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Oril Industrie diffuse la «culture start-up» sur son site normand

Oril Industrie diffuse la «culture start-up» sur son site normand

Oril industrie s'ouvre à l'innovation pour sa production.

© c Oril industrie

Le spécialiste français de la chimie fine a tissé des liens forts avec l'écosystème normand de l'innovation. Au-delà des collaborations extérieures avec des start-up, Oril Industrie souhaite amorcer la transition vers l'usine du futur en mobilisant ses ressources en interne pour faire évoluer son modèle de production et de management.

Lorsque l'on circule sur le site Oril Industrie de Bolbec, on peut rencontrer un marquage incongru pour un site classé Seveso. Ce pictogramme géant ne contient pas de consigne de sécurité, mais adresse un message clair au visiteur : « Jetez ici vos idées préconçues ». C'est le signal fort donné, lorsque l'on franchit le seuil de la Fabrik, une salle d'une cinquantaine de mètres carrés située dans un bâtiment au coeur de l'usine. Entre deux fauteuils jaune moutarde et un « paperboard » griffonné, l'espace est le symbole de la volonté du site industriel français d'aller vers l'usine du futur en s'ouvrant au mode de fonctionnement des start-up. « L'objectif est que chaque employé peut venir ici pour réfléchir à une solution, échanger avec les autres. C'est un espace libre que chacun peut investir », explique Gilles Belloir, directeur du site de Bolbec. Le dirigeant se félicite de la fréquentation de la Fabrik en nous montrant le mur de polaroïds sur lequel sont immortalisés les visiteurs. « Pour que ce type d'espace fonctionne, il ne suffit pas de le décréter, il faut le faire vivre au quotidien. C'est la condition pour voir des employés, venus de tous les secteurs de l'usine, s'y intéresser », souligne Gilles Belloir. Le site de Bolbec est un site historique de la chimie fine française, situé en Seine-Maritime, à quelques kilomètres du pont de Tancarville. Oril Industrie est une filiale à 100 % du groupe Servier. Elle produit également à façon pour des clients extérieurs et emploie près de 750 personnes dont 170 qui travaillent au Centre de recherche industrielle. Sa politique de transformation digitale est impulsée par la maison-mère, mais le site déploie également une culture de l'innovation en tissant des liens forts avec l'écosystème normand, qui a le vent en poupe depuis la fusion de la haute et basse-Normandie en une seule région. CCI régionale, Normandie French Tech et label Normandie Tech 40 qui réunit les grandes entreprises souhaitant développer leurs relations avec les jeunes pousses contribuent à dynamiser un territoire qui compte déjà comme une place forte nationale pour la pharma. Autant d'acteurs institutionnels qui ont facilité la mise en relation d'Oril Industrie avec l'environnement start-up.

Faire connaître le monde de l'usine aux start-up

Le directeur du site retrace avec nous le chemin parcouru par le site depuis sa réflexion initiale autour de l'Industrie du Futur, lancée au tournant de 2015 et 2016. « Nous sommes partis d'un process original : nous faire connaître ! Habituellement ce sont les start-up qui démarchent les grandes entreprises, nous avons fait le chemin inverse en communiquant sur nos problématiques industrielles auprès des start-up », détaille Gille Belloir. La démarche initiale tournait autour du « big data » et de l'amélioration des procédés de rendement. Un premier partenariat a été rapidement noué avec la jeune pousse normande Saagie, spécialiste des plateformes d'exploitation des données pour les entreprises. Une deuxième problématique portée à la connaissance des start-up normandes était consacrée à la formation. Comme de nombreux sites industriels, Oril Industrie est confronté à des besoins renouvelés de formation, sur les aspects technique et sécurité. « Nous avons changé de paradigme. Auparavant l'employé devait aller vers l'information, désormais, elle doit aller jusqu'à lui », précise Gilles Belloir. Au bout de cette transformation, les start-up ont été sollicitées sur le e-learning et sur les systèmes de réalité virtuelle (VR) facilitant l'immersion et la pratique de cas concrets pour la personne formée. Alexandra Couve de Murville, directrice des systèmes d'information, souligne également l'attractivité que génèrent les nouvelles technologies portées par les start-up sur l'image de l'industriel : « Que ce soit l'impression 3D, la réalité virtuelle ou même une présentation des sites immersive à 360 degrés, cela génère de l'intérêt auprès des étudiants et des futurs collaborateurs ». Dernière problématique à laquelle les start-up ont été sensibilisées : la question du « tracking » et de la microlocalisation. « L'objectif est de faciliter la production en continu, de bien analyser nos flux de produits, par exemple par de la technologie RFID », précise Gilles Belloir. Des réflexions qui doivent amener des gains concrets en flexibilité, réduire les matières premières et intensifier les procédés. Oril Industrie a su tirer profit de cette phase d'approche et d'échanges. « Il y a une créativité et une agilité que l'on retrouve clairement dans ces structures, il faut cependant bien co-construire et cadrer ces sujets », remarque Alexandra Couve de Murville. Cette partie digitale de la démarche s'intègre pleinement dans le programme de Transformation digitale de la direction Industrie du groupe Servier (Digilens) lancé en 2017.

Des collaborateurs entrepreneurs

Oril Industrie a souhaité aller au-delà en important la créativité au sein de son usine et en favorisant l'innovation auprès de ces employés, dans une logique d'« open innovation ». « Ce sont des évolutions sociétales, l'entreprise et l'extérieur ne doivent pas être en décalage mais en cohérence », précise le directeur du site. Parmi les employés d'Oril Industrie, ils sont ainsi deux à avoir récemment sauté le pas. Partis d'une idée développée de leur propre initiative à l'occasion d'un hackathon, fin 2017, Arnaud Lechevalier et Sophia Craig ont lancé un projet d'application baptisé SynR. L'objectif de l'application, c'est de mettre en relation des entreprises, des associations et des collectivités qui vont pouvoir échanger des ressources ou des services disponibles. Par exemple, si un site dispose de déblais et qu'un industriel recherche du remblai, ils pourront ainsi être liés, via l'application. Des échanges d'experts et de formations pourraient aussi émerger par cette plateforme. Sophia Craig travaille sur le site d'Oril Industrie depuis 18 ans, comme chimiste. Une expérience qui a nourri sa réflexion sur SynR. « Sur le site, on développe une politique RSE en lien avec l'économie circulaire, je trouvais qu'il manquait un outil pour localiser des entreprises, des associations », précise-t-elle. Pour l'heure, la jeune pousse peaufine son « business model » et part à la recherche de financements. « Nous cherchons comment développer notre plateforme, comment en faire payer l'accès, c'est encore une grosse inconnue. La partie budget du projet est celle qui est la plus complexe à maîtriser pour nous, par rapport à la gestion de projet », observe Arnaud Lechevalier qui travaille sur le site de Bolbec depuis 28 ans comme chef de projet informatique. Les deux entrepreneurs soulignent la nécessité de développer de nouvelles compétences managériales pour ce projet de start-up : « il faut être plus agile, on fonctionne avec des réunions tous les 15 jours et on a fait des "sprints" de développement. Nous avons par exemple travaillé sur le site pendant 12 heures sans discontinuité ». Un mode de fonctionnement qui a déjà existé au sein du site, puisque Oril Industrie a mis en place un dispositif original : une « taskforce », un groupe de 6 employés composé des différents métiers du site. Affectés au projet durant six mois, ils ont été challengés sur un certain nombre de sujets liés au fonctionnement de l'usine, avec l'objectif d'apporter un regard neuf. « Nous leur avons posé comme défi lors de la première semaine de réaliser 200 000 euros d'économie sur le site en seulement 5 jours. Au bout de 3 jours, ils avaient déjà dépassé cet objectif », se félicite Gilles Belloir. Il poursuit sur ce projet : « globalement, la contrainte de temps fait aller à l'essentiel, le groupe a appris à travailler en commun, à avoir une vision décloisonnée et à explorer l'usine comme un terrain de jeu ».

Revisiter les organisations

Fort de cette expérience positive, le directeur du site souhaite impulser une remise en question des pratiques pour « booster » la créativité de ses employés et redéfinir les organisations internes et leurs modèles. « Dans les environnements industriels nous avons beaucoup exploré l'efficience des équipements, mais nous n'avons pas assez réfléchi à l'intelligence humaine, avec des employés qui sont souvent captés par l'ordinateur. Il faut renverser ce modèle-là », ambitionne Gilles Belloir. Pour l'avenir, le directeur s'interroge aussi sur la façon optimale de soutenir les start-up, par un incubateur interne ou par le soutien à des structures existantes. « Nous avons été beaucoup sollicités pour de l'incubation de start-up, notamment au travers du programme CCI Linkhub pour accueillir une entreprise », indique Gilles Belloir. Oril Industrie souhaite également tisser des liens durables avec un lieu original d'hébergement de jeunes pousses situé à l'Abbaye du Valasse, à quelques kilomètres de Bolbec. Que ce soit au sein d'un bâtiment du 16e siècle ou au coeur d'une des usines historiques de la Normandie - le site était une fabrique textile jusqu'en 1962 - c'est parfois dans les plus anciens bâtiments qu'on conçoit les idées les plus neuves.

LE SITE ORIL INDUSTRIE DE BOLBEC EN BREF

750 employés dont 315 dédiés à la production, 175 à la R&D 108 réacteurs de 10 à 10 000 litres de volume 20 principes actifs produits 1 666 tonnes produits et 470 m3 de capacité de production 45 clients

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