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Les œstrogènes rendent-ils intelligent ?

Aurélie Dureuil

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Les œstrogènes rendent-ils intelligent ?

Des récepteurs à œstrogènes seraient impliqués dans le fonctionnement des synapses.

© © D. R.

Des chercheurs ont étudié un lien entre le fonctionnement de récepteurs à œstrogènes et des facultés cognitives.

Mises en cause notamment par l'étude du Women's health initiative qui établit un lien entre les traitements associant des œstrogènes dans les cancers du sein, ces hormones pourraient cependant avoir un effet sur les facultés cognitives. Des chercheurs de la Northwestern university de Chicago (Illinois) et de l'unité de recherche sur les neurosciences de Pfizer à Groton (Connecticut) ont travaillé sur des récepteurs à œstrogènes. Situés dans le cerveau, ces récepteurs ² à œstrogènes (ER²) seraient impliqués dans une voie de signalisation aboutissant à l'apparition et la modulation de synapses. Les chercheurs ont débuté leur étude, publiée en octobre 2010 dans le Journal of neuroscience, à partir du constat que « les œstrogènes synthétisés par le cerveau ont une influence sur la structure synaptique, les fonctions des synapses et les procédés cognitifs. » Synthétisés principalement par les organes génitaux, ces hormones peuvent l'être également par des organes secondaires. De plus, différentes études précédentes établissaient le rôle des œstrogènes dans le remodelage des épines dendritiques, points d'entrée des signaux dans les neurones. D'autres résultats suggèrent que la synthèse d'œstrogènes par le cerveau peut affecter les fonctions neuronales. Les chercheurs se sont alors intéressés aux récepteurs ² à œstrogènes, très présents dans le cortex. Un lien a par ailleurs été établi entre ce récepteur et la plasticité synaptique, c'est-à-dire la capacité des neurones à fabriquer de nouvelles synapses et à moduler la force du signal traversant les synapses existantes. De plus, des souris « ER² knock-out », c'est-à-dire chez qui le gène codant pour le récepteur ² à œstrogènes a été invalidé, présentaient des difficultés d'apprentissage, étaient anxieuses, dépressives. Tous ces résultats ont conduit les chercheurs à s'intéresser à la voie de signalisation impliquée et à son fonctionnement.

« Décortiquer une voie de signalisation, comme l'équipe de Deepak Srivastava l'a fait, permet de comprendre le fonctionnement au niveau moléculaire et ainsi de trouver des éléments plus spécifiques, pour un traitement par exemple. Au lieu de traiter avec des œstrogènes, les chercheurs peuvent identifier de nouvelles cibles qui permettraient de réduire les effets secondaires », indique Delphine Bernard, docteur en neurosciences*. Dans un premier temps, les chercheurs ont travaillé sur des neurones en culture avec un agoniste spécifique activant le récepteur ² à œstrogènes. Quand le récepteur est présent, la majeure partie du temps le nombre de synapses augmente ou des protéines synaptiques augmentent dans les synapses existantes. « Ce qui révèlerait un lien avec la plasticité des synapses. Or la théorie actuelle repose sur l'existence d'un lien entre la faculté à créer ou à moduler la force de transmission des synapses et le fait de se souvenir et d'apprendre des choses. Ainsi, si on augmente la capacité des neurones à créer ou à moduler des réseaux de synapses, cela va avoir un impact sur l'action de se souvenir », détaille la chercheuse. Pourtant, il paraît improbable de diffuser des œstrogènes dans tout le cerveau. Les chercheurs ont, alors, travaillé sur la transmission d'œstrogènes d'un neurone à l'autre. « Ils ont constaté que cette transmission était probable car une enzyme de synthèse des œstrogènes (l'aromatase) est accumulée au niveau des synapses des neurones du cortex », précise Delphine Bernard.

Cette étude s'inscrit dans des recherches sur les pathologies neuronales. « Il est intéressant de penser que la régulation du remodelage des épines dendritiques peut conférer certains bénéfices observés après l'administration d'œstrogènes dans de nombreuses études sur des troubles neuropsychiatriques. Comprendre les voies qui sous-tendent les effets des œstrogènes sur les épines peut offrir de nouvelles cibles thérapeutiques qui permettent la régulation des structures synaptiques, sans les effets secondaires de traitements aux œstrogènes à long terme », concluent les chercheurs. Ainsi, si les œstrogènes ne nous rendront pas plus intelligents, l'étude de leur récepteur ² ouvre la voie pour des traitements ciblés de pathologies telles que la schizophrénie, la dépression, l'anxiété etc.

Bibliographie : Estrogen receptor ² activity modulates synaptic signaling and structure ; Deepak P. Srivastava, et al., The Journal of Neuroscience, Oct. 6, 2010.

*A long nuclear-retained non-coding RNA regulates synaptogenesis by modulating gene expression ; Delphine Bernard, et al. ; EMBO Journal. Sept. 15, 2010.

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