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Recherche : Merck convie 5 prix Nobel pour ses 350 ans

DE DARMSTADT, NICOLAS VIUDEZ
Recherche : Merck convie 5 prix Nobel pour ses 350 ans

Craig Venter a placé le code génétique au coeur de sa présentation.

© Merck

Le géant allemand a fêté ses 350 ans avec trois jours de conférences, à Darmstadt, sur la science du futur. L'occasion pour le laboratoire d'entretenir son lien avec la recherche et d'annoncer une dotation d'un million d'euros par an pour des sujets de rupture.

Que peut-on encore s'offrir pour ses 350 ans ? Merck a organisé, du 16 au 18 juillet 2018, la conférence Curious 2018, réunissant un plateau de scientifiques de haute volée et un millier de participants pour esquisser la science du futur. Et quoi de mieux, quand on organise son anniversaire, que de se sentir à la maison. ? Le retour aux sources pour Merck, c'est la ville de Darmstadt qui héberge son siège et qui est aussi le point de départ de l'aventure du laboratoire, puisque c'est là que Friedrich Jacob Merck a ouvert sa première officine, en 1668. Dans la grande salle du Darmstadtium, les trois jours de conférences étaient articulés autour de cinq grands thèmes : la vie en bonne santé, la vie réinventée, un futur lumineux, un digital éclatant et les solutions et matériaux. La question du devenir de la chimie et de son articulation avec la biologie, la génétique et l'informatique était omniprésente au cours de ces trois jours. « Dans un seul ml d'eau de mer, il y a 1 million de bactéries et 10 millions de virus », a rappelé Craig Venter, qui a notamment réalisé le premier séquençage d'un génome complet en 1995 et qui a parcouru les mers du globe pour collecter des échantillons d'ADN des micro-organismes marins. L'occasion d'évoquer la banque de données géantes que représentent la nature et l'environnement. Mais l'analyse de l'ADN n'aurait pu être réalisée sans les progrès dans le traitement des données. « On peut désormais transmettre la vie à la vitesse de la lumière », s'est enthousiasmé Craig Venter, citant en exemple la possibilité de diffuser l'analyse génétique d'un nouveau virus dans le monde entier en quelques secondes. Et faciliter ainsi la recherche d'un vaccin, en mettant en commun le savoir-faire des chercheurs du monde entier. Autre horizon possible : imaginer, à l'avenir, la possibilité de transmettre la découverte d'une séquence génétique sur Mars, en quelques minutes, sans avoir besoin de ramener un échantillon sur Terre. Car Craig Venter en est persuadé, le code génétique ne devrait bientôt plus avoir de secrets. « Demain, on sera capable de déterminer le visage, le poids, la taille, le type de personnalité ou la probabilité de réussir une carrière d'athlète professionnel à partir du code génétique », prédit Craig Venter. Un scenario de science-fiction qui a pris vie, lorsque le chercheur a projeté sur l'écran géant du Darmstadium les comparaisons entre le phénotype prédit par l'analyse d'un code génétique et le visage réel de la personne. L'effet est à la fois saisissant et angoissant. Utiliser le code génétique pour reproduire des réactions observées dans la nature, mais pourquoi pas, demain, aller plus loin et créer de nouvelles protéines ?

Un carrefour des sciences pour dessiner le futur

« On peut écrire de l'ADN, synthétiser des séquences, mais on ne sait pas composer de nouvelles protéines », a souligné Frances Arnold, chercheur à Caltech, spécialiste des enzymes et membre des trois académies de science, médecine et d'ingénierie aux États-Unis. « Comment créer quelque chose d'utile à partir de l'évolution ? », s'interroge la chercheur. Depuis son laboratoire californien, Frances Arnold et son équipe travaillent à l'élaboration de nouvelles enzymes, selon des méthodes de sélection artificielle comme celles pratiquées par l'homme depuis des siècles. L'objectif : aboutir à des enzymes qui réalisent des réactions que l'on ne retrouve pas dans la nature. C'est notamment le cas de la liaison carbone-silice, fréquemment utilisée dans l'industrie et construite de manière synthétique, mais qui n'est pas observée dans la nature, malgré la présence en abondance de ces deux matières. Pour réaliser cette prouesse, le choix s'est porté sur une bactérie, Rhodothermus marimus, qui prolifère dans les geysers islandais. Cette bactérie produit une protéine, le cytochrome C qui peut également avoir une activité enzymatique en créant des liaisons carbone-silice. Après sélection et orientation, l'équipe de Caltech a réussi à faire produire à la bactérie mutée une enzyme capable de réaliser des liaisons carbone-silice. Avec un avantage compétitif par rapport aux procédés actuels, puisque cette enzyme est annoncée comme 15 fois plus efficace que le meilleur catalyseur existant aujourd'hui. De quoi proposer à l'avenir un processus plus économique et aussi plus respectueux de l'environnement, puisqu'il permet de se passer des métaux lourds fréquemment utilisés pour ces synthèses chimiques. Un exemple de travaux qui font le lien entre l'industrie et la paillasse. Car si les scientifiques réunis ont souligné les progrès considérables apportés et entrevus dans la biologie, ces dernières années, par exemple avec les thérapies ciblées, ils ont également insisté sur l'enjeu scientifique de rendre ces progrès plus sûrs (notamment les thérapies géniques) et accessibles au plus grand nombre de patients. Deux nécessités qui dépassent le cadre des laboratoires et concernent également l'industrie pharmaceutique dans son ensemble. Au cours d'une table ronde consacrée aux nouveautés marquantes de l'année, les scientifiques invités ont ainsi souligné la nécessité de plus de coordination entre industriels et chercheurs pour confronter les différentes approches. Au delà des synergies entre entreprises et académiques, les 5 prix Nobel conviés pour rythmer ces sessions ont voulu rappeler l'importance de faire converger les différentes sciences. Parmi ces prestigieux invités, le Français Jean-Marie Lehn, prix Nobel de Chimie en 1987. Le chercheur est revenu sur le relatif désamour des investisseurs pour la chimie en comparaison avec les sciences de la vie. Il a tenu à présenter la chimie comme un pont entre la physique et la biologie. Parmi les autres personnalités conviées à ces 3 jours figuraient également Harald zur Hausen et Bruce Beutler, prix Nobel de Médecine 2008 et 2011 ainsi que Joachim Frank et Fraser Stoddart, respectivement prix Nobel de Chimie en 2017 et 2016. Ce dernier a fait résonner Edith Piaf pour présenter plus de 30 ans d'histoire des machines moléculaires.

Un prix d'un million d'euros pour la recherche

L'événement Curious a aussi été l'occasion pour Merck d'annoncer le lancement du prix Future Insight, une dotation annuelle d'un million d'euros qui sera décernée dès 2019 et pour les trente-cinq ans à venir. Cette récompense viendra couronner des recherches qui portent sur 4 thèmes : la protection contre les pandémies (2019), la résistance aux antibiotiques (2020), la nécessité de nourrir la population mondiale (2021) et la conversion du CO2 atmosphérique en carburant (2022). « Avec ce prix, notre objectif est de stimuler une science de rupture et le développement innovant de produits ou de technologies cruciales, de donner vie à des visions utiles pour le bénéfice de l'humanité », ambitionne Stefan Oschmann, CEO de Merck. Le dirigeant affirme ainsi une volonté de rester rattaché à son lien originel à la recherche. Une façon pour le géant de Darmstadt de prouver sa vitalité malgré son âge plus que respectable.

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