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Nanosive planche sur le futur des crèmes solaires

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Nanosive en bref

Date de création : octobre 2018 Siège : Marseille Effectif actuel : 4 personnes Effectif visé : 10 employés en 2020 Activité : conception d'écrans solaires éco-responsables

Nanosive planche sur le futur des crèmes solaires

© Pixabay

Grâce à une technologie d'encapsulation d'actifs dans des polymères bioadhésifs, la start-up Nanosive entend mettre au point des écrans solaires plus sûrs et écoresponsables, utilisant moins de filtres UV.

Réduire l'impact des filtres UV des crèmes solaires sur la santé humaine et l'environnement, c'est l'objectif de la start-up Nanosive, créée en octobre 2018 à Marseille. Appartenant au fonds d'investissement Truffle Capital, la jeune entreprise aura pour mission la valorisation et l'exploitation d'une innovation en dermo-cosmétique issue des recherches menées à l'université de Yale aux États-Unis, dont elle a acquis les droits mondiaux et exclusifs. « Le business model de Truffle consiste à rechercher des technologies de rupture dans les meilleures universités du monde afin de créer des start-up innovantes en France », décrit Philippe Pouletty, président de Nanosive et directeur-général de Truffle, fondé en 2001 et qui dispose d'un capital de près de 500 millions d'euros. Ainsi, après avoir créé HoliStick en mars dernier pour commercialiser une technique de réparation non-invasive des tissus organiques avec l'université de Harvard et le MIT (Massachusetts Institute of Technology), le pôle Sciences de la vie de Truffle s'est, cette fois-ci, intéressé au secteur des écrans solaires. « Nos études de marchés nous ont montré qu'il y a actuellement une demande croissante des consommateurs pour des produits plus sûrs, offrant un haut degré de protection et une meilleure tenue dans le temps. Par ailleurs, il existe encore un véritable potentiel de progrès technologique », justifie Philippe Pouletty.

Vingt fois moins de filtres UV utilisé

Au terme d'un travail de sélection de son comité scientifique, le choix s'est donc porté sur une plateforme technologique d'encapsulation d'actifs élaborée par les départements de génie chimique et de dermatologie de l'université de Yale, qui reste copropriétaire de sa découverte. Dans le détail, le polymère biocompatible et biodégradable choisi se base sur l'acide polylactique-polyglycérol hyperbranché (tridimensionnel hautement ramifié) (PLA-HPG), qui a déjà fait ses preuves dans la distribution de principes actifs pour attaquer les tumeurs cancéreuses. La fonction HPG a cependant été enrichie en aldéhydes pour accroître ses propriétés adhésives, via des liaisons de type base de Schiff (double liaison C=N) se formant avec les acides aminés des protéines, dont celles de l'épiderme humain. Enfin, un filtre UV est encapsulé à l'intérieur. Parmi les molécules disponibles sur le marché (avobenzone, octinoxate, octocrylène...), l'équipe a préféré le padimate O (PO, ou ethylhexyl dimethyl PABA). Résultat, « l'encapsulation du PO dans les biopolymères améliore son effet d'un facteur 20 par rapport au PO laissé en suspension dans l'eau », expliquent dans leur étude les professeurs de Yale, Michael Girardi et Mark Saltzman, également cofondateurs scientifiques de Nanosive. Autrement dit, pour atteindre un indice de protection équivalent, le procédé ne nécessite plus que 5 % de filtre UV par rapport à la quantité utilisée dans les produits commerciaux actuels.

Outre le coût avantageux pour les fabricants et la réduction de l'impact sur la faune et l'écosystème marins, les chercheurs y voient une amélioration pour la santé. Selon eux, « l'efficacité des formulations de crèmes solaires conventionnelles est en effet limitée par la pénétration au-delà de l'épiderme après l'application ». Outre le fait que cela réduit la durée de vie du produit, car il faut en réappliquer au bout de quelques heures et après la baignade, « la pénétration des filtres UV dans les couches profondes du derme peut induire des risques de dermatites allergiques ou de dommage cellulaire en raison des dérivés réactifs de l'oxygène, produits de la dégradation des filtres UV avec les rayons du soleil, qui migrent dans le sang poursuivent les scientifiques. De plus, certaines des substances détectées dans l'urine ou le lait maternel sont suspectées d'être des perturbateurs endocriniens ». C'est pourquoi, en maintenant les filtres UV à la surface de la peau, les biopolymères limitent donc leur pénétration dans l'organisme. Selon l'étude, un test mené avec des filtres UV à base d'octolycrène ou d'avobenzone encapsulés a montré in vitro une rétention des particules de plus de 85 % après trois heures d'application. « L'objectif serait alors que la crème solaire tienne entre 6 et 12 heures », précise Philippe Pouletty.

Pas encore de date de commercialisation

Désormais, la petite structure, en collaboration avec l'équipe de Yale, espère commercialiser ce nouveau produit auprès des entreprises cosmétiques mondiales. « La fabrication et la formulation pourraient alors être sous-traitées à des producteurs de polymères et de principes actifs », précise Philippe Pouletty. Mais avant d'en arriver là, un travail de deux à trois ans de R&D sera encore nécessaire, pour lequel Truffle a déjà investi deux millions d'euros. Une nouvelle enveloppe pourra être injectée selon les besoins. « Dans un premier temps, le travail portera sur la caractérisation et l'amélioration des biopolymères et des filtres UV », avance Philippe Pouletty. En fonction de leurs compétences, les équipes américaines de Yale pourraient par exemple s'occuper de l'adhésivité des nanoparticules sur la peau et du choix des filtres solaires, tandis que les travaux en France porteraient plutôt sur l'affinité des molécules, la taille des particules ou encore l'encapsulation. Pour cela, la jeune pousse loue un espace dans le nouveau laboratoire de recherche cellulaire L2 ouvert au sein de l'incubateur Obratori du groupe L'Occitane à Marseille. Ensuite viendra l'optimisation à des fins commerciales, comme la formulation d'un cosmétique agréable, incolore, stable dans le temps et répondant aux différentes réglementations notamment européennes et américaines... Les premières applications sont donc prévues dans un délai de cinq ans. « Pour autant, nous n'avons pas encore de calendrier précis pour la mise sur le marché », souligne Philippe Pouletty, qui recrute actuellement ses premiers salariés et qui espère que Nanosive en comptera entre 5 et 10 dans les 18 prochains mois. « Notre expérience nous a en effet montré que le plus important n'est pas de se fixer une échéance trop courte, mais bien de se donner le temps nécessaire pour fournir le meilleur produit du marché », ajoute-t-il.

 

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