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Novacap enchaîne les acquisitions après le rachat de PCAS

Le Lyonnais, créé en 2003, a multiplié les opérations de croissance externe pour renforcer ses positions dans la synthèse pharmaceutique et la chimie de spécialités, avec un pied dans les extraits végétaux.

On entend bien souvent dire que l'une des faiblesses de la France, par rapport à l'Allemagne, est de manquer d'Entreprises de taille intermédiaire (ETI). En particulier, de sociétés plus proches de la fourchette haute (4 999 salariés pour 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires) que de la fourchette basse (250 salariés et 50 M€ de chiffre d'affaires) de la catégorie. Pierre Luzeau, président du groupe lyonnais Novacap, semble avoir bien compris le message pour avoir lancé trois opérations de croissance externe au cours du deuxième trimestre 2017. Novacap devient ainsi un groupe 850 M€ de chiffre d'affaires avec un effectif de 2 900 collaborateurs, 33 implantations dans le monde, dont 26 sites industriels, et un centre de R&D en France à Porcheville qui sera largement développé. Son coeur de métier se trouve désormais « tourné vers la synthèse pharmaceutique et la chimie de spécialités avec un pied dans les extraits végétaux », résume-t-il. Avec pour marchés cibles la pharmacie et la santé, la cosmétique et l'alimentation humaine. L'an passé, le groupe avait changé d'actionnaire majoritaire, passant de la coupe du fonds Ardian à celle d'Eurazeo. L'entrée de Mérieux Développement, filiale de l'Institut Mérieux spécialisée en capital-développement et en capital innovation dans le secteur de la santé, dans le capital à hauteur de 9 %, préfigurait cette métamorphose.

 

Cap sur la chimie fine pharmaceutique

 

Tout cet édifice a démarré ses fondations en 2003 avec l'acquisition d'anciens actifs pétrochimiques et minéraux de Rhodia par ses managers et un fonds d'investissement. Il s'est agrandi en 2011 avec l'acquisition des actifs pharmaceutiques de Rhodia, puis en 2015 avec le rachat de la société de chimie fine allemande CU Chemie Uetikon. Le tournant décisif est venu de l'acquisition de PCAS, société figurant parmi les leaders en France de la chimie fine pharmaceutique et qui « cartonne » à l'export, avec quasiment 70 % de chiffre d'affaires réalisé hors de France. Dans le détail, Novacap a conclu un contrat avec Eximium, actionnaire de référence de PCAS, portant sur l'acquisition d'environ 29,5 % du capital de la société à un prix de 17 euros par action. Ce prix représente des primes respectives de 28 % et de 38 % par rapport aux cours moyens pondérés par les volumes sur les six derniers mois et les douze derniers mois précédant l'annonce. Puis, une offre d'acquisition d'actions PCAS a été remise à Christian Moretti et à certains autres actionnaires, au même tarif, pour s'arroger plus de 50 % du capital et des droits de vote. Le 20 juin, les deux groupes français ont annoncé que Novacap avait acquis des blocs d'actions pesant pour un total de 51,80 % du capital de PCAS, et représentant 50,96 % des droits de vote. Cette étape réalisée avec succès, Novacap a pu déposer une Offre publique d'achat simplifiée visant à acquérir les actions restantes toujours en circulation, PCAS étant cotée à la Bourse de Paris. L'équipe dirigeante de PCAS - Vincent Touraille, Éric Moissenot et Pierre Schreiner - a été confirmée dans ses fonctions. « Le modèle de Novacap consiste à s'appuyer sur ses sociétés et ses marques. Les sociétés conservent donc leur autonomie dans le cadre consolidé de Novacap », ajoute Pierre Luzeau. En revanche, Christian Moretti, président du conseil d'administration, tire sa révérence après avoir longtemps oeuvré pour le développement de PCAS, et plus largement, pour le rayonnement de la chimie en France, à travers son implication active au sein de l'UIC. Par cette acquisition, le groupe lyonnais a pu additionner les 192 M€ de chiffre d'affaires et les 1 000 collaborateurs de PCAS.

 

Des acquisitions ciblées

 

Chronologiquement, Novacap a annoncé ensuite l'acquisition d'ID bio, fabricant d'ingrédients botaniques, et de H2B, fabricant d'ingrédients pour le diagnostic in vitro. Le groupe fait ici deux acquisitions de plus petite taille (5 M€ de CA en 2016), qui ne sont toutefois pas étrangères l'une à l'autre. Elles puisent leur origine dans une seule et même société, Biodev, créée en 1988 par Jean-Pierre Picot et rebaptisée ID Bio en 1993. Depuis, la branche cosmétique, spécialisée en extraction, notamment enzymatique et en purification, s'est développée en conservant ce même nom. Son savoir-faire lui permet aujourd'hui de proposer des ingrédients végétaux à façon et sur catalogue : extraits botaniques, extraits titrés et ingrédients actifs. ID bio se caractérise aussi par son approvisionnement éthique en matières premières, sélectionnées de manière éco-responsable, afin de proposer des ingrédients différenciés à la traçabilité contrôlée. En parallèle, la fabrication de produits issus du fractionnement sanguin pour l'industrie du diagnostic in vitro a aussi fait son chemin pour prendre le nom de H2B en 2009. Elle a développé deux gammes de produits variées à partir de plasma bovin, et, depuis 2009, à partir de plasma humain afin de répondre aux nouvelles attentes du marché. ID bio et H2B sont toutes deux installées sur le site de la technopole Ester à Limoges et sont donc cédées en bloc par la holding ID bio Développement détenue par le fondateur.

Enfin au tout début du mois de juillet, Novacap a officialisé le rachat de Chemoxy. Il s'agit d'une société de chimie fine britannique, exploitant deux sites de production à Middlesbrough et à Billingham, spécialiste de la synthèse à façon et de la production de solvants à faible toxicité, plus respectueux de l'environnement. Elle complète parfaitement l'offre de PCAS car elle est plutôt positionnée sur la production de gros volumes en semi-continu ou continu à l'échelle de quelques centaines, voire quelques milliers de tonnes. Elle dispose d'outils flexibles avec un haut niveau de technicité. En revanche ses installations ne sont pas GMP, mais elles pourront être dédiées notamment à la production d'intermédiaires. Cette activité représente un chiffre d'affaires de 42 millions de livres (48 M€) pour un effectif de 150 personnes.

Derrière la stratégie de Novacap, qui entend bien poursuivre ce mouvement de consolidation, et même l'accélérer, il y a le constat d'un retournement de tendance. « Aujourd'hui en Europe, il y a un déficit de capacités en chimie fine. On trouve facilement des clients qui s'engagent sur des partenariats long terme pour des produits exigeants », explique Pierre Luzeau. « Les grands de la pharmacie ont essayé d'externaliser leurs productions vers l'Asie, en particulier en Inde et en Chine. Mais ce mouvement a été stoppé net en raison de difficultés rencontrées sur des productions GMP. On est en train d'assister à un retour des productions vers l'Europe et les États-Unis. Et une même logique se dessine dans certains domaines de la chimie de spécialité », analyse Pierre Luzeau. Cerise sur le gâteau, le dirigeant explique même que les flux ont tendance à s'inverser. Une fois rapatriés en Europe, certains produits commencent à repartir dans la zone Asie en quête de produits de plus grande qualité.

LES NOUVELLES INSTALLATIONS DE NOVACAP

PCAS 8 usines - Bourgoin-Jallieu (38) - Limay (78) - Couterne (61) - Aramon (30) - Villeneuve-la-Garenne (92) - Nîmes (Protéus, 30) - Saint-Jean-sur-Richelieu (Québec, Canada) - Turku (Finlande) + 1 centre de R&D à Porcheville (78) Chemoxy 2 usines - Middlesbrough (Royaume-Uni) - Billingham (Royaume-Uni) ID Bio et H2B - Limoges (87)

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