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Malgré la crise, le fret aérien résiste

Malgré la crise, le fret aérien résiste

© Christophe Leroux Air France

Après quelques semaines confuses lors de l'explosion de la pandémie due au Covid-19, le transport aérien s'est adapté. Les flux de médicaments existants et nouveaux ont été acheminés grâce notamment à la conversion d'avions de passagers en avions « tout cargo » et à l'assouplissement des procédures et règles des services douaniers et de l'aviation civile.

Malgré le report d'une part des flux vers le maritime, le transport aérien de produits pharmaceutiques enregistre des volumes croissants en 2020.

Le fret aérien reste le mode de transport privilégié des laboratoires pharmaceutiques. L'association internationale du transport aérien (IATA) estime que plus de 1 000 milliards de dollars de produits pharmaceutiques sont transportés par les airs, chaque année, alors que moins d'un quart transite par voie maritime.

La pandémie de Covid-19 a mis la filière du fret aérien à l'épreuve : IATA enregistre une baisse de 75 % de la demande des passagers à l'international en 2020 par rapport à l'année précédente, clouant au sol bon nombre d'avions de ligne. Or d'ordinaire, 70 % des marchandises - dont les produits pharmaceutiques - sont transportés dans leurs soutes. « À l'international, la capacité de chargement des soutes a baissé de moitié par rapport à janvier 2019 », précise Andrea Gruber, head special cargo à l'IATA.

En conséquence, certains acteurs de la filière notent une saturation des flux : « Depuis avril 2020, la demande peut excéder la capacité des transporteurs aériens, provoquant parfois quelques retards d'acheminement », retrace Florent Noblet, délégué général de TLF Overseas, le syndicat des entreprises organisatrices de transport. « Mais la mécanique est bien huilée, et aucune grosse avarie ou excursion de température n'a eu lieu au cours du transport de produits pharmaceutiques », tempère-t-il.

La filière logistique au complet s'est mobilisée pour maintenir les flux existants et acheminer les équipements, tests et vaccins arrivant sur le marché à cause du Covid-19.

Pendant la crise, l'aérien a tiré son épingle du jeu, face à des armateurs qui continuent, eux, à étoffer leur offre pharma. La paralysie soudaine du trafic aérien a, dans un premier temps, déstabilisé la filière. 44 % des 347 entreprises de healthtech répondant à un sondage France Biotech¹ déclarent avoir rencontré des difficultés d'approvisionnement et de supply chain aux deuxième et troisième trimestres 2020.

« Mars et avril ont été des mois difficiles et désorganisés, mais notre réactivité a permis de rapidement compenser », rapporte Béatrice Delpuech, directrice déléguée Air France KLM Cargo. « Les volumes transportés sur l'année sont restés stables », assure-t-elle.

L'arrivée des masques et équipements de protection individuelle en provenance des pays d'Asie a rapidement compensé l'affaiblissement des flux historiques, provoquant tout de même des goulots d'étranglement autour de la capacité de transport et des douanes². « L'impact sur nos taux de service a été très contenu grâce aux moyens financiers engagés », souligne cependant Alexis Monier, directeur logistique internationale Biomérieux. Même constat chez Merck pour Cécile Pascaretti, responsable assurance qualité de la distribution mondiale, qui relate « n'avoir eu, à aucun moment, de rupture dans la chaîne logistique grâce à nos plans de continuité d'activité. »

Les avions de passagers transformés en avions cargo

Rapidement, les compagnies aé-riennes ont adapté leur offre. « Six semaines après le début du confinement, nous avons augmenté notre capacité de transport des produits pharmaceutiques », témoigne Béatrice Delpuech (Air France KLM Cargo). Les preighters - pour passenger et freighter - commencent à décoller. « Pour la première fois dans l'histoire de notre industrie, des avions passagers ont été transformés en avions « tout cargo », en installant les colis sur les sièges ou en retirant parfois les sièges pour mettre les marchandises dans l'allée centrale », complète Christophe Boucher, directeur délégué Air France Cargo. « 80 avions par semaine sont ainsi affrétés, qui nous permettent de répondre à la demande », poursuit-il.

Selon Andrea Gruber (IATA), début octobre 2020, le nombre d'avions de passagers adaptés au fret en cabine est estimé à environ 2 500. Autre évolution : le renforcement de l'offre cargo des compagnies aériennes. « Au total, la capacité de cargo a augmenté de 29 % en janvier 2021 par rapport à janvier 2019 », avance Andrea Gruber (IATA).

Les compagnies ont parfois créé des ponts aériens : « Cet été, nous avons affrété un charter vers l'Afrique pour maintenir notre exportation », relate Alexis Monier (Biomérieux). Les liaisons existantes ont été maintenues, voire renforcées, pour permettre le maintien des flux de marchandises. « Même si nous avons réduit nos fréquences de vols, toutes les lignes ont été conservées », ajoute Christophe Boucher (Air France Cargo). « Et certaines destinations qui n'étaient plus desservies en avion « tout cargo », comme Tokyo, Johannesburg et Bangkok, ont été à nouveau reliées », assure-t-il.

© Air France KLM
 

Et du côté des aéroports, le relais s'est mis en place : « De mars à mai, nous avons pu soutenir quelques clients avec le traitement de fréquences de vols additionnelles », détaille Gian Alessi, directeur adjoint marketing et responsable fret de l'aéroport de Bâle-Mulhouse. Si ces adaptations ont permis une continuité d'activité, les laboratoires en ont fait les frais. « Sur certaines destinations, les coûts ont été multipliés par dix », constate Alexis Monier. « La moyenne, bien que plus faible, reste très significative », ajoute-t-il. Christophe Boucher (Air France Cargo) explique en effet : « Nous avons eu besoin d'augmenter les tarifs pour couvrir les coûts variables liés à l'absence de passagers. Nous sommes désormais sur un plateau où la demande est satisfaite, avec des tarifs nouveaux. » Autre difficulté : le manque de disponibilité des conteneurs réfrigérés. « À cause de la réduction du nombre de vols commerciaux et de la modification du trafic, certains conteneurs se sont retrouvés déportés sur certaines zones ou certains produits », relate Florent Noblet (TLF Overseas). « Des arbitrages ont été faits, en donnant la priorité aux vaccins », affirme-t-il.

Des procédures simplifiées pour les services douaniers

Du côté des services douaniers au départ d'Asie et à l'arrivée en France, les entreprises adhérentes au TLF Overseas ont fait face à quelques difficultés pour l'import en urgence de masques et EPI entre mars et juin 2020 : « Certaines cellules douanières étaient saturées et perdues faces aux normes chinoises, européennes et américaines de ces nouveaux produits », détaille Florent Noblet (TLF Overseas). « La chaîne logistique s'est rapidement fluidifiée grâce à nos interventions auprès de la Direction des douanes, et la mise en place, au printemps 2020, de procédures plus adaptées et mieux dimensionnées », poursuit-il.

Dernier verrou : les droits de trafic, qui régissent la capacité de certaines compagnies aériennes à atterrir sur le sol français ou encore leur nombre de rotations. « Des blocages dans la délivrance des droits de trafic peuvent faire perdre du temps en imposant aux compagnies d'atterrir dans d'autres pays européens, puis d'acheminer la marchandise en France par transport routier », détaille Florent Noblet (TLF Overseas).

Fin mars 2020, la Commission européenne invitait les membres de l'Union européenne à maintenir les aéroports ouverts sans restriction et à accorder des droits de trafic temporaires supplémentaires³.

L'aéroport d'Amsterdam-Schiphol lève la restriction des vols cargo, jour et nuit, et celui de Munich est autorisé à accueillir les vols cargo, la nuit, d'après le média spécialisé l'Antenne(4). « L'Aviation civile a su faire preuve de souplesse en accordant des droits de trafic à de nouvelles compagnies, notamment pour les produits Covid-19. La DGAC doit cependant réfléchir au manque structurel de capacité aérienne cargo en entrée et sortie de notre territoire, et donner des conditions d'accès au marché plus attractives pour les clients et commissionnaires de transport », assure le média.

Le fret aérien stimulé par la crise sanitaire

Un an après le début de la crise sanitaire, le fret aérien - toutes marchandises confondues - a retrouvé la forme. « La capacité, en tonnes-kilomètres de cargo, est supérieure de 1,1 % en janvier 2021 à celle de janvier 2019 », souligne Andrea Gruber (IATA). Si le transport de passagers est toujours bien en-deçà de ses capacités habituelles, la demande pour les services de fret aérien augmente fortement depuis 2021, notamment entre l'Asie et l'Amérique du Nord et vers le Moyen-Orient d'après IATA.

Pour les compagnies aériennes, en mal de passagers, le fret a été une réelle opportunité de soutien de l'activité. « Alors qu'habituellement, le fret représente 10 % de notre revenu global, il est passé à environ 30 %, cette année », illustre Christophe Boucher (Air France Cargo).

Cela se traduit déjà dans la filière par la création d'une division aérienne chez l'armateur CMA CGM : « C'est une vraie nouveauté : il y a un an, il aurait été assez audacieux d'imaginer qu'un armateur maritime lance sa propre compagnie aérienne ! », témoigne Florent Noblet (TLF Overseas). La filière du transport aérien des produits pharmaceutiques dresse le même bilan. « Nos adhérents constatent qu'en 2020, les volumes aériens de produits pharmaceutiques et de santé ont augmenté par rapport aux années précédentes », détaille Florent Noblet (TLF Overseas). « La chaîne du transport et de la logistique française a démontré sa grande résilience au cours de cette crise », résume-t-il.

À cela s'ajoute l'arrivée précoce des vaccins Covid19 : « Elle a stimulé la performance des marchés financiers mondiaux et les actions des compagnies aériennes se sont redressées », détaille Andrea Gruber (IATA). Au final, le manque de capacité et l'augmentation des coûts de transport imposée par les compagnies aériennes de passagers ont profité aux commissionnaires de transport. « Nous remarquons qu'ils fournissent un service de plus en plus complet, affrétant plus d'avions cargo partout dans le monde et proposant une prestation globale aux clients », souligne Florent Noblet (TLF Overseas).

Un report vers le transport maritime

Depuis quelques années, l'ombre du maritime planait pourtant sur le secteur du fret aérien de médicaments. « Dans le cadre de notre démarche environnementale, nous avons entamé une conversion vers le maritime depuis cinq ans », témoigne Alexis Monier (Biomérieux). « Nous sommes passés de 8 % de fret hors UE par voie maritime à 40 % en 2020, et nous visons 10 points de plus, cette année », complète-t-il.

Le secteur maritime capte une partie du marché pharma, notamment sur le secteur 15-25 degrés, d'après Florent Noblet (TLF Overseas). « La capacité actuelle limitée, le manque de disponibilité des conteneurs et la pénurie d'équipements sur les conteneurs réfrigérés freinent l'essor du secteur pour la production européenne, depuis l'année dernière », poursuit-il. « Si le marché maritime mondial revient à la normale, l'offre pharma des armateurs va continuer de s'améliorer et le report de l'aérien vers le maritime continuera à s'accentuer. »

Pour autant, le secteur pharmaceutique ne tire pas un trait sur le transport aérien, qui répond au besoin d'acheminement rapide de certains produits spécifiques. « Les marchés sont séparés, ces secteurs n'offrent pas du tout les mêmes services en termes de temps de transport et de coût », confirme Christophe Boucher (Air France Cargo). Reste à attendre la sortie de crise pour dresser un bilan définitif.

1 Panorama France Healthtech 2020, France Biotech, 18e edition.

2 Offrir de la résilience à la pandémie, comment assurer des chaînes logistiques stables pour les vaccins et les produits médicaux pendant la crise du Covid-19 et les futures urgences sanitaires, Livre blanc DHL, septembre 2020.

3 European Commission Guidelines : Facilitating Air Cargo Operations during COVID-19 outbreak, Communication from the Commission, Brussels, 26 mars 2020.

4 https://www.lantenne.com/Les-avions-passagers-deviennent-freighters_a51854.html, consulté le 17 mars 2021

ONE SOURCE, UNE NOUVELLE PLATEFORME INTERNET AU SERVICE DES LABORATOIRES

L'IATA a mis en ligne un nouveau portail Internet en septembre 2020. L'outil baptisé One Source permet aux laboratoires pharmaceutiques et à la filière logistique de bénéficier des renseignements opérationnels les plus récents sur les compagnies aériennes, les aéroports, les installations de manutention du fret, les transitaires, etc., à travers le monde.

L'objectif affiché par IATA est « d'aider l'industrie du fret aérien à faire correspondre les besoins en matière d'expédition et la disponibilité des infrastructures et les certifications des fournisseurs de services dans l'ensemble de la chaîne de valeur. » Accessible gratuitement aux fournisseurs de services, l'outil contient des informations vérifiées par IATA.

 

VACCINS COVID-19 : DES FLUX MOINS TENDUS QU'ATTENDU

En septembre 2020, IATA tire la sonnette d'alarme : fournir une seule dose de vaccin à 7,8 milliards de personnes suffira à remplir 8 000 avions « tout cargo » de type 747. « À la même période, nous avons mis en place une task force interne dont l'objectif était de s'assurer des process robustes et une capacité de transport importante », raconte Béatrice Delpuech (Air France KLM Cargo).

Depuis début janvier 2021, Air France KLM transporte ses premiers vaccins vers les DOM TOM grâce à la mise en place d'un pont aérien, et également entre la Chine et l'Amérique du Sud ou encore entre la Russie et la Tunisie. « Nous avons instauré un suivi particulier (Save Humain Life identification) qui nous permet d'attester d'une réussite totale jusqu'à aujourd'hui », confie Christophe Boucher (Air France Cargo). « Mais les volumes restent faibles, c'est une petite partie de notre activité pharma », nuance-t-il.

Quelques mois après le début de la campagne de vaccination, l'engorgement anticipé par IATA n'a pas eu lieu. Des compagnies comme AstraZeneca multiplient leurs sites de production pour limiter les contraintes logistiques. Début mars, la société Cargo facts consulting conclut dans une analyse que l'impact de la vaccination Covid-19 sur le fret aérien va être relativement modeste. « 50 000 tonnes de marchandises vont devoir être transportées à l'international : je ne pense pas qu'il y ait des problèmes de capacités quand on se rappelle que le fret aérien déplace 60 milliards de tonnes par an ! », analyse Frederic Horst, directeur général de Cargo Facts Consulting.

La société a en effet développé un outil, Covid-19 Vaccine Flows, permettant de visualiser les flux de vaccins Covid-19 grâce aux précommandes de chaque pays et à la position des sites de production. « Il permet de démystifier les infos qui circulent et d'aider les compagnies, aéroports et transitaires à se positionner », complète Frederic Horst. Selon la plateforme, aux 50 000 tonnes à l'international s'ajouteront 70 000 tonnes de flux supplémentaires pour distribuer les vaccins à l'échelle des pays au cours des deux prochaines années. Un pic de distribution est cependant attendu entre avril et mai avec le début des envois de Novavax, et l'accélération de la production de Johnson & Johnson.

 

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