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NovaDiscovery, « in silico veritas »

Propos recueillis par Nicolas Viudez

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La start-up lyonnaise NovaDiscovery propose des modèles informatiques qui visent à faciliter le développement de nouveaux médicaments, avec pour objectif d'augmenter leur probabilité de succès. Entretien avec son p-dg et cofondateur, François-Henri Boissel.

Qu'est-ce qu'un essai clinique in silico ?

Les essais in silico sont des modèles informatiques avec lesquels on peut simuler l'effet d'une molécule sur une pathologie et sur une population de patients. C'est un support à la décision, l'objectif est de permettre à nos partenaires d'affiner leur stratégie de développement clinique. On peut ainsi s'inscrire en amont pour tester beaucoup plus d'hypothèses, de façon plus rapide et moins coûteuse. Il ne s'agit pas de se substituer aux essais sur l'homme, mais on peut, par exemple, en amont d'une phase III, déterminer des profils types de patients à recruter pour un essai. Grâce à notre technologie, on peut ainsi passer de 3 000 patients à 600 patients ciblés et à inclure. Nous espérons ainsi réduire les frais de développement pour de nouvelles molécules. Pour les maladies rares, les essais cliniques in silico sont aussi particulièrement pertinents, puisqu'ils permettent de s'affranchir du nombre limité de patients qui peuvent participer à des essais.

Comment sont développés vos modèles informatiques ?

Nous développons un modèle de la maladie ou de la physiopathologie et l'on insère un sous-modèle concernant la molécule. Nous développons aussi une population virtuelle. Pour la conception du modèle de la maladie, nous prenons comme matériau de base les connaissances dont l'on dispose, à partir de la littérature scientifique. Par exemple, nous détaillons le cancer colorectal en une série de sous-mécanismes. Nous commençons par faire une revue exhaustive dont on va extraire des connaissances puis nous travaillons sur les relations fonctionnelles. Nous établissons ainsi une cartographie et l'on convertit ces relations fonctionnelles en équations mathématiques puis en programmes informatiques. Cette technologie a vocation à être vraiment universelle, même dans les domaines sur lesquels on a peu de connaissances, la modélisation permet de localiser les lacunes et de concentrer les efforts de recherche. Avec cette technologie, on ouvre une nouvelle ère qui va permettre d'identifier de nouvelles cibles.

Quel regard portent les autorités réglementaires sur cette technologie ?

Les lignes commencent à bouger. L'EMA permet désormais d'ajouter des simulations in silico aux annexes d'un dossier d'évaluation. La FDA a également reçu un mandat du sénat américain pour étudier le recours à cette technologie. Les deux agences ont des groupes de travail dédiés aux simulations. C'est une question de temps avant que cette innovation soit utilisée par tous les acteurs de l'industrie. C'est aussi un vrai axe stratégique pour nous, de travailler à une reconnaissance de nos outils par les autorités réglementaires.

Quelles sont les perspectives de développement pour NovaDiscovery ?

Le marché est clairement en train d'émerger, on est au début de la vague. L'industrie pharmaceutique consacre 18 % de ses dépenses à la R&D, mais c'est la seule industrie à ne pas avoir encore eu recours à la simulation et à la modélisation à l'échelle industrielle. NovaDiscovery compte aujourd'hui une quinzaine d'employés et probablement une vingtaine d'ici à la fin de l'année. Nous sommes en phase de scale-up et nous avons pour objectif, à court ou moyen terme, de viser l'international et d'aller chercher des clients sur le marché américain. Nous avons une approche propriétaire sur la technologie et la plupart de nos concurrents, des entreprises américaines, sont au même stade de développement que nous. Donc, nous sommes vraiment dans la course. Les biotechnologies américaines seraient les premières cibles en termes de clientèle, elles ont une tolérance au risque moins importante que les grands industriels de la pharma. Ces derniers sont en phase d'attente par rapport à cette innovation, certains industriels ne sont pas convaincus ou sont réticents après avoir beaucoup investi dans la bio-informatique et des approches très orientées sur l'exploitation des données.

Vous avez inauguré de nouveaux locaux le 7 juillet dernier à Lyon, pourquoi avoir choisi cette ville ?

C'est un choix naturel, la société a été fondée avec mon père, Jean-Pierre Boissel, qui a mené une carrière académique à l'université Claude Bernard. Nous sommes dans une région avec un écosystème dense en santé et extrêmement bien structuré par le Lyon Biopôle. Nous nous sentons réellement accompagnés par cette structure, quel que soit le sujet, aussi bien pour des questions de locaux que pour des problématiques de recrutement ou de financement.

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