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Mystérieux principes actifs

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Mystérieux principes actifs

Sylvie Latieule Rédactrice en chef

L'industrie pharmaceutique se serait bien passée d'un nouveau scandale. Alors que l'an dernier en début d'année, on ne parlait que des loupés de la campagne de vaccination massive contre la grippe H1N1 et des commandes inconsidérées de vaccins de la part de l'État français, l'année 2011 démarre avec une autre affaire : celle du Mediator du laboratoire Servier. Quelque 2 000 personnes seraient décédées des suites de la prise de ce médicament en France de 1976 à novembre 2009. Médicament destiné à traiter les diabétiques en surcharge pondérale. Ce que l'on reproche au laboratoire, ce n'est pas d'avoir développé un « pseudo-poison ». Les principes actifs sont parfois bien sournois et ne révèlent leurs effets secondaires qu'une fois qu'ils sont administrés à grande échelle. On lui reproche surtout de ne pas s'être interrogé sur le danger potentiel d'une molécule, voisine de celle de l'Isoméride, un coupe-faim qui a dû arrêter sa carrière en 1997, accusé d'avoir réduit l'espérance de vie de centaines de milliers de patients. Au passage, la vindicte populaire en profite pour écorcher les autorités de Santé et ses cohortes d'experts accusés de trop de complaisance vis-à-vis du laboratoire français qui est aussi un gros contributeur économique. Une enquête doit révéler le fin mot de l'histoire.

Si l'Isomeride et maintenant le Mediator ont fait tant de dégâts, c'est aussi parce qu'ils ont été détournés de leur indication initiale, associés au grand fantasme « de maigrir en mangeant ». Une simple pilule pour s'affranchir de ses kilos superflus, c'était trop beau pour être vrai. Pourtant faire maigrir - officiellement les obèses et les diabétiques en surpoids - reste le Graal d'un certain nombre de laboratoires qui y voient de juteux profits. D'ailleurs, les propositions de nouveaux médicaments se sont poursuivies avec des succès mitigés. Acomplia a été retiré du marché peu après son introduction, tandis qu'Alli poursuit sa commercialisation avec des restrictions d'indications.

Outre Servier, numéro deux français de la pharmacie, le numéro un Sanofi-Aventis fait aussi parler de lui en ce début d'année pour une tout autre raison. Depuis la fin août, le groupe cherche à mettre la main sur la biotech américaine Genzyme qui s'y oppose pour faire monter les enchères. Sur ce dossier, Sanofi-Aventis a fait preuve d'une patience exemplaire qui jure avec le style « superactif » de son président, Chris Viehbacher. Mais cette stratégie pourrait se révéler payante. Dans un communiqué datant de la mi-janvier, Sanofi-Aventis laissait entendre qu'il pourrait améliorer son offre de rachat de la firme américaine au vu du potentiel de Lemtrada, un nouveau médicament pour le traitement de la sclérose en plaques. Le montage financier complexe - et encore incertain - est à la mesure de l'enjeu. Depuis le début, Sanofi-Aventis cherche à se renforcer dans des médicaments biotechnologiques très innovants, positionnés sur des pathologies rares. Pourtant en cette rentrée, ce n'est pas une macromolécule, mais notre bonne vieille aspirine qui fait parler d'elle. Avec seulement 9 atomes de carbone dans sa formule chimique, mais plus de 100 ans d'exploitation, elle nous avait caché des vertus anticancéreuses. Les principes actifs pharmaceutiques nous réservent toujours des surprises, mauvaises ou bonnes. Arrivera-t-on un jour à percer leurs mystères ?


Faire maigrir reste le Graal d'un certain nombre de laboratoires qui y voient de juteux profits.

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