudra scruter attentivement les arbitrages qui seront donnés à l'occasion du PLFSS* 2018. Ils donneront le ton du quinquennat.

* Projet de loi de financement de la sécurité sociale.

 

« Pourquoi se contenter depuis des années d'un bilan satisfaisant quand on pourrait viser l'excellence ? »

 

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