Nous suivre Industrie Pharma

Les voeux du Leem, une piqûre de rappel

Sylvie Latieule et Nicolas Viudez

Sujets relatifs :

, ,
Les voeux du Leem, une piqûre de rappel

© Leem

C'était un baptême du feu pour Philippe Tcheng. Le traditionnel exercice des voeux a été l'occasion pour le nouveau président du Leem de tourner la page de 2018, en rappelant les principaux chevaux de bataille des industriels des médicaments. Entre accès à l'innovation, prix du médicament, contexte international tendu et manque d'attractivité, c'est une année 2018 globalement décevante qui s'est terminée.

La recherche clinique est à la peine. Ce constat, récurrent, a été étayé en chiffres par le président : « En 2017, la France a participé à 11,9 % des nouveaux essais cliniques industriels lancés dans le monde, reculant à la quatrième place européenne ». Les délais d'obtention des autorisations de recherche sont également montrés du doigt : près de 7 mois entre la demande pour un nouvel essai et l'inclusion du premier patient. Autre point défaillant, les retards dans l'accès aux médicaments innovants. Il faut plus de 500 jours - contre 180 prévus par la directive européenne en vigueur - entre l'obtention de l'AMM et la publication du prix au Journal officiel.

Autre sujet : « le Brexit est un enjeu majeur sur le plan réglementaire et douanier », a estimé Philippe Tcheng. 5 000 salariés européens travaillent pour les entreprises du médicament au Royaume-Uni, le pays représente le 4e partenaire commercial de la France à l'export (le 7e à l'import). Plus que jamais dans l'incertitude et la crainte d'un « hard » Brexit, le président du Leem a plaidé pour « des accords de reconnaissance mutuelle qui permettraient de limiter les risques de ruptures d'approvisionnement ». Des approvisionnements sont déjà sous tension. Sur le premier semestre 2018, plus de 500 ruptures d'approvisionnement ont été déclarées, soit le total de l'année 2017 !

Côté production, force est de constater que l'excellence de la France en matière de production pharmaceutique est passée à la trappe. « Notre industrie, qui était la première en Europe, il y a 10 ans, est désormais distancée par l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie ou l'Irlande », a constaté Philippe Tcheng. Les raisons de ce décrochage sont pourtant connues depuis longtemps : une production de médicaments chimiques beaucoup trop centrée sur des produits matures souvent visés par des déremboursements, et une bioproduction qui peine à décoller. La France compte 30 sites de bioproduction dont seulement 15 ouverts à des tiers, quand l'Allemagne en compte 24 ouverts à des tiers et le Royaume-Uni 17.

Tout en subtilité, le patron du Leem a insisté sur les effets bénéfiques des politiques industrielles volontaristes de nos voisins - comprendre en filigrane le manque de politique volontariste industrielle de la France. Avec toujours ce sacro-saint décalage entre les belles ambitions formulées dans le cadre du CSIS (Conseil stratégique des industries de santé) et la LFSS (loi de finance de la Sécurité sociale) qui continue d'utiliser le médicament comme variable d'ajustement pour la maîtrise les dépenses de santé. Du coup, l'emploi stagne. L'effectif de la profession est revenu à son niveau de 2002.

Les leviers pour renverser la tendance ? Philippe Tcheng estime que, si la France veut rester un grand pays d'innovation et d'industries de santé, elle devra faire des choix, arrêter de « multiplier les obstacles dans l'accès aux patients, avoir des négociations de prix de produits innovants déconnectées de nos grands voisins européens, et multiplier les baisses de prix sur les produits matures ». Entre harmonisation européenne espérée, craintes liées au Brexit, incertitudes sur les matières premières, tensions d'approvisionnement, attractivité du site France..., nul doute que l'année 2019 s'annonce riche en défis.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news Industrie Pharma

Nous vous recommandons

La consommation française d’antibiotiques en baisse

La consommation française d’antibiotiques en baisse

Bien qu'elle diminue, l'utilisation des antibiotiques en France reste encore parmi les plus élevée d'Europe. L’ANSM a publié, en collaboration avec Santé publique France, l’Anses,[…]

Le « Projet Nightingale » de Google fait polémique

Le « Projet Nightingale » de Google fait polémique

Stephen Hahn nommé à la tête de la FDA

Stephen Hahn nommé à la tête de la FDA

Vers la fin du libre accès pour le paracétamol et les AINS

Vers la fin du libre accès pour le paracétamol et les AINS

Plus d'articles