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M2I Life Sciences, un nouvel acteur s'installe sur le marché

Sylvie Latieule

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M2I Life Sciences, un nouvel acteur s'installe sur le marché

Philippe Guerret président de M2I.

© M2I

Cette entreprise est née de la fusion de la plateforme de développement Holis Technologies et du site de production Solvay Organics (SORF). Deux actifs complémentaires qui travailleront en sous-traitance pour des acteurs des sciences de la vie.

Au début de l'année, un nouvel acteur est entré dans le cercle fermé de la chimie fine française : la société M2I. Aux commandes, on retrouve Philippe Guerret. Ce manager s'est déjà fait connaître dans le domaine en participant à la création de Minakem en 2004, aux côtés de Frédéric Gauchet. Il a ensuite occupé la fonction de directeur général de la société pendant six ans. Dans cette nouvelle aventure, il est accompagné d'autres spécialistes de l'industrie chimique dont Gilles Rubinstenn, ancien président de la SATT Île-de-France Innov, qui a pris la fonction de vice- président marketing et ventes, Bruno Geny ancien directeur de Deloitte corporate Finance, vice-président Finances, et Olivier Guerret, son propre frère. Ancien directeur innovation chez Coatex, Olivier Guerret devient vice-président des opérations de M2I.

Leur analyse est que la France est un pays d'exception pour la qualité de ses savoir-faire, de ses actifs et pour sa culture industrielle dans le domaine de la chimie fine. « Comme d'autres acteurs tels que David Simmonet, président d'Axyntis, nous croyons au "fabriqué européen". Le secteur des sciences de la vie a besoin de maîtriser l'origine de ses produits. Cela va dans le sens de l'histoire. Nous observons une volonté de plusieurs grands acteurs dans les spécialités et les sciences de la vie de rapatrier leurs approvisionnements en Europe », justifie le dirigeant. Son ambition est donc de positionner M2I sur le secteur de la production de molécules actives « hard to make » pour des tiers dans le secteur des sciences de la vie, c'est-à-dire la pharmacie, la santé animale, l'agrochimie et les cosmétiques. Le dirigeant évoque, par exemple, un large savoir-faire dans les phéromones utilisées en agrochimie, dans les génériques pharmaceutiques et bientôt dans les petits peptides ou pseudo peptides. Outre la fourniture de molécules, l'idée est aussi de descendre le plus bas possible dans la chaîne de valeur en proposant des prestations de mise en forme galénique pour la santé animale ou des formulations de phytosanitaires. Derrière cette société, il y a des hommes mais aussi deux actifs industriels qui ont été intégrés successivement depuis le début de l'année. Le premier est la PME Holis Technologies. Il s'agit d'une plateforme d'innovation dédiée aux sciences de la vie, basée sur la plateforme de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. Elle vient d'être rebaptisée M2I Development. « Lacq est une zone qui aime la chimie avec un bassin d'emploi pertinent et des acteurs locaux dynamiques », souligne Philippe Guerret. Mais le premier atout de la PME est avant tout son savoir-faire et sa capacité à trouver des voies de synthèse pertinentes pour diminuer, parfois radicalement, les coûts de production. « La maîtrise des savoir-faire en voies de synthèse permet d'être extrêmement compétitif en France. C'est là que nous pouvons faire la différence par rapport aux pays à bas coûts », estime le dirigeant qui ne craint pas de se frotter à la concurrence asiatique sur des molécules à haute valeur ajoutée. M2I Development restera donc la plateforme de R&D du groupe, avec toutefois de petites capacités de production jusqu'à l'échelle du kilolab. « Nous allons investir sur le développement », assure Philippe Guerret. En quelques mois, il a déjà porté l'effectif de la plateforme de 10 à 15 personnes.

Le second actif est un site de production, basé à Salin-de-Giraud (Bouches-du-Rhône), qui appartenait au groupe belge Solvay, employant 43 personnes. Connu sous le nom de Solvay Organics France (SORF), le site devient M2I Industry. « On ne peut pas prétendre maîtriser la R&D process en chimie fine sans disposer d'une capacité d'industrialisation. Après l'acquisition d'Holis, nous avions donc besoin de capacités. Le dossier Solvay est arrivé au bon moment », explique Philippe Guerret. Parmi les atouts de cette usine, le dirigeant cite la qualité et l'engagement des équipes et la qualité de ses équipements qui ont été maintenus à un haut niveau alors que, depuis longtemps, le site ne figurait plus dans les « core business » du géant européen.

L'intérêt d'avoir réuni ces deux actifs, c'est leur complémentarité. « Holis manquait à Salin-de-Giraud et Salin-de-Giraud manquait à Holis », commente Philippe Guerret. Contrairement aux fusions de géants industriels, l'intégration de ces deux entités ne va pas se traduire par des réductions d'investissements et d'effectifs. Au contraire, le nouvel ensemble ambitionne déjà, pour 2013, 10 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit plus qu'un doublement du CA par rapport à 2012. Après avoir porté les effectifs de 58 à 70 personnes en deux mois, quinze nouveaux recrutements sont en cours sur des postes d'opérateurs, d'agents de maîtrise et de cadres. Et M2I va engager un programme d'investissements corporels sur trois ans de plusieurs millions d'euros pour équiper notamment Salin-de-Giraud de nouveaux réacteurs en Hastelloy, de filtres à bandes, et développer ses procédés en continu...

L'expansion de M2I ne s'arrêtera pas en si bon chemin. « Nous envisageons d'acquérir d'autres sites pour des besoins stratégiques », assure Philippe Guerret. Il aurait certes des préférences pour le rachat d'un site européen, voire même français, pour des raisons de gestion humaine et de logistique. Mais il ajoute que, dans ce métier, il faut savoir être opportuniste. Aussi, difficile de proposer des perspectives de croissance externe pour la société, qui dépendra de la qualité des dossiers proposés. Le groupe M2I s'y est préparé, sachant que pour l'instant la société s'est bâtie sur fonds propres, mais a déjà identifié des partenaires financiers pour financer son développement futur. En attendant, le cap est mis sur la croissance organique. Sur 2013, 2014, le dirigeant veut partir à l'assaut du marché nord-américain. Présent aux États-Unis seulement dans l'agrochimie, le groupe veut y développer ses positions en santé humaine et animale. Philippe Guerret rêve aussi d'aller vendre la chimie fine « made in France » en Chine. Un beau défi.

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