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Obésité et lipides, une question de seuil de sensibilité

Aurélie Dureuil

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Des chercheurs français ont établi un lien entre l'obésité et la modification du seuil de sensibilité aux lipides. Des résultats qui ouvrent la voie à des développements de traitements de l'obésité.

Et si les personnes obèses n'avaient pas le même seuil de sensibilité aux lipides que les autres. Et si, quand elles ingèrent des aliments gras, leur système de régulation au niveau oral ne les avertissait pas assez tôt d'une trop grande quantité de lipides. Et si ce défaut de sensibilité impliquait une surconsommation des aliments gras, amplifiant alors l'obésité... Une équipe de chercheurs bourguignons a montré, chez la souris, que l'obésité interfère dans la sensibilité aux lipides. Les souris obèses détectent moins bien les acides gras. « Il existe des protéines capables de lier les lipides, notamment les acides gras à longue chaîne. Elles sont présentes tout au long de l'axe oro-intestinal et permettent de détecter ces lipides. Cette phase de détection entraîne des conséquences physiologiques. Elle participe par exemple au choix des aliments au niveau oral, et facilite l'absorption des lipides au niveau intestinal », détaille Philippe Besnard, responsable de l'équipe Physiologie de la nutrition et de la toxicologie de l'unité 866 de l'Inserm à l'université de Bourgogne. Ainsi, des récepteurs présents dans la bouche tirent la sonnette d'alarme quand un individu a atteint sa quantité maximale de gras ingéré. Ce seuil de sensibilité serait perturbé chez les individus obèses. Du moins chez les souris.

Les premiers travaux ont concerné des modèles de souris. Certaines ont été rendues obèses par un régime alimentaire très riche en acides gras saturés. Un choix leur a ensuite été proposé. « Nous leur proposions une boisson témoin et des solutions avec différentes concentrations de lipides. Nous avons constaté que les animaux obèses étaient incapables de distinguer la solution qui contient des lipides par rapport à la solution témoin », souligne le chercheur. Les souris obèses présentent un seuil de détection des lipides perturbé. Une sensibilité néanmoins réversible. Les chercheurs ont ainsi soumis les souris à un régime restrictif en diminuant l'apport calorique. « Quand la masse grasse de ces souris revient au niveau des animaux témoins, la sensibilité aux lipides revient », indique Philippe Besnard.

Un deuxième axe de travail a alors concerné le mécanisme moléculaire. Les chercheurs se sont intéressés au CD36 (cluster of differentiation 36), « un récepteur que nous avions identifié comme jouant un rôle important dans la détection des lipides au niveau des cellules gustatives, détaille Philippe Besnard. L'interaction entre ce récepteur et les lipides permet l'activation d'une voie de signalisation à l'origine de l'interprétation du goût ». Ainsi, l'ingestion de lipides active la voie de signalisation CD36. C'est ce signal qui fonctionne mal chez les souris obèses. « Au final, l'information qui devrait remonter au cerveau, arrive mais avec une faible ampleur par rapport aux souris minces », selon le chercheur. L'équipe de Philippe Besnard tente aujourd'hui de comprendre le mécanisme qui perturbe ce récepteur. « Plusieurs pistes sont étudiées et notamment la piste hormonale. En effet, il est connu que l'obésité entraîne des perturbations d'un certain nombre d'hormones », indique le chercheur. Une compréhension qui pourrait mener à la mise au point de traitement contre l'obésité. « Si on arrive à bien comprendre le fonctionnement de ce système, on peut imaginer la mise au point de molécules qui pourraient interagir avec ces récepteurs afin d'avoir un impact sur le comportement alimentaire », envisage Philippe Besnard.

Outre ses recherches chez la souris, l'équipe bourguignonne a mené une étude chez l'homme. « Nous allons soumettre un article prochainement. Nous avons comparé des sujets minces et obèses vis-à-vis de la détection des lipides. Nous nous sommes aperçus que l'obésité interfère avec le système sensoriel. Cependant, les résultats sont moins clairs chez l'homme car le comportement est plus compliqué », précise le chercheur. En effet, l'étude chez la souris est réalisée chez des animaux génétiquement identiques dont l'alimentation est standardisée. Chez l'homme, de nombreux paramètres supplémentaires peuvent interférer comme les goûts de chacun, la perception des aliments, les habitudes alimentaires, etc. « L'étude a été menée sur 60 personnes. Parmi, les 30 sujets obèses, cinq étaient incapables de détecter les lipides, et surconsommaient des aliments gras, probablement pour atteindre le plaisir en bouche », détaille Philippe Besnard qui imagine la mise au point de molécules « leurre » afin de moduler le seuil de sensibilité et ainsi orienter le choix alimentaire.

 

Bibliographie : Chevrot et coll. Obesity Alters the Gustatory Perception of Lipids in the Mouse : Plausible Involvement of the Lingual CD36. J Lipid Res, édition en ligne du 9 juillet 2013

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